(Paris) Et pourtant ce n’était pas gagné pour la Française, qui a dû attendre la 8e balle de match pour s’offrir le scalp de l’Américaine. Et la fin du duel fut plus que mouvementé. La Française, qui avait déjà fait l’objet d’un avertissement pour un cri de douleur jugé trop fort – elle souffrait de crampes au mollet –, s’est pris un point de pénalité à 5-1 pour elle dans le troisième set, 30 partout sur son service. Derrière, elle perd son jeu de service, laissant l’Américaine revenir à 5-3. Elle écopera encore d’un deuxième point de pénalité dans le jeu suivant alors qu’elle est à deux points du match. Une décision qui a provoqué l’ire du public. Les gens se sont mis à siffler violemment l’arbitre de chaise qui n’était autre qu’Eva Asderaki, celle qui avait infligé une pénalité pour cri à Serena Williams lors de la dernière finale de l’US Open, perdue par l’Américaine face à Samantha Stosur. L’affaire avait fait grand bruit et on peut se demander si Asderaki n’a pas fait un peu de zèle pour prouver à Williams son intégrité. «Je ne l’ai pas trouvée très fair-play, avouera Razzano plus tard. Autant la première était justifiée, autant la deuxième fois je n’ai poussé qu’un petit «aïe».»

Pénalité ou pas, la Française ne s’est pas laissé décourager et, portée par le public, elle est allée puiser dans des ressources insoupçonnables pour vaincre ses crampes et Serena Williams sur le score de (4-6, 7-6,6-3). Razzano a créé la première grande surprise du tournoi en sortant l’Américaine que l’on disait favorite au vu de ses résultats sur terre ces dernières semaines.

Mais au-delà de la performance qui consiste à faire tomber une aussi grosse pointure que la numéro 5 mondiale et ses 13 titres en Grand Chelem, c’est la manière et les circonstances qui ont marqué les esprits mardi soir à Roland-Garros. Tout le monde se souvenait en effet des larmes de Virginie Razzano, il y a un an à l’issue de son match de premier tour perdu sur le central. Elle venait de perdre, une semaine plus tôt, son fiancé et entraîneur, emporté par une tumeur au cerveau et avait tenu à disputer son match coûte que coûte.

Mardi soir, Razzano ne savait pas si elle devait voir sa victoire contre Williams comme un signe du destin. Elle l’a surtout pris comme une page qui se tourne: «J’ai ressenti une grande délivrance. Avec le travail que je fournis, je ne peux pas avoir que du mauvais. Je pars du principe que pire est égal à meilleur. Avec ce travail, c’est obligé que cela tourne à un moment donné. On mange son pain noir et à un moment donné, on mange son pain blanc. Aujourd’hui, je commence à goûter au pain blanc. J’ai bien sûr une petite pensée pour Stéphane car il est forcément toujours dans mon cœur même si je suis prête à passer à autre chose dans ma vie professionnelle et personnelle. Je pense qu’il est très heureux pour moi et je vais continuer à m’accrocher à mes vraies valeurs. Je pense avoir fait mon deuil. Il m’a fallu du temps, j’ai travaillé avec une personne qui m’a permis d’avancer. La vie continue.»

Et d’expliquer que la force qui la portait ce soir-là est celle dont elle se nourrit depuis l’enfance pour contrer une existence difficile: «Je repousse mes limites. J’ai toujours appris à me battre depuis toute petite. A 7 ans, je m’entraînais déjà très dur. Mon père m’entraînait et ce n’était pas facile tous les jours. J’ai morflé, il n’y avait rien de facile, c’est pour cela que je détestais le physique. Je me suis forgé un physique au fil des années et j’ai des ressources mentales très hautes. Je crois toujours en moi, je crois toujours que tout est possible même quand les choses sont difficiles.»