Alors que la neige a recouvert quasiment l'ensemble de l'Europe, n'épargnant ni Naples ni la Sicile, les trottoirs de Bormio restent désespérément gris. La station lombarde, qui accueille dès demain les Championnats du monde de ski alpin, doit être la seule de tout le continent à n'avoir pas été gratifiée de son pesant d'or blanc. En revanche, le vent glacial, lui, a daigné pousser jusque-là. Peu importe, vous diront certains, car ici, dans l'Alta Valtellina, habituée à des hivers de vaches maigres, on est passé maître dans l'art d'user du canon à neige.

Un air de désolation

C'est dans cette ambiance, qui n'a d'hivernale que la température, que les organisateurs s'affairent à dresser les ultimes gradins dans l'aire d'arrivée et à hisser les dernières tentes. Dans les coulisses de ces Mondiaux, les mauvaises langues susurrent qu'à l'exception des pistes, paraît-il très bonnes, les Italiens ne sont pas prêts. Il est vrai que, hier matin encore, il fallait beaucoup d'imagination pour réaliser la tenue imminente de ce grand rendez-vous du Cirque blanc. Les rues de la ville prenaient un air désolé. L'effervescence est apparue dans l'après-midi en même temps que les premiers panneaux indicateurs guidant le visiteur vers les hauts lieux de l'événement et le ballet aérien de containers hélitreuillés.

Devant l'Hôtel Funivia, nid de l'équipe suisse masculine, qui abrite la Casa Svizzera et ses 600 kg de fromage à raclette et fondue, on pouvait voir les entraîneurs débarquer les montagnes de sacs, chaussures et autre matériel pendant que l'encadrement de la délégation s'entretenait avec les journalistes. Plus tard, c'était au tour de l'équipe autrichienne masculine de faire face aux assauts de la presse dans les salons cossus de l'Hôtel Miramonti. Pour les coureurs, concentrés en vue du super-G de ce week-end, les Mondiaux ont déjà commencé. Ils connaissent Bormio pour l'avoir pratiqué en Coupe du monde et s'attendent à de bonnes conditions. Finalement, pour eux, neige artificielle ou naturelle, c'est le même combat.

Les visiteurs eux, n'auront qu'à se consoler en se rendant à Santa Catarina, à 20 km au nord. Le site des épreuves féminines se montre plus accort. Ici, l'hiver dévoile davantage son vrai visage. La station, plus coquette et moins citadine, arbore un léger manteau blanc et ressemble à l'image que l'on se fait d'un centre de sports d'hiver.

Avec frénésie

Mais là aussi, tout n'est pas terminé. Les portiques de départ trônent encore sur le parking, alors que des camions déchargent frénétiquement les structures métalliques qui serviront de squelettes aux tentes du village officiel.

Quoi qu'il en soit, Bormio n'a pas dit son dernier mot. Vingt ans après les Championnats du monde de 1985, la station de l'Alta Valtellina est fière d'accueillir à nouveau cet événement qui, cette année, compte 450 participants issus de 60 pays. Et même si c'est à l'arraché, les Italiens seront prêts ce soir pour la cérémonie d'ouverture.