L'heure était à la fête, ce week-end, à la base d'Alinghi. On pouvait lire sur les visages enjoués la satisfaction du devoir accompli. Le défi suisse visait la première place et se l'est assurée samedi. En remportant ses deux matches du jour, l'équipage mené par Russell Coutts possédait alors suffisamment de points pour ne plus être inquiété en tête du classement général.

Du coup, Alinghi a décidé de ne pas disputer son dernier match, dimanche, face à Prada Challenge. «Nous avons fait part aux Italiens de notre décision de ne pas courir, a annoncé samedi soir Brad Butterworth, le tacticien du défi suisse. Ce deuxième Round Robin a été long et fatigant en raison des conditions météo. Nous avons donc décidé d'accorder une journée de repos à tout le monde.»

Avec les nombreux reports, le deuxième Round Robin a en effet tiré en longueur. Et le retard sur le programme a contraint le comité de course à lancer deux séries de régates par jour. Ce qui signifiait pour les équipages un lever à 5 h 30 du matin pour un départ du quai avancé, ainsi qu'un plus grand nombre d'heures passées sur l'eau. «Le bateau et les hommes sont fatigués, avoue le jeune navigateur Vaudois Yann Maillet. C'est pour cela que nous voulions absolument marquer deux points, samedi, pour ne pas avoir à courir contre Prada dimanche.»

La Coupe Louis Vuitton est une compétition marathon. La gestion des hommes et du matériel est donc un élément essentiel. «Une régate de moins, c'est un jour de repos de plus, mais aussi un jour d'économie pour les voiles», souligne encore Yann Maillet. Cette philosophie est aussi celle qui devrait guider les dirigeants du défi dans leur choix délicat de l'adversaire pour les quarts de finale. Dimanche devait être aussi une journée de réflexion pour les membres d'Alinghi, qui doivent annoncer, lundi après-midi, le nom de l'équipe qu'ils affronteront au tour suivant. Les Suisses ont le choix entre le deuxième du classement, Oracle BMW Racing, le troisième One World, ou le quatrième Prada Challenge.

Le choix est d'autant plus difficile que l'écart entre les équipes s'est considérablement réduit pendant le deuxième tour éliminatoire. Les Italiens, qui ont eu du mal au premier tour, ont visiblement apporté de bonnes modifications à leur bateau entre les deux Round Robin puisqu'ils ont remporté quasiment tous leurs matches retour. Idem pour le défi de San Francisco, qui n'est tombé que face à Prada. Quant à One World, le défi de Seattle, il a montré davantage de faiblesses. Les changements apportés à la quille à l'issue du premier Round Robin pourraient ne pas être allés dans le bon sens.

«Nous allons devoir nous asseoir autour d'une table et discuter pour décider, explique Brad Butterworth. Ce sont trois bonnes équipes. Nous avons perdu une fois contre Oracle, une fois contre One World et avons eu un match très serré contre Prada.» Le tacticien néo-zélandais souligne le fait qu'il faut aussi tenir compte des bateaux utilisés: «Certains ont évolué entre les deux tours et il y en a d'autres que nous n'avons pas encore vus.»

Rappelons que les deux perdants des quarts de finale du haut du tableau auront une seconde chance en disputant des régates de repêchage contre les deux vainqueurs du bas tableau. Mais, qui dit seconde chance dit davantage de matches à courir. «Il y a différentes manières d'aborder le problème. Et l'une d'elles serait de choisir l'adversaire que l'on considère le plus fort, poursuit Butterworth. Ainsi, si nous parvenons à le battre, nous l'envoyons en repêchage et il sera obligé de disputer davantage de régates, d'user davantage de voiles et, surtout, aura moins de temps ensuite pour développer et améliorer ses bateaux.» Le règlement de la Coupe Louis Vuitton autorise un nombre maximum de voiles pour toute la durée de la compétition. Le ménagement des voiles est par conséquent une préoccupation pour les équipes engagées.

L'autre stratégie possible pour Alinghi est de choisir l'adversaire le plus «faible» pour s'assurer la victoire et la qualification directe. Dans le bas du tableau, ce sont les Suédois de Victory Challenge qui, grâce à leur cinquième place, ont le droit de choisir leur adversaire pour les quarts de finale. Pour eux, le choix ne repose pas sur les mêmes critères que pour Alinghi. En cas de défaite, c'est l'élimination directe pour les équipes du bas du tableau. Le défi scandinave a donc tout intérêt à choisir l'adversaire qui lui semble le plus facile à battre. S'ils gagnent – la victoire se joue au meilleur des sept matches –, les Suédois devront ensuite affronter l'un des perdants du tableau du haut.

Là aussi, les spéculations vont bon train. Certains pensent que Victory Challenge va désigner le Défi Areva. Les Français, qui ont évité l'élimination, samedi, en battant Mascalzone Latino dans un match décisif, occupent la huitième place du classement, avec seulement deux petits points. Le voilier tricolore n'est toutefois pas le plus lent et certains estiment que les Suédois auraient plutôt intérêt à choisir le Team Dennis Conner. Affaire à suivre.