Avec sa tonsure, ses raideurs et ses vêtements anachroniques, Ivan Ljubicic, 26 ans, en paraît facilement dix de plus. «C'est peut-être dû à mon vécu, rit-il. J'ai appris le tennis dans un camp de réfugié, pendant la guerre d'ex-Yougoslavie. Je ne comprenais pas la langue, je n'avais pas d'amis, pas d'argent. Je ne pouvais que passer mes journées à jouer au tennis.»

Plus rien n'effraie Ivan Ljubicic. En tout cas, pas le chauvinisme de première nécessité délivré hier par la foule à Julien Benneteau, ultime espoir français, beauté de l'éphémère, promptement battu 6-2 6-2 6-3. «Je n'ai pas eu le temps de savourer», dira le malheureux.

Ivan Ljubicic (ATP 4) ne sera pas davantage intimidé par Rafael Nadal, vendredi, auquel il infligera une offensive incessante. Du haut de son mètre nonante-trois, le Croate voit loin. Et même jusqu'en finale. «Qu'ai-je à perdre? Personne ne doute que Rafael est le grand favori du tournoi. Je vais l'agresser, le harceler. Déjà parce qu'il n'existe pas de tactique «prêt-à-porter» pour le battre, ensuite parce que, en dehors d'une élimination que tout le monde attendait beaucoup plus tôt, je ne risque rien.»

Rafael Nadal n'a pas davantage perdu son temps, hier, face au jeune Serbe Novak Djokovic, talentueux, roublard, mais épuisé (6-4 6-4 abandon). L'Espagnol persiste: «Roger reste la référence absolue. Situer ma valeur par rapport à lui n'a aucun sens. Par exemple, James Blake m'a souvent battu. Ça ne fait pas de lui le numéro deux mondial!»