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Venus Williams. «Son amour du jeu est intact, que ce soit à l’entraînement ou en match, chaque jour de l’année», confie David Witt, l’entraîneur de l’Américaine.(Reuters)
© Andy Couldridge

Tennis

Venus Williams, une grâce hors du temps

Cinq fois vainqueur à Wimbledon et revenue dans le top 10 après de gros soucis de santé, Venus Williams, 36 ans, joue cette semaine ses dix-neuvièmes internationaux britanniques

Le soutien de Stan Wawrinka n’a pas suffi à Donna Vekic, éliminée lundi au premier de Wimbledon par Venus Williams (7-6 6-4). A 36 ans, l’Américaine dispute ses 19e Internationaux de Grande-Bretagne et participe pour la 71e fois à un tournoi du Grand Chelem (Federer en est à 68). Voilà vingt ans qu’elle balaie le court et ses adversaires avec ses immenses moulinets. Seize ans qu’elle a commencé à engranger les titres en Grand Chelem, avec son double doublé Wimbledon + US Open en 2000 et 2001.

Et pourtant, on a cru la perdre à jamais en 2011: sortie du top 100 après avoir été frappée par une maladie auto-immune (le syndrome de Sjögren), on pensait qu’elle n’aurait pas la force de se battre pour reprendre le cours d’une carrière à succès. Elle est cependant revenue dans le top 10 (tête de série N° 8 à Londres), avec ce spectacle toujours aussi fascinant, mélange de grands écarts dégingandés et de frappes hallucinantes de lourdeur. Peut-elle vraiment conquérir un sixième Wimbledon dans dix jours, huit ans après le dernier? Pas vraiment imaginable, non. Elle connaît encore trop de coups de moins bien physiques et sa dernière demi-finale en Grand Chelem remonte à l’US Open 2010. Mais peu importe, quelque part: elle est encore là, et c’est déjà énorme. «Il faut savourer notre chance de la voir encore à ce niveau», assure Sam Sumyk, l’entraîneur de Garbine Muguruza.

Une chance, oui, parce que le spectacle est exceptionnel. Il y a d’abord cette grâce à nulle autre pareille. Entre les points, elle évolue les yeux fermés, abstraite et indéchiffrable, comme perdue dans son univers de concentration. Pendant, en revanche, c’est tout le contraire: des frappes lourdes, une agressivité permanente, une pression difficilement soutenable. La Française Alizé Cornet, battue six fois en autant de rencontres (la dernière lors de Roland Garros), raconte: «Elle a une sorte de bestialité quand le point démarre, alors qu’elle a l’air dans un autre monde, endormie, comme si elle flottait quand il se termine. Et puis elle a ce physique, cette prestance qui lui permettent de faire pas mal d’intox. A l’échauffement, lors de notre dernière rencontre à Roland, j’ai cru qu’elle allait tomber dans les pommes. Et puis elle m’a mis trois mines d’affilée dès que le match a commencé! Elle sait comment impressionner les filles, et ça marche…» Pas rancunière, elle conclut: «C’est une personnalité très particulière, je l’admire beaucoup.»


Elle n’est pas la seule. Venus est plutôt très aimée sur le circuit, sans doute aussi parce qu’elle offre une version plus humaine des Williams que sa cadette Serena, engagée dans un autre combat: la domination du monde et le record de titre du Grand Chelem. Sam Sumyk ne cache pas son admiration: «Je suis un bon petit fan, oui. Déjà, j’aime la personne: elle dégage une belle énergie, de l’empathie, elle est ouverte et agréable, prête à donner. Et puis cette allure de grand félin, posé, qui donne l’illusion de pouvoir ralentir le temps, ça ajoute à son charme. On est pris par une grande sérénité quand on est avec elle, c’est d’ailleurs marrant de voir l’impact qu’elle a sur les gens: tout le monde devient calme à son contact. Elle a l’air si douce… Un paradoxe quand on voit sa taille, son envergure et son aura.»

Autre fan inconditionnel: l’entraîneur français Georges Goven, aujourd’hui aux côtés de Kristina Mladenovic, qui remonte le temps jusqu’à la fin du siècle dernier. «Frapper face au jeu, avec les appuis ouverts: personne ne jouait comme ça quand les soeurs Williams sont arrivées sur le circuit. Elles le font toujours, et Venus est encore une des toutes meilleures quand elle joue bien.» Ce qui lui arrive encore très régulièrement depuis ses soucis de santé et sa famélique année 2011. Elle a depuis gagné cinq tournois, pour porter son total à quarante-neuf en carrière. Un retour au plus haut niveau a priori assez incroyable, après toutes ces années de circuit. Pas forcément pour David Witt, son entraîneur depuis dix ans, qui la connaît mieux que personne: «Je crois que je ne l’ai jamais vue lâcher un set, un jeu ou même un point en dix ans de travail. Et ce même si elle est larguée dans une rencontre. Son amour du jeu est intact, que ce soit à l’entraînement ou en match, chaque jour de l’année. Elle veut toujours gagner des tournois, surtout ceux du Grand Chelem. Elle est agressive depuis toujours, elle l’était même parfois trop au début. Mais elle est devenue de plus en plus intelligente avec le temps, et donc meilleure. Elle sait exactement ce qu’elle a à faire aujourd’hui.»

Et elle aime ce sport plus que tout. On l’a crue un moment motive par autre chose, comme le design de robes (qu’elle porte en compétition); mais ces activités extérieures étaient surtout des respirations qui lui permettaient de mieux revenir à sa vraie passion. «Elle arrive toujours à revenir dans le top 10 alors qu’on la croit morte. C’est un mystère que son corps tienne aussi bien, qu’elle ait toujours cette rage de vaincre sans montrer de lassitude. Alors que je suis persuadée qu’elle doit connaître des grands moments de lassitude, parfois. Mais elle arrive à les surmonter. Parce que ce sport et cette vie sont addictifs, aussi. Elle, ça fait vingt ans qu’elle est là, et tant qu’elle pense avoir des choses à montrer, elle n’arrêtera pas.»

Qui sait, peut-être la verra-t-on encore galoper aux abords de la quarantaine? Une possibilité qui n’étonnerait même pas Georges Goven: «Elle a su garder une certaine fraîcheur parce qu’elle joue historiquement peu de tournois par an. Si sa santé la laisse tranquille, elle aura une «durée de vie» importante. Je dirais quelques années, parce que son jeu est encore à la pointe de la modernité. Une joueuse comme Belinda Bencic s’est complètement inspirée des Williams, par exemple. On dit que son jeu est celui de l’avenir, mais elle ne fait que répéter ce qu’ont fait les Williams il y a quinze ans.»

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