Dans la cour du château du Puy-du-Fou, dévasté une première fois par les Anglais en 1421 et partiellement reconstruit entre 1540 et 1578 dans le style Renaissance, une à une depuis jeudi, les équipes engagées sur le Tour ont participé à la visite médicale d'avant-course. Vendredi, sur le coup de midi, ce qui était une douce et ensoleillée formalité et l'occasion d'échanger quelques mots avec les journalistes a viré au cirque médiatique. Arrivés en vélos, Richard Virenque et une poignée de ses coéquipiers de Polti ont abandonné leurs machines et pris place, pour un changement de tenue, à bord d'un mobile home aux couleurs de leur sponsor principal Polti. Aussitôt, une nuée de cameramen, photographes et journalistes de radio ont commencé le siège du véhicule. Premières poussées, coups de coude pour se tailler une petite place, plaisanteries sur le coureur «dopé à l'insu de son plein gré», la fièvre médiatique était brusquement palpable autour du camion. Scène surréaliste pour la sortie du mobile home la plus médiatisée de l'année.

En effet, quelques minutes plus tard, habillé d'un t-shirt noir, Richard Virenque, l'exclu réintégré de force par ordre de l'UCI est apparu, sourire pincé sur les lèvres, lunettes de soleil sur le nez. Prenant à revers la cohue des journalistes, il s'est engouffré derrière le camion dans l'angle mort des caméras et a filé vers la salle du contrôle médical aménagé dans les locaux de l'écomusée aux étages inférieurs du château. Une trentaine de mètres parcourus en quelques secondes derrière deux solides gaillards chargés d'écarter caméras et micros. Vingt minutes plus tard, même cirque dans l'autre sens. Re-bousculade, crépitements des flashs et nuage de poussière. Le grimpeur de Polti a dévalé la douzaine de marches d'escalier au pas de charge, sans un mot, toujours protégé par les deux balèzes et s'est précipité dans une voiture avancée de quelques mètres pour éviter la meute. A l'autre extrémité de la cour, la voiture marquait une halte pour prendre à bord quelques affaires du coureur. A nouveau, les caméras s'affolaient et les photographes plaquaient leurs objectifs sur les vitres de la voiture où Virenque avait pris place à l'arrière, entre deux gars de chez Polti. Entre cette image volée et celle d'un criminel flanqué de deux agents dans une voiture de la gendarmerie, il y avait une troublante similitude.

Contrôle sanguin obligatoire

Mais revenons à la raison de cette visite animée: le contrôle médical. Pascal Rivat, médecin sur le Tour et chaussé de sabots de bois, explique le programme. «C'est un contrôle de routine avec pesée et toise, prise de tension, contrôle du pouls, test cardiaque et examen respiratoire. En tout une vingtaine de minutes pour un diagnostic global qui est aussi l'occasion d'avoir un entretien clinique avec le coureur, de faire le point sur les accidents et pépins antérieurs et de repérer d'éventuelles contre-indications. Mais c'est surtout pour nous l'occasion de tisser des liens avec le coureur.» Récent champion de France, François Simon, coureur de l'équipe Crédit Agricole, ne retient pas une image de convivialité de sa visite médicale. Simplement, il relève l'originalité du décor. «Cela nous change de l'ambiance des hôpitaux.» Son camarade d'équipe, Cédric Vasseur, est plus réservé sur la justification de ce rendez-vous, eu égard au cancer du dopage.

En effet, là, sous les voûtes de l'écomusée, aucune prise de sang n'est effectuée. «Les problèmes actuels ne sont pas du ressort de cette visite», commente prudemment le Dr Rivat. Autre examen, autre lieu. En effet, nouveauté sur le Tour de France, il y aura contrôle sanguin obligatoire. Selon la règle mise en place depuis le début de l'année sur chaque grand tour national. Ce samedi à l'aube, dans leurs hôtels, les 180 concurrents verront leur hématocrite (n.d.l.r.: volume de globules rouges dans le sang) être contrôlé. En cas de dépassement du niveau maximal autorisé, soit 50%, les fautifs seront renvoyés à leur domicile.

Pour les jugés «sains», cette visite pourrait être suivie par d'autres contrôles sanguins. Même s'il n'a pas le pouvoir de les décider, Jean-Marie Leblanc le directeur du Tour affiche clairement sa détermination: «Il y aura des contrôles inopinés et plus particulièrement orientés sur des coureurs dont on soupçonne certains comportements.» Et de poursuivre: «Ceux qui naviguent entre 47 et 50 d'hématocrite seront surveillés.»

Si le Tour commence sur un décor médiéval, pour les coureurs, ce ne sera pas la vie de château…