Tribune

Vers les Jeux du printemps olympique

Le mouvement olympique craignait qu’il n’y ait plus de JOJ au-delà de Lausanne 2020. Faux: l’événement a confirmé que le concept avait trouvé son nouveau souffle, estime le spécialiste Jean-Loup Chappelet

Quand les Jeux de la jeunesse d’hiver 2020 furent attribués à Lausanne, il y a cinq ans, beaucoup pensaient que ce seraient les derniers, car les objectifs initiaux se révélaient trop ambitieux. Mais Buenos Aires 2018 (pour la version estivale) et Lausanne 2020 ont complètement changé la donne. Quelle est donc la performance globale de l’événement que nous venons de vivre, pour la capitale olympique et pour le Comité international olympique (CIO)?

D’abord, ces Jeux ont été livrés à temps dans toutes les disciplines olympiques alors que plusieurs installations sportives n’existaient pas tout près de Lausanne. Il a fallu organiser le curling à Champéry (Valais), le bobsleigh, la luge et le patinage de vitesse à Saint-Moritz (Grisons), ainsi que le biathlon et le ski nordique aux Tuffes (France voisine). Mais cela a permis d’utiliser des installations existantes et donc de ramener le budget d’investissement à zéro.

Certes, il a fallu reconstruire la patinoire de Malley et bâtir un village olympique – le Vortex – sur le campus de l’université, ainsi qu’améliorer une piste alpine aux Diablerets et un snowpark à Leysin, mais ces investissements importants étaient prévus de longue date et les Jeux n’ont fait que les accélérer. De plus, ils n’ont pas été assumés par le budget de Lausanne 2020 (environ 40 millions de francs) mais par d’autres, notamment les Retraites populaires pour le Vortex, et ce sera une bonne affaire, car ses chambres seront pleinement occupées par les étudiants dès août prochain.

Héritages tangible et intangible

Un deuxième objectif de tous les Jeux de la jeunesse – comme des Jeux traditionnels – est de faire partager dans le monde entier l’esprit du pays, de la région et de la ville hôte. La Suisse et la capitale olympique étant particulièrement connues, cet objectif est difficile à mesurer. Il faudrait connaître l’activité sur les réseaux sociaux et les taux d’audience de la chaîne olympique qui retransmettait gratuitement les compétitions en streaming dans le monde entier. La couverture presse était surtout limitée à la Suisse romande.

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Mais quel héritage à plus long terme? On distingue généralement l’héritage tangible de l’héritage intangible. Pour ce qui de l’héritage en dur, on peut incontestablement mentionner le Vortex et les pistes des Diablerets et de Leysin, mais aussi l’Aréna de Malley qui, outre les sports de glace, accueillera prochainement la natation, le plongeon, l’escrime et le tennis de table de façon régulière, ainsi que de grandes compétitions ponctuelles comme, en 2020, les Championnats du monde de hockey sur glace et ceux de pétanque. Ces installations accélérées par les Jeux bénéficieront pendant de longues années à leurs communautés.

L’héritage intangible est plus difficile à mettre en évidence et surtout à mesurer. La population locale, notamment les écoliers, a assisté en masse aux compétitions grâce aux billets gratuits. De nombreux jeunes ont pu s’initier à toutes sortes de disciplines hivernales au centre-ville et même à quelques autres comme l’e-karting ou l’e-sport. Quelque 3000 volontaires se sont frottés à l’organisation d’un grand événement et ont amélioré leur employabilité, notamment des étudiants des hautes écoles qui ont créé plusieurs éléments des Jeux (chanson, identité graphique, médailles, etc.). La culture a pu s’associer à l’événement au travers des musées locaux et de spectacles.

Un message positif

Du point de vue du CIO, Lausanne 2020 a permis de presque doubler le nombre de jeunes athlètes participants (près de 1900) grâce au partage de leur venue en deux vagues (première et deuxième semaines) et ainsi d’inciter deux fois plus de sportifs à participer aux Jeux traditionnels et à répandre l’esprit olympique dans leurs pays. Le ski-alpinisme et le hockey 3 contre 3, voire le snow-volleyball et d’autres disciplines en démonstration, ont pu être testés en vue d’une future inclusion au programme olympique. L’usage systématique des transports en commun pour le public et pour les compétiteurs a bien fonctionné, mais, pour ces derniers, sera difficile à reproduire aux Jeux traditionnels. Ces «Jeux juniors» apportent surtout un message olympique positif en ces temps où les Jeux traditionnels sont souvent fortement critiqués.

On peut donc affirmer que Lausanne 2020 a permis de repositionner les Jeux de la jeunesse comme le recommandait l’agenda 2020, la feuille de route du CIO. Prochaines étapes: Dakar 2022 au Sénégal (et non 2023 comme le proposait l’Agenda 2020) et Pyeongchang 2024 en Corée du Sud. Ces Jeux devraient s’ouvrir encore plus que Lausanne 2020 et Buenos Aires 2018 à des «sports funs», urbains, pas obligatoirement présents aux Jeux traditionnels, et devenir ainsi des Jeux du printemps, au propre comme au figuré.

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