Aux Championnats du monde de ski alpin de Cortina d'Ampezzo, la plus prestigieuse des médailles fut aussi la plus rapidement attribuée. Cela aura pris 1 minute, 37 secondes et 79 centièmes, soit le temps passé sur la piste par Vincent Kriechmayr. Parti avec le dossard numéro 1, l’Autrichien de 29 ans a réalisé un temps de référence qu’aucun de ses concurrents n’a réussi à améliorer. Déjà vainqueur du super-G jeudi, il n’est que le troisième homme à réaliser un tel doublé après son compatriote Hermann Maier en 1999 et l’Américain Bode Miller en 2005.

Lire aussi: La descente, mythologie des superlatifs

L’heure et demie de course qui a suivi ne fut qu’une longue lutte pour les places d’honneur, remportées par l’Allemand Andreas Sander (à 0’01 du vainqueur) et Beat Feuz, troisième à 18 centièmes. Pour la Suisse, cette médaille de bronze est la 200e remportée lors des Mondiaux et la cinquième de l’édition 2021, soit déjà une de plus qu’à Åre (Suède) en 2019, et ce, après les seules épreuves de vitesse. Pour le Bernois, elle est la troisième de sa collection personnelle en descente (après le bronze à Vail en 2015 et l’or à Saint-Moritz en 2017).

«J’ai pris tous les risques, comme d’habitude. Parfois cela permet de gagner, parfois tu termines dixième. Aujourd’hui, je prends le troisième rang», a-t-il sobrement commenté lors de la conférence de presse officielle.

«Presque du slalom géant»

Trois jours après avoir fêté ses 34 ans, il faisait partie des grands favoris de la course. En Coupe du monde, il monopolise le petit globe de cristal de la spécialité depuis trois hivers. Cette saison, il a triomphé deux fois sur la Streif de Kitzbühel, qui lui résistait depuis le début de sa carrière. Mais son profil de pur descendeur n’était, paradoxalement, pas le meilleur pour briller sur la descente de Cortina d'Ampezzo.

La station italienne accueille chaque année des épreuves féminines, mais les hommes, eux, n’ont pas l’habitude d’y faire étape. Ils découvraient donc une piste qui s’est révélée très tournante, calibrée pour les plus techniques des spécialistes de vitesse. Les deux entraînements ont permis de revoir un peu le tracé, de sorte que certaines voix critiques en fin de semaine se sont apaisées lors de la course, à l’instar de l’Américain Bryce Bennett déclarant qu’il «ne manquait vraiment plus grand-chose pour que ce soit une super-descente». «Mais il restait un passage où c’était presque du slalom géant, et ce n’est vraiment pas évident pour moi», soupirait Beat Feuz.

D’autres, bien sûr, en ont profité. Le jeune Marco Odermatt (23 ans), par exemple, qui avait annoncé la semaine dernière son intention de ne participer que s’il se sentait le potentiel de jouer le podium et qui, brillant quatrième à 0''65, ne fut pas loin de créer la surprise. Ou, bien sûr, Vincent Kriechmayr.

Lire le portrait: Marco Odermatt, itinéraire d’un prodige des prairies de Nidwald aux Mondiaux de ski alpin

Vincent, comme Van Gogh

L’Autrichien aime la descente. Comme par obligation patriotique, il tient celle de Kitzbühel pour la plus belle des courses qui soient. Mais il ne s’agit pas vraiment de sa spécialité. Depuis ses débuts en Coupe du monde, il n’en a gagné que deux (Åre en 2018, Wengen en 2019) et n’a jamais fait mieux qu’une troisième place au classement de la discipline (2019).

A vrai dire, il vient de la technique: c’est en géant qu’il fait ses classes et décroche la médaille d’argent des Mondiaux juniors de Crans-Montana en 2011. Et c’est en super-G que, depuis quelques années, il brille en Coupe du monde. Cette saison, il en avait gagné deux avant d’arriver à Cortina d'Ampezzo. Où il en a remporté deux de plus, diront les mauvaises langues.

Il faut imaginer que cela ne l’empêchera pas de dormir. Dans un autre style que Lara Gut-Behrami, il a porté le message d’une vie qui va au-delà des résultats du ski alpin. «Les vaches dans l’étable n’auront pas plus de respect pour moi suite à ma médaille d’or», déclarait, après le super-G, ce fils d’un agriculteur de Haute-Autriche et d’une professeure d’histoire de l’art née en Belgique.

Son père, qui troquait la salopette pour la combinaison de prof de ski durant l’hiver, lui a tôt transmis le goût de la glisse. Sa mère, elle, lui a donné le prénom du peintre Van Gogh. «Etes-vous aussi, à votre manière, un artiste?», lui fut-il demandé dimanche. «Non, je m’appelle Vincent, mais la comparaison s’arrête là», a-t-il répondu dans la plus pure tradition terre à terre des skieurs alpins.

Le bonhomme n’est pas un grand bavard. Il sourit et répond aux questions mais ne s’épanche pas en digressions, ni en confidences. En Autriche, on n’en demande pas tant aux athlètes du moment qu’ils gagnent des médailles d’or.