Formule 1 

Valtteri Bottas, le «mec normal» propulsé favori

Peu connu du grand public, le pilote finlandais n’a pas gagné le moindre Grand Prix à 27 ans. Son transfert chez Mercedes, la meilleure équipe du paddock, en fait pourtant un candidat au titre de champion du monde

Ayrton Senna, Michael Schumacher, Alain Prost. Les noms de certains pilotes de Formule 1 résonnent fort dans l’inconscient collectif jusque dans les esprits les plus profanes. Dans une moindre mesure, ceux des champions en activité (Lewis Hamilton, Fernando Alonso) sont aussi familiers de tous. Pour le grand public, celui de Valtteri Bottas reste largement méconnu. Ceux qui se lèveront pour assister en direct au premier Grand Prix de la saison (7 heures, heure suisse sur RTS 2) devraient pourtant le retrouver aux avant-postes.

C’est le pari de Mercedes. Confrontée au départ à la retraite surprise de son champion du monde Nico Rosberg, l’écurie a eu quelques mois pour lui trouver un remplaçant. Mieux, un successeur. Car elle a un statut à défendre, une domination à préserver. Depuis 2014, ses Flèches d’argent ont remporté 51 des 59 Grand Prix disputés, tous les titres possibles, et les dirigeants n’envisagent pas que la situation puisse changer, comme l’a expliqué Niki Lauda, ancien pilote et président non exécutif de Mercedes, au micro de RTL: «Jusqu’à présent, nous avions toujours deux pilotes de pointe capables de se battre pour le titre mondial, Nico Rosberg et Lewis Hamilton. Parfois, l’un était devant, parfois l’autre. C’est pour cela que nous avons choisi Bottas. Je crois qu’il peut être aussi rapide que Nico.»

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Le Neymar de la F1

A 27 ans, le Finlandais Valtteri Bottas se retrouve donc propulsé parmi les favoris de la saison. Alors qu’il n’a jamais gagné un Grand Prix. En quatre saisons de Formule 1 chez Williams, il a pris part à 77 courses et atteint neuf fois le podium. En 2014, il se hissait au quatrième rang du classement des pilotes, son meilleur résultat. Il n’était que huitième l’an dernier. Mais dans un sport où la technologie et le savoir-faire des ingénieurs jouent un rôle primordial, changer d’écurie revient à changer de dimension. Neymar n’aurait jamais été un prétendant sérieux au Ballon d’or s’il n’avait pas quitté le club brésilien de Santos pour le FC Barcelone. Remplacez les dribbles par des coups de volant et l’histoire est la même pour Valtteri Bottas.

En attendant de succéder à Nico Rosberg au palmarès de la Formule 1, il a déjà repris sa place symbolique dans l’univers Mercedes. A Lewis Hamilton le bling-bling et les flashes des paparazzi, à lui la discrétion et la mesure. «Il est très analytique et calme. Crédible, sans airs de diva, un homme qui garde les pieds sur terre», confie l’ancien champion de rallye finlandais Ari Vatanen à l’AFP. «Il ne parle pas beaucoup mais c’est un gros bosseur», assure Niki Lauda. «Je suis juste un mec normal», sourit le principal intéressé dans une vidéo de présentation de son site web.

Ce qui filtre de sa vie privée n’a rien de très rock’n’roll. Marié l’automne dernier, il partage sa vie depuis sept ans avec Emilia – une nageuse qui a participé aux trois dernières éditions des Jeux olympiques. Né à Nastola, une bourgade de 15 000 âmes au coeur de la Finlande lacustre, il aime la nature, les grands espaces, qu’il parcourt volontiers à vélo et dont il poste beaucoup de photos sur son compte Instagram. Gamin, il faisait du hockey sur glace, le sport national de son pays. Un mec normal. Jusque dans son goût pour les sports mécaniques: la Finlande, huit fois plus grande que la Suisse mais peuplée de 5,5 millions d’habitants seulement, est un vivier de champions de rallye (Ari Vatanen, Tommi Mäkinen) comme de Formule 1: Keke Rosberg (1982), Mika Häkkinen (1998, 1999) et Kimi Räikkönen (2007) ont remporté le titre mondial.

Un homme ambitieux

Valtteri Bottas rêve de prolonger la dynastie depuis son enfance. Il s’est découvert une passion et un talent pour la conduite alors qu’il n’avait que 6 ans. Même son itinéraire semble normal, pour un futur champion. Des victoires en rafale en karting pendant une dizaine d’années. Des débuts en monoplace en Formule Renault. Des succès dans des séries secondaires qui lui ouvrent les portes de l’univers de la F1 via une place de pilote test. Puis un volant que Williams lui offre en 2013.

C’est bien l’ambition et la détermination qui font briller le regard bleu acier de Valtteri Bottas. «J’ai toujours voulu être un pilote de Formule 1, et j’ai toujours voulu aller plus loin», explique-t-il. Sa mentalité est très tôt devenue celle d’un sportif d’élite. «Entre 13 et 14 ans, il a trouvé en lui l’attitude qu’un athlète doit adopter, décrit Henri Niskanen, entraîneur au sein de l’académie finlandaise de karting, au micro de CNN. Son humilité et son éthique de travail l’ont mené vers le sommet.» Il est désormais au bon endroit pour remporter des Grand Prix.

«Ce sera une année difficile face à Lewis. C’est un pilote formidable. En théorie, l’avantage est pour lui. Mais je sais de quoi je suis capable dans une voiture qui peut jouer la victoire. Je suis là pour gagner», assure le pilote de 27 ans. Il a tout intérêt a marqué les esprits d’entrée. Sa nouvelle écurie ne l’a engagé que pour une année, tout en laissant ses jeunes protégés Pascal Wehrlein (Sauber) et Esteban Ocon (Force India) s’aguerrir ailleurs. Fin 2017, tout sera réévalué. Valtteri Bottas a une année pour faire en sorte que plus personne n’ignore son nom.


Valtteri Bottas en dates

1989 Naissance à Nastola, en Finlande

2010 Contrat de pilote d’essai chez Williams

2013 Débuts en Formule 1 chez Williams

2014 Six podiums (dont deux deuxièmes places) en F1 pour sa meilleure saison, bouclée au quatrième rang du classement

2017 Transfert chez Mercedes, où il remplace le champion du monde Nico Rosberg


En 2017, tout pour la vitesse

La Formule 1 reprend ses droits dimanche à Melbourne avec le Grand Prix d’Australie. Il n’y aura que vingt courses au programme - une de moins que l’année dernière puisque le Grand Prix d’Allemagne ne sera pas organisé - mais les raisons de se passionner pour le championnat du monde de vitesse ne manqueront pas en 2017, entre le changement de propriétaire, la redistribution des cartes entre les équipes et, surtout, les (r) évolutions techniques.

Les mordus du Formule 1 retrouveront des bolides taillés pour aller le plus vite possible. La largeur maximale des châssis est passée de 1,8 à 2 mètres, celle des pneus aussi pour augmenter de 25% la surface au sol et la taille des ailerons a été revue à la hausse (15 centimètres à l’avant, 10 à l’arrière). Autant de changements techniques qui permettront aux pilotes de rouler à fond sur une plus grande partie de chaque circuit que par le passé. Par rapport à l’an dernier, les experts prévoient un gain de temps de 5 à 6 secondes au tour et s’attendent aux Grands Prix les plus rapides de l’histoire.

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