l’oeil du sport

Les vertiges de Sotchi devant le gouffre annoncé

Des Jeux qui ne rapporteraient pas un kopeck. C’est l’éventualité douloureuse mais lucide à laquelle se heurtent les investisseurs privés embarqués dans l’aventure Sotchi 2014

Des Jeux qui ne rapporteraient pas un kopeck. C’est l’éventualité douloureuse mais lucide à laquelle se heurtent les investisseurs privés embarqués dans l’aventure Sotchi 2014.

A chaque olympiade, ou presque, le pays organisateur découvre que l’ardoise sera plus copieuse que prévu. Et la Russie n’échappe pas à la règle. Malgré les pétrodollars des amis du premier ministre, Vladimir Poutine, qui s’est personnellement investi dans ce projet.

Le quotidien Vedomosti révélait lundi que les coûts des travaux en vue des prochains Jeux olympiques d’hiver avaient explosé, pour atteindre la somme vertigineuse de 1400 milliards de roubles (environ 47,5 milliards de dollars), dépassant de loin les prévisions initiales.

En effet. Dans une interview accordée l’an dernier au Temps, Dmitri Chernyshenko, le patron de Sotchi 2014, insistait sur la nécessaire distinction entre les budgets et avançait un tout autre chiffre pour celui des travaux: «Il y a celui concernant l’organisation des Jeux et dont je suis responsable, disait-il. Un poste équilibré de 2 millions de dollars et pour lequel nous avons déjà des partenaires commerciaux à hauteur de 1,1 million. L’autre budget est celui des infrastructures. Il s’élève à 6,5 milliards de dollars, dont la moitié est assurée par des investisseurs privés.»

On est donc loin du compte. Et les investisseurs en question font la moue. Le milliardaire Vladimir Potanine, dont le groupe Interros construit la station de ski Rosa Khutor, doit débourser environ 10 fois plus, 2,3 milliards de dollars au lieu des 250 millions prévus en 2006. Onéreux, les logements pour les Paralympiques, les pistes supplémentaires pour les entraînements et, surtout, une sécurité comme toujours inflationniste. Autre milliardaire lésé, Oleg Deripaska. Il finance la station Krasnaïa Poliana, dont la construction coûte 1,3 milliard de dollars au lieu des 400 millions annoncés.

Craignant un manque à gagner, ces messieurs plaident pour une compensation de l’Etat. Le vice-ministre du Développement régional, Iouri Reïlian, répond que le gouvernement est prêt à aider «avec discernement». Seuls ceux ayant réellement investi en vue des Jeux obtiendront un dédommagement. Ils ne sont pas au bout de leurs comptes.

Publicité