Le vice et la vertu, version tatami

Judo Mariage brutal de plusieurs sports de combat, le MMA veut sponsoriser le prochain Euro de judo

Le message semblait pourtant clair. Dans un courrier du 20 novembre 2014, le président de la Fédération internationale de judo (FIJ), Marius Vizer, exhortait ses «chers judokas» à ne pas succomber aux sirènes des Mixed Martial Arts (MMA).

Née dans le sillage de premiers combats ultra-violents au début des années 1990, la discipline a depuis instauré des règles. Mixant le judo, la lutte, la boxe thaïlandaise ou encore le taekwondo, le MMA réalise des cartons d’audience dans le monde entier. «Les valeurs de notre sport signifient bien plus que quelques dollars pour lesquels nous pourrions vendre notre identité et qu’un visage ensanglanté inhumain», insistait le patron de la FIJ.

Rumeur confirmée

Visiblement, les ordres du grand manitou du judo mondial ne sont pas arrivés jusqu’aux oreilles de Kerrith Brown. Non content d’avoir signé un partenariat avec l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la principale et richissime organisation de MMA, le président de la Fédération britannique de judo (BJA) a enfoncé le clou en officialisant, mardi 3 février, une rumeur qui courait depuis quelques semaines: la célèbre UFC va sponsoriser les Championnats d’Europe de judo qui se tiendront du 9 au 12 avril à l’Emirates Arena de Glasgow, en Ecosse. «L’UFC considère qu’il est important de s’intéresser aux disciplines individuellement, tout en promouvant les Mixed Martial Arts», se réjouit David Allen, le directeur général de l’UFC, qui apportera son soutien par du «branding et du marketing».

Interdit en France

Contacté par Le Monde, Jean-Luc Rougé, le président de l’influente Fédération française de judo (FFJDA), n’a pas souhaité faire de commentaires. Ce partenariat inédit sonne pourtant comme un camouflet pour celui qui, depuis dix ans, mène la fronde pour l’interdiction du MMA, un «sport de barbares» pratiqué par des «idiots». L’organisation de combats dans un octogone grillagé et les frappes au sol ont un caractère rédhibitoire pour lui comme pour le Ministère des sports, qui refuse toute compétition en France.

Du côté des défenseurs du MMA, on savoure une première victoire. «Jusqu’à maintenant, le judo adoptait une mauvaise posture en étant agressif envers le MMA, alors qu’il n’y avait aucune raison. Ce partenariat va nous permettre de dialoguer enfin», espère Bertrand Amoussou, président de la Fédération internationale de MMA, qui anticipe malgré tout une réaction au vitriol de la FIJ. «Je pense que Messieurs Vizer et Rougé n’ont pas changé subitement d’avis sur le MMA. Mais s’ils annulent l’Euro de judo ou l’organisent dans une autre ville à cause de ce partenariat, ils commettront une grave erreur de communication.»

Une affaire à suivre

Depuis début janvier, la Fédération britannique, organisatrice de l’Euro de judo, tient des réunions houleuses avec l’Union européenne de judo (UEJ). «Nous sommes en train de convaincre nos collègues de la BJA de renoncer définitivement à leur partenariat avec l’UFC», confiait, serein, Sergey Soloveychik, le président de l’UEJ, à L’Equipe le 26 janvier. Le patron du judo européen n’a finalement pas eu gain de cause. L’affaire ne devrait pas cependant en rester là. Difficile en effet d’imaginer que le MMA, accusé d’être «une contamination spirituelle» pour le judo, selon Marius Vizer, puisse se propager tranquillement jusqu’à Glasgow.