Michael Schumacher n'a pas gagné le premier Grand Prix de la saison de Formule 1 en Australie. Mieux, le septuple champion du monde allemand n'a pas franchi l'arrivée et ainsi n'a pas marqué le moindre point. Voilà au moins de quoi entretenir le suspense pendant quelque temps. Que les tifosi et les inconditionnels du champion de la Scuderia se rassurent, celui-ci pourra défendre ses chances cette saison et peut-être même ajouter une huitième couronne à son impressionnante collection. Mais il n'aura sans doute pas la vie aussi facile que lors de ces dernières saisons. Pas seulement grâce aux nouveaux règlements techniques et sportifs concoctés par la Fédération internationale de l'automobile, mais aussi parce que la concurrence a fait un sérieux bond en avant. A commencer par l'écurie Renault, dont les voitures ont brillé tout l'hiver et qui ont confirmé leur efficacité sur la piste atypique de Melbourne. Meilleur temps des qualifications, certes perturbées par la pluie samedi, l'Italien Giancarlo Fisichella n'a laissé aucune chance à ses adversaires en course. Malgré des qualifications ratées, son équipier Fernando Alonso et le Brésilien Rubens Barrichello l'on rejoint sur le podium à la suite d'une course qui ne s'est débridée qu'à mi-parcours.

La faute au point de règlement qui exige que les pilotes disputent désormais les essais de qualification et la totalité de la course avec un seul train de pneumatiques. Ainsi, les compétiteurs se sont montrés d'une extrême prudence en début de Grand Prix, prenant soin de ne pas matraquer leurs gommes. La température relativement faible et la piste peu abrasive de Melbourne les a bien aidés dans leur tâche.

Après le premier relais, ils ont pris confiance et ont augmenté la cadence. Sauf Alonso qui était à fond depuis le départ. Sans de précieuses secondes perdues dans le sillage de la Sauber de Jacques Villeneuve, parti de la deuxième ligne après la loterie des qualifications, le petit Espagnol de l'équipe Renault aurait pu disputer la victoire à son équipier et complice. «J'ai attaqué pendant 57 tours et la voiture est restée parfaitement constante et compétitive.» Même discours pour Fisichella qui a contrôlé la situation durant toute l'épreuve pour aller cueillir la deuxième victoire de sa carrière en F1. «J'ai attaqué quand j'ai voulu. La voiture était facile à piloter. J'ai pu contrôler mes adversaires et gérer mes pneus sans être inquiété. Avec cette voiture, nous disposons d'un énorme potentiel.»

Renault se positionne clairement comme une des écuries favorites du championnat. Mais elle devra compter avec la redoutable écurie Ferrari qui alignait son ancien modèle. Si Schumacher, toujours difficile à doubler, a été victime d'un accrochage, Barrichello a, comme souvent, pris son relais avec succès. Noyé au milieu du peloton, le Brésilien a su patienter avant de passer à l'attaque. Lui non plus n'a pas connu le moindre problème côté pneumatiques. Et comme les pilotes Ferrari ne s'élanceront pas toujours d'aussi loin, il faudra compter avec eux pour le titre. D'autant qu'ils ne tarderont pas à disposer de la nouvelle monoplace, soit pour le troisième Grand Prix à Bahreïn au plus tôt, ou pour la cinquième course en Espagne au plus tard.

L'écurie McLaren-Mercedes, dont les pilotes, Juan Pablo Montoya et Kimi Raikkonen, se sont classés dans les points malgré un début de course calamiteux, sera également de la fête. Le potentiel de l'écurie anglo-allemande est aussi prometteur que celui de la formation Renault. Ce n'est pas franchement le cas des équipes Williams-BMW et BAR-Honda, décevantes en Australie. Elles n'ont même pas été capables de rivaliser avec l'écurie Red Bull – Cosworth, bâtie sur les cendres de feu l'équipe Jaguar.

Les équipes Toyota et Sauber ne sont guère mieux loties. Malgré une place en deuxième ligne sur la grille de départ, Jacques Villeneuve n'a pas fait illusion très longtemps. Et l'équipe suisse a pu mesurer à l'occasion de cette course inaugurale le gouffre qui la sépare des grandes équipes. Comme l'équipe du géant japonais, elle peut toutefois compter sur une fiabilité satisfaisante. Celle-ci sera déterminante cette saison avec l'obligation qui est faite aux équipes de disputer deux week-ends de Grand Prix avec le même moteur. A cet égard, le prochain rendez-vous dans la fournaise de la Malaisie sera un test absolu. La plupart de ceux qui ont franchi l'arrivée à Melbourne s'y présenteront avec des moteurs ayant déjà plus de 500 kilomètres dans le ventre. Après la compétitivité, le Grand Prix de Malaisie permettra de mesurer la fiabilité de chacun. Alors seulement, on saura qui peut prétendre jouer les premiers rôles cette année. Mais à coup sûr, la saison 2005 sera disputée et frappée par le sceau du suspense.