«C'est vrai, nous avons été meilleurs contre les équipes de haut de tableau. En revanche, nous avons perdu une quantité incroyable de points contre les mal classés.» Bruno Aegerter, l'entraîneur du EHC Viège, ne s'explique pas bien le parcours paradoxal de son équipe, cette saison en Ligue nationale B (LNB) de hockey sur glace: des victoires à répétitions contre Bienne, Lausanne ou Genève-Servette, les ténors du championnat au regard rivé sur la LNA, et des défaites régulières contre des formations nettement plus modestes comme Herisau, Grasshoppers ou Thurgovie, qui luttent pour leur survie. «Peut-être que nos joueurs, qui sont jeunes, amateurs à l'exception de trois d'entre eux seulement, ont l'envie de prouver qu'on peut l'emporter malgré des moyens limités.»

Avec ses 1,3 million de francs de budget annuel, le club valaisan est en effet l'une des plus petites cylindrées du championnat de LNB. En ce début mars, il n'est pourtant plus qu'à une seule victoire d'une place en finale, ce soir contre Lausanne. Dans la série au meilleur des cinq matches qui oppose les deux équipes, les Valaisans ont remporté les deux premières rencontres, après s'être imposés lors de trois des quatre confrontations du tour qualificatif (la quatrième s'est soldée par un nul). Seul un sursaut des hommes de Riccardo Fuhrer, dimanche à Malley, a évité aux supporters lausannois, qui n'en finissent plus de rêver d'ascension en LNA, de se coucher avec une affreuse gueule de bois.

Emmené par un entraîneur qui était encore gérant de boîte de nuit en Floride il y a peu, le club de Viège n'est pas seulement la bête noire du LHC cette saison. Des quatre équipes encore en lice pour une place en finale – les deux autres sont Ge-Servette et Bienne –, elle est surtout la seule qui n'a pas fait acte de candidature pour une place en LNA l'année prochaine. «Non, non, ce n'est pas parce que nous nous y sommes pris trop tard, s'amuse Thomas Anthamatten, le président du club valaisan. La décision a été prise à l'unanimité par le comité. Pour notre deuxième saison en LNB, nous estimions que notre but était de nous installer à ce niveau de jeu, et de consolider nos structures. D'un point de vue sportif, nous espérions terminer dans les huit premiers. Donc tout ce qui nous arrive depuis les quarts de finale, c'est un peu comme une cerise sur le gâteau.» Et le responsable valaisan d'expliquer que le tissu économique de la région ne permet de toute façon pas de nourrir des ambitions plus élevées les saisons à venir.

Conséquence directe: si d'aventure Viège remportait le championnat de LNB, il ne serait pas autorisé à rencontrer le perdant des play-out de LNA, La Chaux-de-Fonds ou Coire. Conséquence indirecte: au cas où l'une des équipes de LNA était dans l'impossibilité de fournir les garanties financières nécessaires pour se maintenir dans l'élite, la promotion de l'un des trois candidats de LNB (Lausanne, Bienne et Ge-Servette) se ferait en vertu du barème de points établi par la Ligue nationale. Or, face aux Genevois et aux Biennois, les Lausannois accusent plusieurs longueurs de retard, et ont donc plutôt intérêt à tabler sur une promotion sportive.

Libérés de la pression de devoir faire des résultats, les joueurs valaisans préparent donc dans la sérénité leur rencontre de ce soir. «Contre les équipes a priori meilleures que nous, très offensives, nous n'avons pas à faire le jeu. C'est ce qui nous a souri contre le LHC», analyse Thomas Anthamatten. Côté vaudois en revanche, l'heure n'est plus à l'euphorie d'il y a quelques semaines, quand tout semblait réussir à l'équipe. Ironie de l'histoire, le club vaudois pourrait se faire sortir des play-off par l'entraîneur même qu'il aurait aimé engager, en remplacement de Riccardo Fuhrer. Bruno Aegerter, qui a en effet donné une nouvelle preuve de ses compétences après son passage à Grasshoppers il y a quelques années, a été approché par les dirigeants lausannois. «Mais à ce moment, j'avais déjà donné mon accord oral à ceux de Viège pour prolonger mon contrat d'une saison supplémentaire, explique le coach valaisan. Pas question pour moi de revenir sur ma parole.»

Mais que les supporters vaudois se rassurent. Ce qu'ils perdent d'un côté, ils le gagnent de l'autre en crédibilité. Qu'aurait-il fallu penser, en effet, si le LHC avait gagné sa place en final contre l'équipe de son futur entraîneur?