Football

Valbuena et Benzema, le déterminisme à la française

Une affaire de chantage autour d’une «sextape» empoisonne l’équipe de France et ramène les joueurs à leurs origines

Placé sous contrôle judiciaire par la juge d’instruction du parquet de Versailles dans l’affaire dite de «la sextape Valbuena», Karim Benzema a désormais l’interdiction d’entrer en contact avec Mathieu Valbuena. Lorsque l’un est l’avant-centre et l’autre le numéro 10 de l’équipe de France, c’est fâcheux. Sans attendre les développements de ce nouveau scandale dont le football français se serait bien passé, le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, a choisi de ne retenir ni l’attaquant du Real Madrid ni le milieu de terrain de l’Olympique Lyonnais pour les matches amicaux contre l’Allemagne et l’Angleterre les 13 et 17 novembre.

Au terme des 24 heures de sa garde à vue dans les locaux de la police judiciaire, Karim Benzema a été mis en examen pour «complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement» aux dépens de Mathieu Valbuena. Le délit en l’occurrence est le chantage. Benzema est soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire à des escrocs qui tentaient de faire chanter son coéquipier en équipe de France.

Lors d’un déménagement, Mathieu Valbuena a oublié l’un de ses téléphones portables. L’appareil, récupéré par des malfrats ayant leurs entrées dans le milieu du football, contient une vidéo intime du joueur et de sa compagne. En juin, il est contacté par un homme qui lui réclame 100 000 euros en échange de la vidéo. Valbuena porte plainte. L’enquête de la police permet d’établir qu’il y a trois maîtres chanteurs, dont un proche de l’un des frères de Karim Benzema. Cet individu, aujourd’hui mis en examen, se serait entretenu avec la star du Real Madrid, laquelle – les faits sont établis – a parlé de cette «sextape» avec Mathieu Valbuena lors d’un rassemblement de l’équipe de France le 5 octobre dernier. Pour lui dire quoi? C’est toute la question. Conseil amical ou tentative de pression, les versions divergent.

Benzema le coupable et Valbuena la victime: le déterminisme frappe une fois de plus à la porte des Bleus. Dans le football français, Karim Benzema, c’est la carrière de Thierry Henry avec la réputation de Nicolas Anelka. Comme ses aînés, il est un dominant, un produit d’excellence de la formation française. Un aristocrate du foot, malgré ses origines modestes, choyé, flatté, courtisé depuis son adolescence. Mais un joueur qui refuse de jouer le jeu médiatique dans lequel Henry excellait (au contraire, son agent a fait le coup de poing avec des journalistes de L’Equipe trop sévères) et qui, comme Anelka, est incapable de couper les ponts avec ses amis d’enfance de Bron, dans la banlieue lyonnaise. Inculpé dans l’affaire Zahia en 2010, il est finalement relaxé. Le public français lui passe ses excès de vitesse et ses voitures de luxe pliées mais lui reproche de ne pas chanter la Marseillaise et de réserver son efficacité à son club.

Le déterminisme social frappe également Mathieu Valbuena, éternelle pièce rapportée du football français, cumulard des emmerdes comico-grotesques: voiture saisie par les huissiers, procès perdus contre son ancien agent puis contre l’OM, et désormais cette affaire de «sextape» où tout le monde ricane et personne ne le plaint. Depuis le début de sa carrière, le milieu de terrain subit l’indifférence des recruteurs, les moqueries du public, les brimades de certains de ses coéquipiers. On ironise sur son pantalon trop court ou son 4x4 trop gros. Sa fraîcheur passe pour de la naïveté, sa joie d’être là pour de la bêtise et sa fierté légitime d’avoir surmonté tant d’épreuves se noie dans le bling-bling.

Ejecté du centre de formation des Girondins de Bordeaux (il était trop petit), Mathieu Valbuena s’est fait tout seul. Meilleur joueur français à la Coupe du monde 2014, il ne trouve pourtant que le Dynamo Moscou comme point de chute. Revenu en Ligue 1 (à Lyon) cet été, il est accueilli comme un traître par le Stade-Vélodrome. A son arrivée à l’OM en 2007, il était le souffre-douleur de Ribéry et Nasri. Des trois, il est finalement celui qui s’est imposé le plus durablement en équipe de France, mais cela ne suffit pas. Cela ne suffit jamais avec Valbuena.

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