Allemagne-Angleterre, 38e minute: un missile de Frank Lampard frappe le dessous de la transversale puis rebondit à l’intérieur de la cage défendue par Manuel Neuer. Le monde entier l’a vu, sauf l’arbitre uruguayen Larrionda et ses assistants. But non validé. C’eût été l’égalisation (2-2) et, peut-être, un autre match.

Argentine-Mexique, 25e minute: servi par Lionel Messi, Carlos Tévez inscrit le 1-0 dans une position flagrante de hors-jeu. L’arbitre italien Rosetti consulte son assistant de touche et accorde ce goal. Le Mexique dominait alors, partie faussée, etc.

Aujourd’hui, la planète entière milite pour l’assistance vidéo dans le football. Comme chaque fois que les directeurs de jeu commettent une grosse bourde – médiatisée à l’extrême –, et c’est bien normal. Mis sur la sellette hier, au cours de la conférence de presse quotidienne de la FIFA, son porte-parole Nicolas Maingot s’est réfugié, d’après les dépêches, derrière une fin de non-recevoir: «Nous ne rouvrirons pas ici le débat sur l’arbitrage vidéo.»

Un refus motivé par l’ukase décrété par l’International Football Association Board (IFAB, «Cour suprême» garante des lois du jeu), le 6 mars 2008. Récemment, ce même Nicolas Maingot expliquait au Temps: «L’IFAB a pris une double décision. D’abord, suspendre jusqu’à nouvel avis la question de l’utilisation de la technologie destinée à la ligne de but. Aucun des tests effectués [puce électronique implantée dans le ballon, système «Hawkeye» comme au tennis] ne s’est avéré concluant. Ensuite, mettre l’accent sur les moyens humains, soit l’introduction de deux assesseurs supplémentaires, dits «arbitres des 16 mètres», chargés de se concentrer sur les incidents qui se produisent à l’intérieur de la surface de réparation.»

Innovation proposée par Michel Platini, le président de l’UEFA, et qui a fonctionné sans contestation notable durant l’Europa League 2009/2010. Elle sera étendue à la prochaine Ligue des champions 2010/2011, ainsi qu’à l’Euro 2012, dès les matches de qualifications. Au Mondial 2014? Qui sait…

Au printemps dernier, l’IFAB est allée encore plus loin en termes de «niet» technologique. Cet organisme, formé de quatre représentants de la FIFA, de quatre autres des associations du Royaume-Uni fondatrices du foot – Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord – a cette fois écarté de manière formelle les deux technologies qui lui étaient présentées. A savoir la fameuse puce déjà citée, et surtout les quatre caméras placées sur les montants des goals avec signal sonore destiné à l’arbitre en cas de but. Pas fiables à 100%, ont estimé les huit sages, dont les décisions sont prises à la majorité des trois quarts (six voix).

Côté hors-jeu, on n’est pas plus avancé: de quelle manière définir à coup sûr la position du receveur à l’instant du départ de la passe, les deux séquences étant souvent séparées par des dizaines de mètres? Là aussi, l’IFAB n’a pas voulu entendre parler de simulation informatique virtuelle et coûteuse.

Les motifs d’un pareil immobilisme, lequel provoque avec une belle régularité l’ire des passionnés, sont simples à saisir. «Quel que soit le cas de figure, nous n’accepterons jamais que l’arbitre central aille consulter un moniteur de télévision pour rendre son verdict. Celui-ci doit être immédiat, sinon c’est la fin du jeu de football», ne cesse de marteler Sepp Blatter, président suisse de la FIFA… et de l’IFAB. Son credo: «On ne peut pas interrompre une partie toutes les cinq minutes pour vérifier une action sur un écran.» A sa décharge, on admettra que les pauses vidéo en hockey sur glace et en football américain sont parfois d’une longueur insupportable pour le public.

Un autre argument tient à l’universalité du ballon rond et au coût élevé de ces techniques sophistiquées dont il faudrait équiper les stades. Ainsi Michel Platini a-t-il dit au bihebdomadaire France Football: «Je ne suis pas certain qu’en Moldavie, par exemple, le débat sur la vidéo soit omniprésent. Il s’agit d’un débat de riches. Quand on dit vidéo, on dit qu’on veut davantage de justice. Je suis d’accord avec les présidents de clubs qui trouvent qu’il y a beaucoup d’injustices. D’accord sur le diagnostic, mais pas sur le remède. La vidéo va tuer le match, tandis que deux assistants de plus vont aider l’arbitre central à prendre les bonnes décisions.»

Ex-siffleur vedette, considéré comme le meilleur de la planète une décennie durant, l’Italien Pierluigi Collina manie, quant à lui, le fatalisme bon teint: «Le rythme du jeu a tellement augmenté que les yeux humains ne peuvent plus détecter chaque détail», a-t-il déclaré à plusieurs journaux allemands au cours… du Mondial 2006. «Acceptons donc la philosophie orientale, selon laquelle rien n’est parfait en ce bas monde.»