Voilà Virginie Faivre repartie comme au temps de ses plus grands succès sportifs. L’impression d’être aspirée par le temps qui file trop vite. Trop de tâches à accomplir au cours de journées trop courtes. Chaque plage de repos baignée d’un soupçon de culpabilité. «Et pourtant, souffler est primordial, même Roger Federer le dit souvent.» L’ancienne championne de ski freestyle tâchera donc de trouver du temps pour elle, Loïc le navigateur avec lequel elle partage sa vie et Jake le chien au cours d’une année qui ne lui laissera pas davantage de répit qu’une saison de halfpipe.

Quand nous la retrouvons dans un établissement moderne du Flon, elle quitte la Commission de coordination des Jeux olympiques de la jeunesse après plusieurs jours à tout présenter, tout détailler, tout démontrer, tout encaisser. Et il faut enchaîner: Lausanne 2020, c’est dans moins d’une année – autant dire demain. La jeune femme de 36 ans en prend pleinement conscience depuis qu’elle a été portée à la tête de l’organisation de l’événement qui réunira 1800 athlètes de 15 à 18 ans en janvier prochain, à la suite du décès du président Patrick Baumann, victime d’une crise cardiaque en octobre 2016.

«Je suis très honorée d’avoir été choisie pour ce poste, mais sur le moment, je n’ai pas pu m’en réjouir, souffle celle qui participe au projet depuis ses prémices en 2013. Patrick laisse un grand vide. Je retiens particulièrement de lui sa volonté de connecter la jeunesse aux grandes compétitions internationales.»

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Faire bouger les lignes

Pour le remplacer, il se serait trouvé en Suisse un vaste choix de dirigeants expérimentés, rompus à l’exercice de la diplomatie sportive. Mais il y aurait eu un décalage à recruter un vieux routinier de l’olympisme pour incarner une manifestation appelée à le dépoussiérer. Virginie Faivre est une femme, jeune, avec un passé (récent) de sportive dans une discipline moderne. Tiercé gagnant, et elle assume. «Les symboles sont importants. Je suis fière de pouvoir participer à ce moment où le CIO veut davantage impliquer les athlètes dans ses processus et où la présence féminine dans ce type de structures doit encore être développée.»

S’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que le sport d’élite est la meilleure école de la vie qui soit.

Virginie Faivre

Sur la neige, la Vaudoise ne s’est pas contentée de claquer des figures impressionnantes et d’accumuler des exploits (trois titres de championne du monde, trois victoires au général de la Coupe du monde), elle a participé à faire bouger les lignes. Elle s’est battue pour que les femmes aient leurs épreuves aux X Games, grand-messe des sports «fun» à Aspen (Etats-Unis), puis pour que le ski freestyle soit intégré au programme olympique. Elle est «presque gênée» de le dire, mais «à travers mon exemple, je veux montrer aux jeunes filles que 1) elles peuvent faire du sport à haut niveau et 2) elles peuvent ensuite valoriser cette expérience dans la vie professionnelle.»

A propos des X Games, ces Jeux avant les Jeux

Depuis quelques années, elle accompagne les débuts de jeunes talents en tant que responsable pour la Suisse romande de la fondation de l’Aide sportive suisse. Cohérent avec son engagement au sein de Lausanne 2020. «S’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que le sport d’élite est la meilleure école de la vie qui soit, martèle-t-elle. On y apprend la rigueur et le sens des responsabilités: si tu ne t’entraînes pas, personne ne le fera pour toi. Et puis, très jeune, on devient une sorte de mini-entreprise: il faut gérer sa communication, ses finances et sa logistique. Cela a de la valeur sur le marché du travail.»

Skier «joli»

Chez les Faivre, tout le monde skie, le père suisse, la mère originaire du sud de la France, le grand frère, la petite sœur, qui était même «la plus forte» en freestyle. Virginie a d’abord rêvé d’une carrière en alpin, mais son poids plume l’a empêchée de percer. «On me disait que je skiais joli», soupire-t-elle. Elle ne découvre le bonheur de virevolter dans les airs qu’à l’âge de 20 ans, au cours d’un voyage au Canada. Ses 45 kilos pour 1 m 55 se transforment en avantage, et elle savoure la possibilité d’atteindre le plus haut niveau sans devoir s’astreindre à une préparation physique trop poussée. «On pouvait davantage se dire qu’il suffisait d’aller s’entraîner sur la neige… Mais ce n’étaient que les débuts de ce sport. Tout a bien changé aujourd’hui.»

Un temps, elle pense étirer sa carrière jusqu’aux Jeux olympiques 2018, mais elle finit par renoncer en 2016 après un choc à la tête, un de plus, qui la laisse avec des troubles de l’équilibre et la conviction qu’il faut mieux encadrer les athlètes dans des situations similaires. Elle vivra les épreuves de Pyeongchang par procuration mais lorsque Sarah Höfflin et Mathilde Gremaud réalisent un doublé romand en slopestyle, l’émotion est là. Comme toujours. «Depuis toute petite, je vis avec les JO. Je me levais pour regarder les courses avec mon papa. Plus tard, j’ai eu la chance d’y participer. Et aujourd’hui, je suis heureuse de contribuer à ramener la flamme olympique dans notre pays.»

Aux Jeux olympiques de Pyeongchang:  Sarah Höfflin et Mathilde Gremaud, ensemble c’est tout

Malgré l’image écornée des grandes organisations sportives, malgré le récent échec de Sion 2026? «Tout ce que Lausanne 2020 peut faire à ce sujet, c’est réussir un bel événement qui tienne ses promesses. Il faut œuvrer à son échelle, étape par étape, comme en freestyle: je pensais à réussir mon prochain saut, pas à garnir mon palmarès.»


Profil

1982 Naissance à Lausanne.

2002 Découvre le ski freestyle.

2009 Premier titre de championne du monde de halfpipe; deux autres suivront.

2016 Met un terme à sa carrière de sportive d’élite.

2019 Devient présidente de Lausanne 2020.


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