C'est une honte pour le hockey suisse, affirment certains observateurs: durant la finale des play-off, qui oppose Davos à Zurich, les ZSC Lions joueront leurs matches à domicile dans une patinoire de fortune, située à quelques encablures du célèbre Hallenstadion, actuellement en rénovation complète. Depuis le début de la saison, les joueurs de Christian Weber patinent en effet à Oerlikon, dans une enceinte sans places assises d'une capacité limitée à 4000 personnes. Car la future arène des Lions, dotée d'infrastructures dernier cri, qui a coûté 147 millions de francs, n'ouvrira pas ses portes avant l'été. Ironie du sort, c'est cette saison que Zurich, champion suisse 2000 et 2001, signe son grand retour. Révélation des play-off, les Lions se sont imposés 6-4 à Davos, hier, lors de la première manche de la finale, renouant sans vergogne avec leur grandeur passée. Une année trop tôt?

«J'ai déjà entendu çà et là que nous devrions attendre de retrouver le Hallenstadion pour reconquérir le titre de champion», rapporte Christian Weber, l'entraîneur des Lions. «Mais cela ne fonctionne pas ainsi, s'empresse-t-il d'ajouter. Tout l'or du monde et une patinoire prestigieuse ne sauraient garantir le succès. Personne ne sait ce qui nous arrivera l'année prochaine. Et si nous n'accédions plus jamais à la finale?» Comme tous les joueurs zurichois, Randy Robitaille partage le réalisme de son entraîneur: «Il serait plus agréable de disputer la finale des play-off dans une grande patinoire, concède quand même la star canadienne. Mais sur le plan sportif, cela ne joue aucun rôle. Nous allons tout faire pour remporter le titre.»

Vague à l'âme

Du côté des supporters, en revanche, l'exil temporaire à la patinoire d'Oerlikon, surnommée «Stadiönli», a provoqué un désintérêt manifeste. Seuls 2500 abonnements sur les 4000 exemplaires disponibles en début de saison ont trouvé preneur. Et le public s'est rarement arraché les billets restants. Même lors de derbys, comme face à Kloten, toutes les places n'étaient pas vendues la veille du match. L'une des causes de cette désertion massive, outre l'attachement inconditionnel des fans zurichois à leur antre du Hallenstadion, réside dans le prix exagérément élevé des cartes saisonnières, facturées 1000 francs. Le prix de la solidarité («Solidaritätpreis»), avaient estimé les dirigeants du club, par trop optimistes. Car le déménagement au Stadiönli, n'est pas sans conséquences financières pour le ZSC: pas moins de 2,7 millions de francs ont été dépensés pour rafraîchir la modeste patinoire et la rendre conforme au règlement de Ligue nationale A. A ce montant, s'ajoutent les pertes inhérentes à de plus faibles recettes aux guichets. Au total, Simon Schenk, le manager des Lions, évalue le manque à gagner à 7 millions de francs. Une situation prévisible à laquelle le conseil d'administration du club s'était préparé en augmentant le capital-actions. Reste que le club alémanique devrait boucler l'exercice 2005 en déficit – plus d'un million de francs, dit-on –, lui qui avait présenté des comptes équilibrés la saison passée.

A l'automne prochain, les Lions profiteront d'un Hallenstadion transformé, qui devrait attirer un large public: un système de chauffage moderne, de nouveaux sièges et 20 loges VIP figurent notamment au programme. Voilà pour l'avenir. S'agissant de la phase finale de ces play-off, Zurich ne pouvait-il envisager de déménager à nouveau, dans une enceinte correspondant davantage aux rencontres de ce calibre, comme il a été suggéré parmi les fans et les médias? A la patinoire de Kloten, par exemple? «Plus facile à dire qu'à faire, rétorque Simon Schenk. Nous avons déjà investi suffisamment d'argent. Et par égard pour nos abonnés et nos partenaires publicitaires, il n'aurait pas été responsable de quitter le Stadiönli. Nous y jouerons jusqu'au terme du championnat.»