Il est décrit par son nouvel entraîneur, Sébastien Fournier, comme quelqu’un de simple, humble et entier. Ses coéquipiers voient en lui quelqu’un de très volontaire et motivé. Son arrivée au FC Sion aura attiré les projecteurs de la planète foot sur le Valais. Et pour cause, Gennaro Gattuso, 34 ans, c’est un titre de champion du monde, deux «scudetti» en 13 saisons à l’AC Milan, deux Ligues des champions remportées et un franc-parler qui traduit bien sa rage de jouer. Le capitaine du FC Sion a rencontré la presse lundi à Sierre.

– Quelles ont été vos premières impressions en arrivant à Sion?

– Ça s’est passé comme je m’y attendais. J’avais besoin d’un changement de mentalité. Je n’ai jamais pensé que venir ici signifiait être en vacances ou que j’allais pouvoir me balader. Bien sûr, l’organisation n’est pas la même qu’au Milan. Mais c’est moi qui me suis mis à la disposition de l’équipe et pas l’inverse.

– Qu’est-ce qui vous a motivé à venir à Sion?

– J’avais un contrat déjà prêt au Milan. Mais je n’ai pas eu envie de continuer, l’aventure touchait à sa fin. Je n’avais pas non plus envie d’emmener ma famille et mes enfants en Chine ou dans les pays arabes. Après la discussion avec Constantin, quelque chose s’est déclenché en moi. J’ai accepté cette aventure à l’aveugle. Ça te fait comprendre à quel point je suis dérangé! (Rires) Mais je suis très content d’être ici. Toutefois, ça discute trop, j’ai envie de montrer ce dont nous sommes capables de faire sur le terrain.

– Qu’ont dit vos ex-camarades de l’AC Milan de ce transfert?

– Quelqu’un a dit que j’étais le seul à pouvoir accepter une telle proposition. Mais dans la vie, il faut parfois oser se démarquer. Je suis un malade de foot, je le suis 24h sur 24h. Celui qui pense que le championnat suisse est une promenade se trompe. Il y a plus de 20 joueurs suisses de part et d’autre en Europe, des véritables leaders, comme Behrami, de la Fiorentina et Inler, du Naples. J’aime bien aussi la mentalité des footballeurs helvètes. Moi, je connais surtout le championnat italien. Il faut les prendre à coups de pied dans le derrière pour les envoyer sous la douche. Les Suisses, eux, sont très disciplinés.

– Est-ce que ça vous ferait plaisir de jouer avec Del Piero?

– On ne doit pas faire le FC Hollywood ici. On doit faire une équipe qui court, qui lutte sur tous les ballons. J’ai entendu de nombreux noms – Inzaghi, Nesta, Del Piero, Mutu – mais nous ne sommes pas le Los Angeles Galaxy.

– Que ressentez-vous à jouer au football ici?

– Mes sensations sont identiques à celle d’il y a seize ans, lorsque j’ai rejoint le Glasgow Rangers. Puis, au Milan, pendant treize ans, c’est comme si j’avais fait un autre sport. Là-bas, il y avait 6 magasiniers, 20 physiothérapistes… la planète entière y était. En venant ici, j’ai redécouvert des choses, comme porter tout seul mon sac. Mais quand je serai grand, je veux faire l’entraîneur, c’est important de redécouvrir ces aspects. J’aime aussi voir des jeunes, pas très dotés techniquement, mais qui crachent leur sang à l’entraînement. C’est ça le foot pour moi.

– Constantin vous a-t-il cherché pour votre engagement ou pour vos qualités techniques?

– Techniquement, en treize ans au Milan, j’ai toujours été le plus nul. Toutefois, avec les c… que je mettais sur le terrain, je mangeais tout le monde. Je suis bien placé pour en parler.A l’heure actuelle, si quelqu’un a du talent mais qu’il ne s’entraîne pas dur, ça ne marche pas. Dans le foot moderne, ce n’est plus possible de faire la différence avec seulement de la technique. Par exemple, Ronaldinho a arrêté de s’exercer et il n’arrive plus à rien. Il a un talent insensé, je l’ai vu faire des choses incroyables avec la balle. Mais sans des entraînements rigoureux, on souffre le dimanche, pendant les matches.

– Qu’appréciez-vous du président Constantin?

– Une chose qui me plaît beaucoup du Valais, ce sont les personnes très chaleureuses. La mentalité valaisanne ressemble beaucoup à la calabraise. D’ailleurs, Constantin est quelqu’un de très sanguin. J’espère qu’on pourra bien travailler ensemble. Si on est patient et que l’on travaille en équipe, on peut atteindre nos objectifs.

– Passer des 80 000 spectateurs de San Siro aux 8000 de Tourbillon ne sera-t-il pas déroutant?

– Les trois dernières années, à Milan, nous jouions devant 30 000 spectateurs, alors que le stade peut en contenir 80 000. L’ambiance était celle d’un enterrement. Avec 9000 spectateurs sur les 20 000 possibles, Tourbillon est proportionnellement plus rempli, c’est donc mieux. Bien sûr, j’espère qu’il y en aura davantage que 9000.