Drôle de semaine en perspective pour les footballeurs de l’équipe de Suisse. Ces trois prochains jours, ils vont rester dans leur bulle, à Rome, et continuer de s’entraîner comme s’ils étaient qualifiés pour les huitièmes de finale de l’Euro. Mais peut-être qu’ils n’y participeront pas.

Ce dimanche à Bakou, ils ont livré leur meilleure prestation depuis le début du tournoi pour dominer la Turquie (3-1) et s’éviter une élimination certaine. Mais ils échouent à devancer le Pays de Galles (battu 1-0 seulement par l’Italie), et devront donc patienter sur le résultat des cinq autres groupes pour savoir s’ils font partie des quatre meilleurs troisièmes repêchés pour la phase à élimination directe. Les hommes de Vladimir Petkovic vont passer un séjour au purgatoire.

Lire aussi: Le coeur déchiré des Turcs de Suisse

Il existe un scénario plausible pour que le troisième de chacun des autres groupes atteigne également quatre points. Il est donc possible que tout se joue à la différence de buts (-1 pour la Suisse). Mais l’historique de cet exact modus operandi a de quoi rasséréner la Nati. Jamais, en quatre utilisations à la Coupe du monde ou à l’Euro, une équipe au bilan similaire au sien (1 victoire, 1 nul, 1 défaite) n’est restée sur le carreau. En France, il y a cinq ans, le Portugal a passé le premier tour avec trois nuls avant de devenir champion d’Europe.

Situations comparables

En revanche, l’incertitude promet de peser sur la préparation de la Suisse qui – si elle part du principe que l’aventure continuera – ignorera jusqu’au bout où et quand cela se passera. Cela pourrait être à Séville le dimanche 27 juin, à Bucarest le lundi 28 ou encore à Glasgow le mardi 29. Petits bonheurs de ce tournoi éparpillé aux quatre coins du continent…

En attendant, joueurs et supporters sauront se rappeler que le purgatoire, ce n’est certes pas le paradis, mais ce n’est pas l’enfer non plus. Il faut peut-être rappeler qu’en cinq participations à l’Euro, la Suisse n’a signé à Bakou que sa troisième victoire après celles contre le Portugal en 2008 (alors qu’elle était déjà éliminée) et l’Albanie en 2016. Surtout, dans la foulée de son nul contre le Pays de Galles et de sa terrible défaite contre l’Italie (3-0), elle s’est montrée conquérante dans l’esprit, et inspirée dans le jeu. La Turquie, qui quitte la compétition sur trois défaites, ne peut pas en dire autant.

Avant le match, les deux formations se trouvaient dans une situation comparable. Elles avaient abordé l'Euro avec de hautes ambitions, puis ont vu leur confiance mise à mal par leurs performances et brisées en mille morceaux par leurs résultats. Dans la foulée, elles se sont retrouvées sous le feu des critiques. Pour y répondre, Vladimir Petkovic s'est fendu d'une lettre ouverte au peuple suisse, publiée dans la Schweiz am Wochenende, pour tenter de rallier l’opinion publique derrière la Nati. Son homologue Senol Günes, lui, a fait une longue déclaration en ouverture de la conférence de presse de la veille du match. Dans un cas comme dans l'autre, et comme dans un vieux couple, tactique classique: reconnaître ses torts pour repartir du bon pied.

Papa est là

Restait à passer, sur le terrain, de la parole aux actes. La Turquie fut la première à se mettre en évidence, avec un bloc positionné beaucoup plus haut que lors de ses deux premières rencontres, et des frappes de Burak Yilmaz puis Kaan Ayhan dès les cinq premières minutes de jeu. Mais la Suisse montra rapidement qu'elle aussi avait renouvelé ses intentions. A la 6e minute, Haris Seferovic, dos au but avec le ballon, surprit tout le monde en se retournant et en décochant un tir sec: 1-0, et une petite revanche pour l'attaquant de Benfica Lisbonne que beaucoup pressentait sur le banc après deux prestations fantômatiques.

Lire aussi: A la recherche du buteur de Bakou

Il n'était pas le seul à avoir des choses à prouver. Vingt minutes plus tard, Xherdan Shaqiri montrait enfin le bout de son nez - et surtout de son talent - en enroulant une merveille de ballon dans la lucarne. Le demi offensif de Liverpool, qui passait pour hors de forme sinon désinvesti, a ensuite manqué le KO lors d’un face à face avec le portier Ugurcan Çakir, mais il a finalement réussi son doublé en marquant le troisième et dernier but du match à vingt minutes du terme. Entre-temps, la Turquie s’était offert une bouffée d’espoir grâce à une jolie frappe signée Irfan Can Kahveci, mais elle s’est vite évaporée dans la chaude nuit azérie.

Le succès de l’équipe de Suisse porte encore la marque de deux hommes qui se savaient particulièrement scrutés. Il y a d’abord le gardien Yann Sommer, dont on pouvait se demander s’il aurait la tête au football après avoir fait, entre Rome et Bakou, un détour par l’Allemagne pour assister à la naissance de sa deuxième fille. Réponse: oui, quatre fois oui, comme le nombre de parades décisives qu’il a réalisé sur de puissants tirs turcs. Et puis il y a Steven Zuber, un des deux «remplaçants» (avec Silvan Widmer) à qui Vladimir Petkovic a offert une titularisation: il l’a remercié en distillant les trois passes décisives suisses, rien que ça.

Il n’y a plus qu’à patienter quelques jours pour savoir si cela aura servi à quelque chose.