«Elles domineront le monde.» «Nous serons les meilleures.» En 1997, la famille Williams fait irruption sur le circuit féminin. Emmenées par leur père et entraîneur Richard et leur mère Oracene, Venus et Serena donnent l'image de deux filles arrogantes. Au fil du temps, ces propos prétentieux deviennent réalité. L'an dernier, Serena, la cadette (18 ans), remporte l'US Open. Cette année, Venus passe la vitesse supérieure. Absente durant les cinq premiers mois pour une tendinite aux deux poignets, l'aînée (20 ans) enchaîne depuis lors les succès. Battue seulement trois fois cette saison – la dernière en quarts de finale des Internationaux de France à Roland-Garros face à Arantxa Sanchez –, elle s'est imposée à 21 reprises.

Elle reste même sur une série de 15 matchs sans défaite! Dimanche soir en effet, elle a remporté le 12e titre de sa carrière – le troisième consécutif – en battant Monica Seles 6-0 6-7 (3-7) 6-3 en finale du tournoi de San Diego. Une semaine après avoir pris le meilleur sur Lindsay Davenport à Stanford et moins d'un mois après son premier titre dans un tournoi du Grand Chelem, à Wimbledon, également face à Lindsay Davenport. Même si le nouveau classement WTA paru lundi la place au troisième rang de la hiérarchie mondiale, loin derrière Martina Hingis et Lindsay Davenport, elle est aujourd'hui la meilleure tenniswoman du circuit.

Arnaud Boetsch, ancien numéro un français et douze au classement mondial, aujourd'hui consultant sur Eurosport, abonde dans ce sens: «Elle domine physiquement ses adversaires. Dans ce domaine, c'est la meilleure, elle tape plus fort que les autres joueuses. C'est une véritable cogneuse. Le service est une de ses meilleures armes. La pause forcée en début de saison a été bénéfique: son corps s'est affiné (ndlr: elle a perdu quelque dix kilos). Elle se déplace désormais très rapidement de droite à gauche. De plus, psychologiquement, son arrêt lui a permis de faire le point et de repartir oxygénée sur le circuit.» A sa puissance (1m86, 72 kg) – son service a déjà été mesuré à plus de 200 km/h – et sa rapidité, il faut ajouter une troisième force: la volonté. «Si tu n'entres pas sur le court en pensant que tu vas gagner, alors tu peux rester au vestiaire», aime-t-elle répéter. A la question de savoir si quelqu'un pouvait la battre en ce moment, elle répondait ainsi dans le quotidien L'Equipe: «Je pense que je peux me battre moi-même.»

Actuellement, elle a une telle confiance en ses moyens qu'elle fait peur à tout le monde: «Je préfère jouer n'importe qui plutôt qu'elle, expliquait Sandrine Testud en début de semaine dernière. Lorsqu'elle est revenue de blessure, elle ne jouait pas bien. Mais à mon avis, elle est aujourd'hui cent fois plus forte qu'avant sa blessure. J'ai regardé la finale de Stanford et, franchement, je n'avais jamais vu quelqu'un jouer de la sorte. Elle fait le point en un ou deux coups.» Elle commet tout de même encore beaucoup de fautes – dimanche soir, face à Monica Seles, 34 fautes directes et 14 double-fautes ont été dénombrées – et doit améliorer certains aspects de son jeu. «Techniquement, quand elle n'est pas rapide sur ses jambes, explique Arnaud Boetsch, elle n'a pas de bons appuis et dévisse ses coups, notamment en coup droit. Elle doit également améliorer son toucher de balle. Mais elle a montré une intelligence et une évolution dans son jeu: elle monte plus souvent au filet.»

Après avoir passé son enfance à Compton, dans un des quartiers les plus mal famés de Los Angeles, elle remporte tout ce qui est imaginable en juniors. Son entraîneur de l'époque, Rick Macci, déclare: «Venus pourra être pour le tennis ce que Michael Jordan est pour le basket.» Le 31 octobre 1994, à 14 ans, elle arrive sur le circuit professionnel. Mais elle joue peu jusqu'à 17 ans. La raison? Son père, devenu son entraîneur, ne veut pas la «brûler» et lui assurer un succès scolaire. En 1997, un ovni dans une tenue gris fluo, avec des kilos de perles multicolores dans les cheveux, se dévoile au monde entier. La progression est fulgurante: du 204e au 27e rang mondial. Ce qui lui fait dire: «Je serai numéro un, ça c'est sûr. Et j'y crois. Sinon, je pourrais raccrocher ma raquette.»

Avec le temps, l'arrogante jeune fille cède sa place à une chaleureuse jeune femme. Son large sourire illumine les courts. Depuis son récent succès à Londres, elle a atteint une dimension nouvelle: «Je me sens calme. J'adore jouer au tennis et remporter des titres. Je n'ai jamais été plus heureuse que maintenant, mais ce n'est pas seulement parce que j'ai gagné Wimbledon. Je suis heureuse dans ma vie en général, comme dans ma vie de joueuse de tennis», déclarait-elle après son succès. Victorieuse ensuite à Stanford et à San Diego, Venus Williams ne cherchera pas la passe de quatre cette semaine à Los Angeles. Elle a sagement fait l'impasse sur ce tournoi qui verra le retour de sa cadette Serena. Nul doute par contre que Venus visera à détrôner sa sœur à l'US Open, qui débute le 28 août prochain. Une des principales attractions de Flushing Meadows sera sans conteste la confrontation entre les sœurs Williams et le reste du monde. Si à Wimbledon, elles se sont retrouvées en demi-finale, on pourrait bien les voir en finale d'un tournoi du Grand Chelem. Comme l'avait prédit leur père.