Grasshopper n'a pas réussi la passe de trois. Après avoir battu Maccabi Tel- Aviv (1995) et Slavia Prague (1996) en tour préliminaire de la Ligue des champions, les Zurichois ont perdu hier au Hardturm face à Galatasaray Istanbul à ce même stade de la compétition. Battus il y a quinze jours au stade Ali Sami Yen (1-2), ils ont concédé une deuxième défaite (2-3). Vainqueurs l'an dernier face à Sion, les Turcs quittent à nouveau la Suisse sur un succès.

Une victoire amplement méritée tant les hommes de Fatih Terim se sont montrés supérieurs collectivement. Avec Hagi à la construction et Hakan Sukur à la finition, l'équipe a de plus pu compter sur deux individualités exceptionnelles. Battu régulièrement dans les duels et sans un homme capable de faire la différence à mi-terrain ou à la conclusion, Grasshopper ne pouvait franchir l'obstacle turc.

Une fausse note a terni la soirée. A la 40e minute, cinq manifestants turcs ont envahi le terrain et brandi une banderole, avant d'être maîtrisés par les forces de l'ordre. Joseph Blatter, président de la FIFA, était incrédule à la mi-temps: «Ça m'a donné l'impression d'être dans un film. C'est étonnant que cela puisse arriver, mais vous ne pouvez pas empêcher que ça se passe. C'est une usurpation claire et directe du football comme d'une plate-forme politique. Un geste condamnable qui est la preuve par l'absurde que les grillages sont inutiles. Ceux qui veulent pénétrer sur un terrain y parviennent!»

Les Zurichois avaient pourtant bien débuté la rencontre. Ils se créaient même une occasion d'ouvrir la marque par Kawelaschwili (13e). Mais le tir croisé du Géorgien terminait de peu à côté. Quatre minutes plus tard, et sur sa première occasion, Galatasaray ouvrait la marque. Hagi adressait une superbe passe au centre-avant Hakan Sukur. La volée de ce dernier terminait imparablement au fond des filets zurichois. L'adage qui veut qu'on ne peut se permettre de rater une occasion sous peine d'être immédiatement puni par l'adversaire se vérifiait encore…

Déjà difficile, la tâche des Zurichois prenait des allures de «mission impossible». Sur un nouveau tir croisé, Hakan Sukur offrait de nouvelles frayeurs au public (24e). Comme tétanisés par l'ampleur de l'exploit à accomplir, les Zurichois rataient les gestes les plus simples et aucun homme au milieu de terrain ne prenait le jeu en main. Même Kubilay Türkyilmaz, seul devant le portier Taffarel, n'osait prendre sa chance et centrait plutôt que de tirer (35e). Côté turc, le stratège roumain Hagi continuait sa démonstration de passes millimétrées et de dribbles, dont un solo depuis le milieu de terrain (40e) pour le plus grand plaisir du président de la FIFA: «C'est un très grand joueur, en excellente forme, qui a du plaisir à jouer. Après ce que j'ai lu dans la presse (n.d.l.r. marquage strict), je suis étonné qu'on le laisse agir.»

Après l'interruption de cinq minutes (40e à 45e) pour maîtriser les individus entrés sur le terrain, les Turcs étaient les premiers à se remettre des émotions. Puisqu'une minute seulement s'était écoulée lorsque Hakan Sukur plaçait sa tête et trompait Zuberbühler. Avec ces deux réussites, le buteur turc se rachetait d'un match aller médiocre. Avant la mi-temps,«Kubi» Türkyilmaz profitait d'un coup franc à six mètres des buts consécutif à une passe en retrait arrêtée des mains par Taffarel pour réduire l'écart.

Mais après la pause les Zurichois n'y croyaient plus. Il est vrai qu'il leur fallait marquer trois buts en 45 minutes pour se qualifier. Rolf Fringer jouait deux cartes offensives (N'Kufo puis Magnin), mais c'est Hagi qui inscrivait un 3e but sur penalty (65e). Vogel réduisait la marque, lui aussi sur penalty (71e), et Grasshopper cherchait en vain l'égalisation en fin de rencontre: une volée de Tikva (82e) et une tête de N'Kufo (86e) ne terminaient pas au fond des filets. Eliminés de la Ligue des champions, les Zurichois peuvent encore évoluer en Europe. Repêchés, ils joueront en effet en Coupe de l'UEFA le 15 septembre prochain.