La 33e édition de la Coupe d’Afrique des nations de football se déroulera du 9 janvier au 6 février 2022 au Cameroun. Et comme à chaque fois, la CAN fait tousser les dirigeants des clubs européens qui n’apprécient pas de devoir libérer leurs joueurs sélectionnés alors que les championnats vont reprendre, pour ceux qui respectent une trêve hivernale.

Le problème est ancien et récurrent. Il n’a été que repoussé l’an dernier lorsque l’édition 2021 a été reportée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19. Il est revenu plus sensible depuis que la Confédération africaine de football (CAF) a décidé d’en refaire une compétition hivernale, alors que la CAN s’était calée en 2017 sur le calendrier mondial, se jouant en juin aux mêmes dates que le Championnat d’Europe (Euro) et le Championnat d’Amérique du Sud (Copa America). Surtout, il pèse de plus en plus à mesure que se creuse le fossé économique entre l’Europe et le reste du monde, avec toujours plus de joueurs africains dans les championnats anglais, français, allemands, espagnols, italiens, suisses, etc.

L’annulation? «Une fake news!»

La nouvelle vague épidémique de covid a fourni aux clubs européens le prétexte idéal pour traîner à nouveau les pieds et cette fois franchement mettre la pression, «pour raisons sanitaires». En patrons soucieux du bien-être et de la santé de leurs employés, ils ont adressé via le secrétariat de l’Association européenne des clubs (ECA), une menace très claire de ne pas libérer les joueurs convoqués. Le règlement FIFA les y oblige mais, répondent-ils, l’absence d’un protocole sanitaire connu et validé les en dispense. La FIFA a récemment assoupli ses règles, qui permettent de ne plus libérer un joueur si une quarantaine à l’arrivée ou au retour prolonge son indisponibilité pour son employeur d’au moins cinq jours.

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Cette semaine, la rumeur que la CAN 2021 pouvait être à nouveau reportée, voire purement et simplement annulée, a circulé. «Fake news», ont aussitôt répliqué des dirigeants de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Le secrétaire général de la CAF exhorte tout de même les organisateurs à «travailler jour et nuit afin de s’assurer que tout est en place pour le match d’ouverture du 9 janvier 2022».

L’Afrique du football a peu goûté ce qu’elle considère comme la manifestation d’une forme de mépris. «Que les Européens arrêtent de nous raconter les histoires. Le virus est chez eux mais le championnat de France ne s’est pas arrêté. Les Anglais ont joué hier, ils joueront aujourd’hui et demain», a balayé Joseph-Antoine Bell, l’ancien gardien des Lions indomptables. Invité de l’After Foot, sur RMC, le vice-président de la fédération guinéenne Sega Diallo a estimé également que «tout ceci n’est qu’un prétexte. Les clubs européens sont friands de nos joueurs, ils doivent accepter leur indisponibilité sur cette période. Il est hors de question que l’on essaye de jouer sur la recrudescence de la pandémie pour exercer une pression malsaine sur les joueurs.»

Vision à court terme

De son côté, le sélectionneur du Maroc, Vahid Halilhodzic a constaté que «faire venir les joueurs devenait de plus en plus compliqué. Ils sont obligés de répondre à une convocation, mais les clubs font tout pour qu’ils ne viennent pas, en faisant du chantage, en les menaçant de perdre leur place ou d’être transféré.» A l’AFP, le Franco-Bosnien a admis mettre lui aussi la pression en considérant que «le joueur qui ne vient pas ne témoigne pas d’un attachement suffisant à la sélection.»

L’égoïsme des clubs et des ligues, leur raisonnement à court terme, n’aideront pas l’UEFA lorsqu’il faudra s’opposer au projet de Coupe du monde tous les deux ans, que Gianni Infantino a «vendu» à l’Afrique comme l’ascenseur qui lui permettra de combler son retard sur l’Europe. En février 2020, le président de la FIFA avait paradoxalement proposé de ne plus organiser la CAN que tous les quatre ans, afin de la rendre «plus viable commercialement et plus attrayante sur le plan mondial». Les revenus de la CAN sont estimés à 45 millions d’euros, contre 1,9 milliard d’euros pour l’Euro 2016 en France.