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Les victoires de Belinda Bencic, un déclic?

Vainqueur du tournoi de Toronto, Belinda Bencic est déjà No 12 mondiale à 18 ans. Elevée pour être une championne, la Saint-Galloise rappelle Martina Hingis et prolonge l’âge d’or du tennis suisse

Belinda

Vainqueur du tournoi de Toronto, Belinda Bencic est déjà No 12 mondialeà 18 ans

Elevée pour être une championne, la Saint-Galloise rappelle Martina Hingis et prolonge l’âge d’or du tennis suisse

Un jour peut-être, la victoire de Belinda Bencic sur Serena Williams samedi 15 août 2015 à Toronto sera perçue comme une date charnière dans l’histoire du tennis féminin. Quelque chose qui ressemblera à un passage de témoin entre la meilleure joueuse de ces dix dernières années et celle qui est appelée à lui succéder. Bien davantage que le titre final (son second après Eastbourne en juin) acquis dimanche face à la Roumaine Simona Halep, plus encore que son formidable tableau de chasse ontarien (trois joueuses classées un jour numéro 1 mondiales, quatre membres du top 10, cinq finalistes en Grand Chelem), c’est la manière avec laquelle la jeune Suissesse, 18 ans depuis le 10 mars, bouscula Serena Williams qui frappe et marquera les esprits.

Invitée la semaine dernière à Toronto, l’ancienne championne Justine Henin y regrettait que les joueuses perdent généralement leur confiance et leurs moyens sitôt qu’elles étaient opposées à l’indétrônable Américaine. La Belge fut démentie le lendemain. Belinda Bencic n’a pas eu peur de Serena Williams, elle n’a jamais reculé sur le court. Avant sa surprenante défaite, la deuxième seulement en 2015 avec celle subie face à Petra Kvitova à Madrid, la Californienne disait ceci de Bencic: «Belinda représente la nouvelle génération, elle va devenir la meilleure sur le circuit.» Après, moins encline à lui tresser des lauriers, elle souligna tout de même deux points: «Elle lit très bien le jeu et est une formidable battante.»

En tennis comme dans d’autres sports, la difficulté consiste souvent à confirmer une performance extraordinaire, et la Suissesse a su le faire pour enlever le titre aux dépens de Simona Halep. Son père et coach, Ivan Bencic, toujours très présent auprès de sa fille, n’est pas d’un autre avis: «Ce n’était pas du tout facile pour Belinda, qui a dû revenir sur le court pour la finale moins de 15 heures après avoir battu Serena, et les conditions étaient totalement différentes en début d’après-midi, avec une chaleur étouffante.» La Saint-Galloise a également été confrontée à un public largement favorable à son adversaire, la communauté roumaine étant visiblement nombreuse à Toronto. Là encore, elle a su gérer la situation. Comme elle avait assuré l’an dernier à l’US Open pour sa première en night session où elle avait éliminé la numéro 10 mondiale Jelena Jankovic devant 23 000 spectateurs.

Elle n’avait alors que 17 ans et, malgré son «titre» de révélation de l’année, n’était encore qu’une promesse. Simona Halep, qui l’avait facilement battue en 2014 à Wimbledon, a bien senti la différence. «Elle est plus puissante, plus rapide et frappe mieux la balle.» La Roumaine, revenue à un set partout avant de devoir abandonner 3-0 à Bencic dans la dernière manche, ajoute cependant: «Mais elle a encore des progrès à faire.»

La principale intéressée en est consciente. «Je dois me montrer plus constante et plus efficace dans certains moments décisifs d’une rencontre. La qualité de mon service ici ne m’a de loin pas satisfaite.» En l’état, elle est depuis lundi douzième joueuse mondiale et a repris la couronne de No 1 suisse à Timea Bacsinszky (14e WTA). Dans le top 50, Belinda Bencic a deux ans de moins que tout le monde. Dans le top 100, seule la Croate Ana Konjuh (80e) est comme elle née en 1997.

Etre en avance, Belinda Bencic a fait ça toute sa vie. Elle touche sa première raquette à 2 ans et demi. «Je joue au tennis tous les jours depuis l’âge de 4 ans, expliquait-elle en 2011 à L’illustré, avouant que non, elle ne s’était «jamais posé la question de savoir ce [qu’elle] ferait dans la vie». En 2001, son père, Ivan, ancien hockeyeur, consulte Melanie Molitor, mère et ancienne entraîneur de Martina Hingis. L’experte ès bébé-championne confirme les dispositions de la petite. Un séjour de plusieurs mois en Floride dans différentes académies de tennis achève de convaincre Ivan Bencic de tout miser sur sa fille. «Depuis, je me consacre à elle, presque à plein temps, pour qu’elle s’accomplisse dans sa passion. Mais contrairement à ce que les gens pensent, je ne l’ai pas fait pour l’argent», affirme-t-il dans le mensuel Smash.

Le père va alors trouver un ancien coéquipier reconverti dans le business. Convaincu, Marcel Niederer décide en 2003 d’investir sur une enfant de 6 ans. Les deux anciens hockeyeurs se mettent d’accord sur la durée (huit ans minimum), sur le pourcentage des gains qui reviendront à l’investisseur (estimés à 15%) et sur le fait que Niederer restera gestionnaire de la carrière de Belinda en cas de réussite. Melanie Molitor devient son entraîneur et l’accueille dans son école au Tennis-Club Ried de Wollerau, dans le canton de Schwyz.

Ivan Bencic ne lâche pas la bride pour autant. Le père est omniprésent. Il fait faire à sa fille des sports d’équipe «qui habituent un peu à la douleur et au contact physique et renforce l’esprit de compétition» et assiste à tous les entraînements. Pour lui, ce n’est pas de l’ingérence mais de l’implication. «On forme ensemble une équipe soudée et efficace», a toujours affirmé Belinda, sans une once de rébellion dans la voix.

Le team englobe toute la famille qui, rapidement, quitte Oberuzwil pour s’installer à Wollerau. Il n’est pas encore question d’optimisation fiscale, juste de s’adapter à l’emploi du temps réglé à la minute de la future championne: réveil à 6h45, école de 7h45 à 10h, tennis de 10h30 à midi, repas, tennis de 14h à 16h, entraînement physique, devoir, repas, coucher à 21h15, vie normale de 21h15 à 21h30, heure de l’extinction des feux. Le tarif est à peu près le même pour toute la famille, dédiée à la réussite de Belinda: Papa aménage ses horaires de travail, Maman fait en sorte que les repas soient prêts à l’instant où elle rentre de l’entraînement, le frère est prié de jouer le sparring-partner.

A 14 ans, Belinda Bencic est No 10 suisse et vainqueur des Masters d’Europe en juniors. Elle a le soutien de Swiss Tennis qui lui octroie 12 000 francs par saison (justifiés par son statut de cadre A) mais également un prêt sans intérêt de 200 000 francs. Un pari sur l’avenir et sur la pérennité du miracle tennistique suisse.

A 15 ans, elle est, comme Lara Gut, celle sur qui tout repose, voire une patronne de PME qui fait vivre cinq ou six personnes. Elle compte une demi-douzaine de sponsors que son père et son agent placent sur toutes les photos âprement négociées avec les magazines. La pression est immense mais elle tient bon. Aujourd’hui, l’affaire est plus que rentable pour tout le monde.

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© JOHN MACDOUGALL