La catégorie MotoGP n'aura jamais été aussi ouverte que cette année. L'Italien Valentino Rossi, quintuple champion du monde, écrasant dominateur ces trois dernières années, a quitté Honda pour le concurrent héréditaire Yamaha, privé de titre mondial depuis près de douze ans. Le challenge est à la hauteur des ambitions débordantes du champion de Tavullia qui, à seulement 25 ans, semble aussi le seul pilote à même de rejoindre au palmarès les grands noms tels que Giacomo Agostini, Angel Nieto et Mike Hailwood.

En abandonnant à ses adversaires la meilleure moto du circuit, Rossi place cependant la barre très haut. «Vale» avait réussi à développer la Honda RCV et à la rendre imbattable. Cette année, il semble déjà avoir trouvé les clés du développement de la Yamaha M1 (il est meilleur temps des derniers essais officiels de Barcelone), performance que ses concurrents directs n'avaient pas réussi à réaliser jusque-là. «Des gens m'ont éliminé trop vite», avait-il déclaré. Reste maintenant à concrétiser ce travail de préparation dont il détient seul le secret. La Yamaha n'a remporté que deux courses ces deux dernières années, alors que l'an dernier, Honda a gagné tous les Grands Prix, sauf un concédé à Ducati sur ce même circuit catalan.

Rossi, qui était en guerre larvée avec Honda depuis 2002, est parti chez la concurrence avec armes et bagages, c'est-à-dire avec l'équipe de Jeremy Burgess, son chef mécanicien, celui qui, avant lui, avait déjà travaillé avec Wayne Gardner et Mick Doohan. «Sans le travail que mon équipe et moi avons effectué, la Honda RCV ne serait pas la moto qu'elle est aujourd'hui», rappelle Valentino Rossi qui, en à peine trois mois (Honda n'a pas autorisé le pilote à partir avant janvier, alors que la saison 2003 s'est terminée fin octobre) a fait évoluer la machine M1 comme personne. Et de penser très fort: «Honda ou Yamaha, je suis toujours là.»

En récupérant «Il Fenomeno» pour un pont d'or (on avance le chiffre de 10 millions d'euros par an), Yamaha peut espérer renouer avec le succès qui fut le sien à la grande époque de Wayne Rainey. Car depuis la tragique chute de l'Américain en 1993, à Misano, accident qui l'a rendu paraplégique, jamais la marque aux trois diapasons n'a trouvé le pilote capable de décrypter les secrets de ses machines. Ishiro Yoda, le créateur de la M1, ne trouve pas les mots pour décrire la capacité d'analyse du jeune Italien: «Son apport va au-delà de ce que j'imaginais.»

Pour obtenir de tels résultats, le clan Rossi a dû bousculer quelque peu les habitudes du constructeur, l'obligeant à revenir sur la conception même de sa machine. En fait, Yamaha a tout mis en œuvre pour saisir l'occasion de revenir au top, plaçant près de 200 personnes sur le projet, dont près de la moitié uniquement sur le programme MotoGP. Mais Rossi, dont le surnom «Il Dottore» est plus que jamais à l'ordre du jour, garde les pieds sur terre. «Cette moto n'est certes pas au niveau de la Honda, mais elle est globalement plus performante que ce que j'imaginais.» De quoi lui faire revoir quelque peu les objectifs initiaux de cette première saison chez Yamaha.

Chez Honda, Koiji Nakajima, le directeur du HRC, qui avait mis le feu aux poudres en déclarant que c'était sa moto qui gagnait et non Rossi, a fait appel à la vieille garde de pilotes confirmés. Max Biaggi, le dernier à s'être imposé avec Yamaha il y a deux ans, avait tout fait l'an dernier pour piloter la même machine que Rossi. Il n'a jamais réussi à l'inquiéter. Biaggi va jouer ses dernières cartes car s'il ne gagne pas cette saison, l'affront sera cuisant. A ses côtés, l'Espagnol Sete Gibernau et le Brésilien Alex Barros font aussi partie de l'armada mise en place pour contrer Rossi (ils seront six en tout). Tous ces pilotes porteront un lourd fardeau dès aujourd'hui sur le circuit sud-africain de Welkom: prouver à Honda que, eux aussi, peuvent faire briller la marque.