Sport

Sur le vif. New York 2012, «West Sad Story»

New York n'organisera pas les Jeux olympiques de l'été 2012. C'était

New York n'organisera pas les Jeux olympiques de l'été 2012. C'était joué depuis longtemps. New York n'aura pas non plus son grand stade au bord de l'Hudson, à mi-hauteur de l'île-ville. La majorité des habitants de Manhattan sont tout contents, le New York Times exulte: qui avait bien pu former le projet ridicule de construire un énorme stade à quatre blocs de la rédaction du grand quotidien? Le foot, c'est bon pour ces sauvages de Queens ou du Bronx…

Michael Bloomberg, le maire, et son adjoint olympique Daniel Doctoroff (qui ne retournera pas de sitôt à Lausanne) ont sans doute commis quelques grossières erreurs tactiques dans leur entreprise, et ils ont montré passablement d'arrogance à l'égard des élus dont ils devaient obtenir l'approbation.

Mais l'élite new-yorkaise a-t-elle raison de saliver après leur défaite? Il y a dans cette histoire un signe – un de plus – du déclin de la ville, de son tassement, de son absence d'audace et de vision.

Doctoroff, depuis longtemps, voulait les JO. Bloomberg, c'est moins sûr. Mais les Jeux, pour lesquels il fallait un stade, étaient aux yeux du maire un bon outil pour réaliser la transformation du West Side, au bord du fleuve, à hauteur de la 34e rue qui conduit à l'Empire State Building.

Pour comprendre l'enjeu, il faut connaître le quartier. J'y vis (mais ça n'a rien à voir): il est pourri. C'est une zone lugubre, autrefois portuaire, industrielle et marchande, qui a périclité et fait peine à voir. Elle ne contient qu'une grosse infrastructure moderne, le Javits Center, un centre de congrès et d'expositions, qui doit être agrandi.

Michael Bloomberg a fait ce calcul. Les Jets (football américain), exilés en banlieue du New Jersey, veulent revenir en ville. Pourquoi ne pas construire à côté du Javits un grand stade, qui aurait une partie congrès/conférences, et servirait à l'ouverture et à la clôture des JO? Le centre et le stade ont un besoin commun de garages, l'un le jour, l'autre la nuit. Leur activité, avec l'encouragement de la ville, pourrait générer d'autres équipements: hôtels, restaurants, commerces, logements. Le West Side pourrait ainsi reprendre vie.

Ce n'était pas une idée sotte. Mais elle est morte, sous les hourras du New York Times cul pincé, qui ne recrute pas ses lecteurs dans la populace footeuse.

Il est intéressant de savoir comment le projet a été tué. La décision, finalement, a été prise par un groupe de trois personnes au niveau de l'Etat, et en fait par un homme seul qui avait un droit de veto: Sheldon Silver, élu du quartier qui contenait, au sud de Manhattan, le World Trade Center. Il a justifié son opposition par sa crainte que de grands travaux dans le West Side ne gênent la reconstruction du sud détruit par les attentats de 2001. Silver est aussi très proche de Cablevision, une société de communication qui possède le Madison Square Garden (sports et concerts), et qui a mené une campagne hystérique contre le projet de stade.

Le West Side – on peut prendre les paris – restera pour longtemps encore une zone pourrie. Quant au World Trade Center, si cher à l'élu local, c'est devenu une formidable pétaudière, prisonnière de la bureaucratie, d'un promoteur borné et de son architecte qui est en train de couvrir Manhattan de buildings hideux et vains. Aux dernières nouvelles, c'est la police et le Ministère de la sécurité intérieure qui corrigent les plans de ce qui devait être un grand geste architectural…

Réveille-toi, New York, tu perds ta flamme!

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