Il s’en est fallu d’une dizaine de minutes, à peine plus. L’équipe de Suisse n’a pas été loin de tenir le Brésil en échec, lundi à Doha, lors de son deuxième match de la Coupe du monde 2022. Les hommes de Murat Yakin n’ont cédé qu’à la 83e minute de jeu, sur une frappe terrible du milieu récupérateur Casemiro, pour finir par s’incliner 1-0.

Bien sûr, le match nul aurait permis à la Nati d’aborder son dernier match, vendredi contre la Serbie, avec davantage de sérénité. Dans le groupe G, elle reste toutefois en position de force pour accrocher la deuxième place qualificative pour les huitièmes de finale, avec une Seleção qui a d’ores et déjà composté le sien.

Pourvu que le Brésil ne perde pas contre le Cameroun, auquel cas le calcul se complique, elle n’aura besoin que d’un match nul pour passer le premier tour. Une victoire, bien sûr, lui conférerait une sécurité supplémentaire.

«On a peut-être 99% de chances de passer en cas de nul, mais on va jouer pour gagner, soulignait le milieu de terrain Michel Aebischer à la fin de la partie. Ce sera un match totalement différent de celui que nous avons disputé contre le Brésil.» Faut-il comprendre que là, l’équipe de Suisse a surtout cherché à préserver le 0-0? «Au départ non, reprend le Fribourgeois. Le plan, c’était de bien défendre, mais aussi de se créer des occasions en cherchant la profondeur. Après, à la 60e minute, quand on voit qu’on tient mais que c’est dur d’inquiéter le gardien adverse, bien sûr qu’on commence à se dire qu’un nul ne serait pas si mal…»

Première alerte

L’heure de jeu. C’est peu après ce moment que la Nati a cru perdre, une première fois, tout le fruit de son dur et rigoureux labeur. Sur l’une des rares actions du match où son organisation se laisse déséquilibrer, Rodrygo peut lancer Vinicius Junior qui se présente seul face à Yann Sommer et le trompe. Mais après de longues secondes de célébration, le panneau «Goal Check» s’affiche et le recours à l’assistance vidéo révèle un hors-jeu du passeur décisif à l’origine de l’action. Ce ne sera qu’un sursis.

«Nous étions dans le match et nous nous sommes bien battus, estimait Murat Yakin au micro de la RTS. Nous avons commis une erreur qui nous coûte le but. Je pense qu’il nous a manqué un peu de courage offensif aujourd’hui, ainsi qu’un peu de chance et de malice. Mais notre plan de jeu était bon, et il a tenu bon longtemps.»

Sa composition de départ comportait une surprise de taille: Xherdan Shaqiri allait commencer la rencontre sur le banc. Présent sur la feuille de match comme à l’échauffement, le milieu de terrain offensif a ressenti une gêne à la cuisse entre la conférence de presse d’avant-match, dimanche, et la réunion d’équipe de ce lundi. Il a été décidé de le préserver.

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A sa place, le sélectionneur a titularisé le jeune Fabian Rieder (20 ans), quatre jours après lui avoir offert ses premières minutes de jeu sous le maillot de l’équipe nationale, en fin de match contre le Cameroun. A Young Boys, le Bernois brille par son volume de jeu, ses courses, son impact physique, et il allait falloir tout ça pour contenir de bien virevoltants Brésiliens.

Le Brésil reste le Brésil

Dès le coup d’envoi, le presque néophyte s’est révélé à la hauteur de la tâche. L’aiguille des secondes n’avait pas fini son premier tour complet qu’il était déjà intervenu rugueusement sur Vinicius Junior une première fois. Il y aura d’autres fautes de sa part, intelligentes toutes, nécessaires pour la plupart. Il sera finalement averti à la 50e minute de jeu, comme en récompense de son acharnement.

Ses coéquipiers étaient au diapason, et le Brésil tarda à se montrer dangereux. Il baladait toutefois le ballon d’avant en arrière et d’une aile à l’autre avec une aisance déconcertante. Soudain, il y avait une illumination, une déviation de Lucas Paqueta, une accélération de Raphinha, une feinte de corps de Richarlison pour rappeler que le Brésil reste le Brésil. Mais quand ça a chauffé, Yann Sommer est resté de glace. Il a notamment boxé en corner sur une vraie grosse occasion de Vinicius Junior, et capté proprement le ballon une frappe de Raphinha à 25 mètres.

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«Franchement, ça a été une partie très difficile, reconnaissait le demi de Newcastle Bruno Guimarães après la partie. On a bien senti que pour les Suisses, le 0-0 était un bon résultat, et l’état du terrain ne nous a pas permis de jouer aussi proprement à une touche de balle qu’on est capable de le faire normalement. On a eu de la peine à trouver la verticalité en première mi-temps…»

Jusqu’à l’ouverture du score, l’opposition était assez belle, pure. Le Brésil ne s’impatientait pas, la Suisse ne paniquait pas, et le ballon roulait. Après 45 minutes, le quatrième arbitre indiquait une seule minute de temps additionnel, ce qui tranche avec les standards à rallonge de cette Coupe du monde. C’est que le jeu n’avait connu pratiquement aucun temps mort, même si les occasions sont restées assez rares.

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Place, maintenant, au quitte ou double contre la Serbie. «On savait que ça risquait d’être une finale et ça le sera», semble se réjouir Granit Xhaka. Lors de la Coupe du monde 2018, son but et celui de Xherdan Shaqiri avaient permis à la Suisse de s’imposer. Avait suivi la fameuse célébration des «aigles albanais», et des polémiques à n’en plus finir… «On avait perdu beaucoup d’énergie dans cette histoire, note le capitaine de la Nati. Cette fois-ci, on va se concentrer sur le match.»