Edito

De Viège à Brigue

Depuis quatre mois, Gianni Infantino n'a cessé de surprendre. Faisons-lui crédit de nous étonner encore

Il y a finalement encore un avenir pour les Suisses candidats à la tête des grandes fédérations sportives internationales. Même si le nouveau président de la FIFA Gianni Infantino est à moitié italien, il possède toutes ces qualités typiquement helvétiques qui semblent décisives dans les situations de crise: le sens de l'entregent et du timing, une qualité d'écoute, un talent pour la diplomatie et ce goût des langues et des voyages.

C'est ainsi que Gianni Infantino a mené campagne pour succéder à Sepp Blatter. De Viège à Brigue (où s'étaient installés ses parents, en provenance de Calabre), il n'y a qu'une dizaine de kilomètres. Reste à savoir si la FIFA a avancé dans la bonne direction. A Zurich, les esprits les plus caustiques espéraient la victoire de son adversaire, le sulfureux Cheikh Salman du Bahreïn. Véritable bombe à retardement (que quelques manifestants massés hier devant le Hallenstadion tentaient d'amorcer), la candidature de Salman portait en elle la capacité de faire imploser la FIFA. Personnage plus fin, plus habile, Gianni Infantino est parfaitement capable de gérer la crise sans régler les problèmes de fond.

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Le message de félicitation quasi immédiat de Vladimir Poutine n'est pas un premier signe très encourageant. Comme la Russie, qui organisera la prochaine Coupe du monde en 2018, beaucoup à la FIFA étaient très satisfaits du système en place. La volonté très «blatterienne» de Gianni Infantino de redistribuer encore plus d'argent aux 209 fédérations (1,2 milliard de francs sur quatre ans) n'est pas de bon augure non plus. Juste avant le début du vote, le secrétaire général de la FIFA Markus Kattner avait pourtant mis en garde les candidats: la crise a coûté cher à l'institution, qui a terminé l'exercice 2015 dans le rouge et à qui il manque 550 millions de dollars pour boucler le budget prévisionnel 2015-2018.

Markus Kattner ne sera sans doute plus secrétaire général de la FIFA dans quelques semaines. La crise sera toujours là, tout comme la pression des «parties prenantes» que l'on rechigne à inviter à la table des négociations, tout comme la justice américaine, qui a retenu son bras cette semaine mais dont la menace demeure suspendue comme une épée de Damoclès. Il faut réformer la FIFA rapidement, bien au-delà des quelques mesures plébiscitées hier en même temps que le nouveau président.

Depuis quatre mois, Gianni Infantino n'a cessé de surprendre. Faisons-lui crédit de nous étonner encore. Pour que la FIFA ait avancé un peu plus que dix kilomètres.

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