Bâle, industrie pharmaceutique surdéveloppée et petit club de football local, promoteur d'aptitudes adolescentes et d'engagement primesautier. Samedi soir encore, lorsqu'il fallut enrichir le patrimoine d'un douzième titre de champion de Suisse, le club rhénan et son «directeur artistique» Christian Gross n'ont pas renié l'héritage de l'institution: pressing laborieux à mi-terrain et confiance absolue envers l'innovation. Une affaire d'éducation, toujours. Malgré les facilités (plus de 30 millions de budget) et la portée du rendez-vous (38015 spectateurs, record pour un match de Super League)...

«Je ne m'attendais même pas à jouer nonante minutes...» lâche Valentin Stocker, 19 ans. Toison gominée et coup d'œil pastel, le Haut-Valaisan, élevé au rang d'icône locale au terme d'un rendez-vous dont il ne saura que dire, finalement, s'émeut à peine de la performance: une reprise à bout portant (13e) et une ouverture soignée vers Marco Streller (23e) auront suffi à contenir des Young Boys trompés par une défense louche et mal emmenés par Hakan Yakin, inexpressif samedi.

Valentin Stocker (178 centimètres, 65 kilos), maillot numéro 14 aux relents d'adoucissant, s'est donc plutôt bien amusé, potassant une technique sud-américaine sur l'aile gauche avant de rejoindre, enfin, l'ascendance au sixième rang - des parents bien comme il faut -, rotant le champagne que la camaraderie lui infusera jusqu'à l'ivresse. Trimballant des prunelles baveuses devant les objectifs, bégayant un français de mauvais élève. «Je dois remercier Christian Gross de la confiance qu'il m'a donnée.» Ce fut très bien fait.

Gross, qui d'autre? Le regard déposé sur l'ensemble bâlois avec des égards paternalistes que le football moderne ne tolère en principe jamais, il a porté Valentin Stocker à la connaissance du grand public, samedi, comme il l'a fait avec d'autres auparavant: Felipe Caicedo (acquis pour 500000 francs en 2006, transféré pour 11 millions à Manchester City cet hiver), Zdravko Kuzmanovic (Fiorentina) et Ivan Rakitic (Schalke 04), partis pour l'Europe tout juste après avoir intégré la première garniture du club rhénan, Eren Derdiyok (des Old Boys, 2e ligue inter à l'équipe nationale) et, récemment, Fabian Frei (19 ans, 24 matches cette saison). Valentin Stocker dispose aujourd'hui de statistiques honorables (615 minutes de jeu, 3 buts et 2 passes décisives cette année) mais d'une notoriété printanière qui se limite à son seul secteur d'activités (il a certes une page sur Wikipédia, mais en anglais).

«Il a fait toutes ses classes juniors à Kriens (ndlr: dès l'âge de 7 ans), avant de rejoindre le FC Bâle», clarifie Pierre-André Schürmann, coach de l'équipe de Suisse M21, lequel a déjà eu affaire au phénomène en sélection. Importé par Peter Knäbel, responsable de la formation au FC Bâle, le Haut-Valaisan s'instruit une saison et demie avec la réserve bâloise dès janvier 2006 (37 matchs, 13 buts), avant d'intégrer la première équipe, l'été passé. Il n'a que 18 ans. Se blesse et s'absente plusieurs mois. Mais c'est «un passionné et un gagneur», selon Schürmann. Alors il revient.

Désorienté sur le côté gauche à mi-terrain, samedi, Stocker a combiné avec deux pieds entraînés et une certaine aptitude à l'originalité. «Toutes les qualités pour réussir, à condition qu'il se muscle un peu pour encaisser les coups», diagnostique son coéquipier François Marque. Schürmann: «Il a du culot et, en tant que personne, est plutôt direct. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes peinent à s'exprimer, ce qui n'est pas du tout son cas. Il cherche toujours la discussion et c'est, je crois, sa plus grande force.»

Des compétences à entretenir. «Un ou deux matchs de qualité, ça ne suffit pas, tempère le coach des M21. Il y a des joueurs qui ont disparu après deux très bons matchs. La gestion d'un succès vite arrivé est difficile. Il est important que tout le monde, médias compris, se montre mesuré: il a des qualités, mais encore beaucoup de travail.» Lui le sait déjà. «Il ne se prend pas la tête et écoute», synthétise Marque. Valentin Stocker passera une semaine confidentielle en Valais, du 26 au 31 mai, à l'occasion du tour Elite M19 qualificatif pour l'Euro, avant de rejoindre «le camp d'entraînement du FCB». Son contrat porte jusqu'en 2011. Pour le reste, il n'en sait encore trop rien. D'aucuns l'imaginent alimenter l'entrejeu helvétique en juin prochain, alors que le sélectionneur national Köbi Kuhn, lequel l'a déjà qualifié de «joueur très intéressant», communiquera ce mardi matin à Berne une liste élargie de quelque vingt-huit potentiels champions d'Europe...

«J'espère simplement que l'on pourra le garder le plus longtemps possible», ambitionne pour l'heure Christian Gross. Face à Neuchâtel Xamax mardi passé, un représentant de l'Olympique Lyonnais a fait le déplacement afin de s'enquérir des qualités techniques du Haut-Valaisan.