La Virenquemania ne s'éteint pas. On doit même dire qu'elle tourne au délire. Mardi à Laval, Richard Virenque a encore pu mesurer la passion qu'il déclenche dans le public. Et le quasi-monopole qu'il a sur les banderoles au bord de la route énerve les plus blasés de ses concurrents. Classé 64e, Richard Virenque parcourt à vélo les quelque 300 mètres qui le séparent de son mobile home poursuivi par une meute de fans et de photographes. Après s'être réfugié dans le véhicule pour passer un survêtement, sa tentative de sortie se solde par un mouvement de foule et l'évanouissement d'une jeune femme au pied de l'escalier.

Quelque peu stupéfait par ces débordements, d'un geste de la main, planté dans l'ouverture de la porte, il appelle au calme. Sortie latérale rapide, remontée en force le long du véhicule et voilà le coureur obligé de se replier à nouveau à l'avant, sur le siège du chauffeur. Par la fenêtre baissée, durant de longues minutes, sans mot dire, il signe, signe et encore signe photos, posters et quelques exemplaires de son livre intitulé Ma vérité. A 17 h 42, une petite pression sur le lave-vitre pour asperger le premier rang des fans marque le terme de la rencontre. Le mobile home reprend la route, direction le Grand Hôtel à Mayenne à 27 kilomètres au nord de Laval.

Le matin, sur le coup de 11 heures, c'est du même mobile home que le cycliste avait affronté ses premiers supporters agglutinés dans les quelques mètres carrés dévolus à l'équipe Polti. Sortie sous les encouragements. Puis, taciturne, direction le podium de présentation, juché sur le vélo. En chemin, aucun concurrent ne le salue, à l'exception de son ex-équipier de chez Festina, Laurent Brochard. François Simon, le champion de France, tourne ostensiblement la tête. Les autres ont le regard vide ou baissent les yeux. Parmi les siens, Virenque est un homme seul, presque honni.

A l'intérieur du Village du Tour, où les fans déchaînés ne peuvent pénétrer, Virenque semble rechercher la solitude. A moins qu'il ne la subisse. A l'entrée d'un stand, quasi vide, il pose son vélo et s'assied. D'un air détaché, il parcourt le quotidien régional Ouest-France. Derrière la barrière, l'un des rares délateurs du champion entendus hier lance dans son dos un vif: «Alors Richard, tu t'es fait une petite piqûre ce matin?» Le coureur ne bronche pas. Il a entendu, mais il ne manifeste rien. Etrange scène que cet homme seul à cette table, rejoint après plusieurs minutes par deux VIP timides en quête d'un autographe, une poignée de photographes et de cameramen, deux journalistes à qui, entre de lourds silences, le champion livre ses observations, non sur son sort, mais sur la déprime qui habitait lundi soir son coéquipier Gotti, repoussé à plus de six minutes au classement général.