JO 2016

Usain Bolt, par les temps qui courent

Les affaires de dopage accablent l’athlétisme alors que son plus célèbre représentant, jusqu’ici épargné, est entré en scène ce samedi à 17h42 précisément. Peut-on croire à sa pureté?

Au septième jour, place à Sa Majesté l’athlétisme. C’est le sport roi des Jeux, devant la gymnastique et la natation, parce qu’il comporte les épreuves les plus prestigieuses (le 100m et le marathon) et parce qu’il est le plus naturel à l’être humain. Qui n’a jamais couru (même après un bus), lancé (des galets à la surface de l’eau), sauté (une haie)?

Malgré l’absence des athlètes russes (seule la sauteuse en longueur Daria Klishina a été repêchée par la Fédération internationale d’athlétisme, l’IAAF), un fort soupçon de dopage flottera sur l’Engenhão, le Stade olympique de Rio. Et c’est parti très fort puisque dès la première course, le 10 000 mètres féminin, l’Ethiopienne Almaz Ayana a battu de plus de 14 secondes un record du monde établi en 1993 par la Chinoise Wang Junxia, une athlète dont on a appris depuis qu’elle était consciencieusement dopée par son entraîneur. Les deux autres médaillées, une autre Ethiopienne et une Kenyane, viennent de pays où la lutte antidopage ne pèse pas lourd face au prestige national et quelques devises internationales. Elles aussi ont battu leur record.

14 médailles retirées en athlétisme

Voici donc l’athlétisme, pour le meilleur et pour le pire. C’est le sport le plus touché par les scandales. Lors de sa fameuse sortie sur le pipi violet du nageur chinois Sun Yang, le Français Camille Lacourt a dit une autre chose, passée plus inaperçue mais assez éloquente: «Je suis très triste de voir mon sport évoluer de cette façon. J’ai l’impression de voir de l’athlétisme avec deux ou trois dopés dans chaque finale.»

Depuis les Jeux de Sydney en 2000, 50 médailles olympiques ont été retirées, dont 14 en athlétisme. Les courses et les lancers sont les disciplines les plus concernées. Cette statistique ne prend pas en compte les 18 médailles russes de Londres 2012. Ni les dopés de Rio. «Les échantillons seront conservés dix ans» a prévenu Thomas Bach, le président du CIO.

Le doute quand même

Et Bolt? Le Jamaïcain, qui s’apprête à défendre ses titres sur 100m (finale dans la nuit de dimanche à lundi), 200m et 4x100m, trône au-dessus des soupçons comme la statue du Christ Rédempteur surplombe les favelas de Rio. En douze ans de carrière, il n’a jamais été contrôlé positif. Mais comment peut-il dominer proprement un sport où huit des dix meilleurs performers mondiaux ont été contrôlés positifs?

Lire aussi: Pourquoi le sport est-il devenu hégémonique?

Parmi ces huit dopés, quatre sont Jamaïcains mais lui, le meilleur de tous, ne toucherait pas au fruit défendu? Et comment la Jamaïque, un petit pays de moins de trois millions d’habitants, peut-il multiplier les médailles d’or en sprint? La tradition oui, le système de détection bien sûr, l’exemple sans doute, le climat pourquoi pas, les gènes peut-être. Mais le doute, quand même.

Demeuré calme

Les amoureux de l’athlétisme ont dû avaler pas mal de couleuvres ces dernières années. Ils s’accrochent au fait que Bolt était déjà recordman du monde chez les cadets, puis chez les juniors, que sa courbe de progression est linéaire depuis le début de sa carrière. Qu’il n’est pas bon tout le temps, qu’il a des absences et choisit ses objectifs.

En juin dernier, une nouvelle analyse des échantillons d’urine prélevés durant les Jeux olympiques de Pékin a révélé un résultat positif pour Nesta Carter. Encore un Jamaïcain! Membre du relais 4x100m champion olympique, Carter pourrait faire perdre l’une de ses six médailles d’or à Usain Bolt. Ce qui provoque chez lui une réaction beaucoup moins fulgurante que le coup de feu du starter. «C’est quelque chose qui me chagrine mais ce genre de choses arrive dans la vie… Si c’est confirmé et si je dois bien rendre ma médaille d’or, je le ferai, ce n’est pas un problème pour moi.»

Sportif ou manipulateur

Insuffisant pour le lanceur de disque allemand Robert Harting: «Bolt est l’athlète le plus connu au monde, il doit s’engager davantage!» Il est rare que l’on dise d’Usain Bolt qu’il en fait trop peu. D’ordinaire, c’est un garçon jovial et extraverti qui fait le show sans même qu’on le lui demande. Reste à savoir s’il s’agit d’un sportif qui a la conscience tranquille ou d’un manipulateur qui fait diversion.

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