«Ces jours-ci, l’effervescence est exceptionnelle. Je ne peux pas marcher cinquante mètres dans la rue sans que quelqu’un ne m’arrête pour me dire que c’est génial, qu’on a l’impression que des Championnats du monde se préparent chez nous.» Directeur du Club des sports de Val d’Isère, Vincent Jay est un homme pressé mais heureux. La station française s’apprête à accueillir huit épreuves de Coupe du monde de ski alpin en trois semaines. Seulement trois de moins qu’à Saint-Moritz, pour les véritables Mondiaux, du 6 au 19 février prochain.

Val d’Isère a l’habitude des débuts de saison agités. Le Cirque blanc y fait traditionnellement escale début décembre. Avant cela, le programme est bien rôdé, immuable. Des géants à Sölden (Autriche) en octobre, des slaloms à Levi (Finlande) en novembre, puis une tournée nord-américaine entre le Canada et les Etats-Unis. Skieuses et skieurs traversent ensuite l’Atlantique à nouveau et se retrouvent en Savoie au rendez-vous du Critérium de la première neige, imaginé en 1955.

Cette année, les hommes devaient disputer un slalom et un géant les 10 et 11 décembre puis, le week-end suivant, les femmes étaient attendues pour des épreuves de vitesse. Le festival commence finalement une semaine plus tôt avec trois épreuves masculines supplémentaires (descente ce vendredi, super-G samedi, géant dimanche) car Val d’Isère a hérité des courses prévues, outre-Atlantique, à Beaver Creek.

Un cas de figure très rare

La station du Colorado a dû renoncer faute d’un enneigement suffisant, situation inédite depuis quinze ans. Au Canada, Lake Louise a également dû tirer un trait sur ses épreuves masculines pour les mêmes raisons, ce qui n’était jamais arrivé. Jusque-là, la problématique du manque de neige paraissait typiquement européenne. L’hiver dernier, Levi, Zagreb, Sankt-Anton et Ofterschwang avaient été touchées.

Même si elle se situe à quelque 1800 mètres d’altitude, Val d’Isère n’échappe pas au fléau. Tout ou partie du programme du Critérium de la première neige est passé à la trappe en 2003, en 2004, en 2006, en 2007, en 2011 et enfin en 2014. Cette année-là germe, à la Fédération internationale de ski, l’idée d’une tournée américaine prolongée pour assurer des conditions d’enneigement suffisantes au Cirque blanc. Deux ans plus tard, il apparaît que la solution n’aurait rien d’infaillible. D’autant que pour le coup et une semaine plus tôt que prévu, la neige ne manque pas à Val d’Isère.

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«Le sport de haut niveau est dans l’ADN de la station, alors quand nous avons la possibilité d’organiser quelque chose, nous le faisons, explique au bout du fil Vincent Jay, lui-même double médaillé olympique en biathlon aux Jeux de Vancouver. Il nous a fallu 45 secondes pour décider d’accepter de reprendre ces épreuves.» A quelques jours des dates prévues, le temps manquait de toute façon pour tergiverser. Mais les responsables savaient qu’ils pourraient s’appuyer sur la motivation des travailleurs bénévoles. «Nous avons 300 personnes sur la piste lors des épreuves, et je vous assure qu’on n’a pas besoin d’aller les tirer de chez eux pour être à l’heure au rendez-vous, continue le jeune directeur du Club des sports. Tenez, il y a une monitrice qui se trouvait au Nicaragua. Quand elle a appris que nous commencions une semaine plus tôt, elle a fait changer son billet d’avion pour nous rejoindre à temps!»

Le traumatisme de l’annulation

L’engouement est à la mesure du traumatisme que peut provoquer l’annulation d’épreuves. «J’ai de sincères pensées pour mon homologue de Beaver Creek, insiste Vincent Jay, 31 ans. J’ai pris mes fonctions en 2014 et j’ai dû renoncer aux courses prévues. C’est très difficile à vivre que de voir le travail d’une année tomber à l’eau. Pour éviter que cela ne se reproduise, nous investissons dans la technologie et dans la neige de culture. Cette année, nous avons rajouté des canons. Aujourd’hui, les fenêtres de froid sont plus courtes qu’auparavant, donc il faut savoir les saisir.»

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Mais le responsable veut croire à la pérennité du Critérium de la première neige. Imaginé pour lancer la saison d’hiver à l’époque de l’année où se font les réservations de séjours au ski, il continue d’être une carte postale touristique privilégiée en plus d’une étape réputée de la Coupe du monde. La délégation suisse en garde d’excellents souvenirs récents: en 2015, Fabienne Suter avait terminé deuxième du combiné, juste derrière une Lara Gut intraitable, qui avait aussi remporté la descente et son gros lot: un veau! Elle l’a depuis confié à un éleveur de Savièse.