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Viktorija Golubic à Roland-Garros. «Elle peut réussir, mais elle est celle qui y croit le moins», a dit d’elle l’ancien joueur de tennis Heinz Günthardt.
© ROBERT GHEMENT

Tennis

Pour Viktorija Golubic, le tour de gloire est arrivé

Découverte en avril dernier lors de la Fed Cup, la Zurichoise bat l’Américaine Alison Riske (6-2 1-6 6-2) et passe pour la première fois un tour à Roland-Garros. Impressions au bord du court numéro 6

Un premier tour d’un tournoi du Grand Chelem, cela ressemble souvent à ça: un petit court, le 6 (qui aurait été à l’ombre de l’angle Sud du Central s’il y avait eu du soleil), deux sans-grades pour qui le résultat du match classera déjà cette édition 2016 de Roland-Garros dans la catégorie «réussite» ou «échec», un public qui musarde un peu comme au musée, s’arrêtant au hasard, parce qu’un détail l’intrigue ou parce qu’il y a de la place.

Que le match se joue est une première surprise. Il a plu toute la matinée. Avant de s’asseoir, les spectateurs essuient consciencieusement leur siège. On entend la sono derrière, la clameur du court Suzanne-Lenglen au loin, le bruit des voitures de l’autre côté de la grille.

Déficit de puissance

Il est onze heures dix du matin et les deux joueuses en terminent avec leur échauffement. A la gauche de l’arbitre de chaise, Viktorija Golubic, 23 ans, 132e mondiale, Suissesse. Viktorija s’est révélée au public suisse en avril dernier à Lucerne lors de la demi-finale de Fed Cup avec deux succès inattendus sur les Tchèques Pliskova (18e mondiale) et Strycova (33e). Depuis, la petite Zurichoise a disputé le modeste tournoi de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, où elle s’est inclinée en quart de finale contre une 350e mondiale.

A Paris, Golubic n’était pas assez bien classée pour entrer directement dans le tableau principal et a dû passer par les qualifications. Ce premier tour est déjà son quatrième match. Elle a les cheveux et les traits tirés, le ventre presque creux tellement il est plat. De l’autre côté du filet, son adversaire, l’Américaine Alison Riske (25 ans, 92e mondiale) n’a que six centimètres et deux kilos de plus mais paraît beaucoup plus puissante. Le crachin qui refuse de s’arrêter totalement n’est pas un avantage pour elle.

Le chêne et le roseau

Très vite, le public ne regrette pas de s’être arrêté au court numéro 6. A part les quelques Suisses-allemands et son entraîneur en anorak bleu (qui «coache» sans même chercher à être discret), les spectateurs découvrent Viktorija Golubic et son jeu ouaté, fait de beaucoup de variations et de toucher, et ce revers à une main en passe de devenir une signature du tennis suisse. Le tout dans un silence appréciable.

En face, Riske hurle comme une actrice porno sur chaque frappe. C’est pourtant une brave fille, qui récite avec application le seul tennis qu’on lui a appris: cogner fort, crier plus fort encore, coups droits et revers à deux mains, si vous le voulez bien. C’est «Le chêne et le roseau» version jupettes. Golubic n’est pas une «puncheuse»: aucun ace, aucun retour gagnant, moins de 50% de points gagnés sur ses premières balles. Son service est son point faible.

D’ordinaire, cette tare serait rédhibitoire mais l’Américaine n’est guère plus performante et les deux joueuses semblent incapables de remporter leurs mises en jeu. Lorsque Golubic y parvient enfin (3-2), elle prend confiance, se déleste de son survêtement et de ses inhibitions et conclut rapidement le premier set (6-2).

Alison Riske s’éclipse pour une pause toilette qui a tout l’air d’un opportun temps mort. A son retour, l’Américaine gagne enfin son service (elle avait perdu les quatre premiers) et juste derrière celui de son adversaire. Viktorija Golubic s’accroche, jette sa raquette («Ooh» fait le public, surpris de cette saute d’humeur) puis, breakée une seconde fois, elle laisse filer le deuxième set (1-6) pour se concentrer sur la manche décisive.

La partie est équilibrée puis la Suissesse se détache, exactement comme dans le premier set, de 1-2 à 6-2. La première balle de match est la bonne. Victoire, Viktorija. Elle laisse échapper un petit cri de souris. Elle peut se réjouir. Ce succès lui garantit un joli bond au classement WTA et un chèque de 60 000 euros, elle qui n’a gagné que 43 000 dollars (impôts et frais de voyage et d’entraîneur non déduits) depuis le début de l’année. Il lui offre aussi un tour en salle de presse. «Ma première Sieger interview», se réjouit-elle à la journaliste de la SRF Claudia Moor.

Croire en elle

Ce n’est pas la grande salle, que Stan Wawrinka a occupée une heure plus tôt, et l’assistance est uniquement helvétique mais il en faut plus pour gâcher son plaisir. Elle s’exprime d’abord en anglais sur ce match «étrange», fait de «succession de phases chaotiques». Lorsque la session bascule en schwiizerdütsch, le traducteur dans sa cabine pousse un gros soupir, retire son casque et consulte sa boîte mail.

Pas besoin de mots pour comprendre que la jeune femme est heureuse. Pas euphorique mais souriante, détendue, spontanée. Elle explique son parcours, ses parents d’origines serbe et croate «mais Suisses tous les deux», ce jeu à deux mains lâché à douze ans «pour mieux m’exprimer sur le court», ce déclic en Fed Cup, elle dont Heinz Günthardt a dit un jour: «elle peut réussir mais elle est celle qui y croit le moins».

Désormais, Viktorija Golubic y croit un peu plus. Opposée au prochain tour à la tête de série numéro 11 et finaliste 2015, la Tchèque Lucie Safarova, elle glisse, malicieuse: «apparemment, les Tchèques me réussissent pas mal…»

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