Vladimir Klitschko, 36 ans, est boxeur. Non, ce n’est pas suffisant. Vladimir Klitschko est l’un des meilleurs boxeurs de la planète; il est champion du monde des poids lourds. En carrière, il a remporté 57 de ses 60 combats. En mars à Hambourg, il n’a laissé aucune chance au Français Jean-Marc Mormeck.

Le 7 juillet prochain à Berne, il défendra son titre contre l’Américain Tony Thompson, surnommé «Le Tigre». Les deux rivaux ont foulé hier le gazon du Stade de Suisse, théâtre du combat à venir, avec pour seuls opposants des micros et des calepins.

Il a bien fallu que la causerie aille au-delà du sport. Car Vladimir Klitschko est de nationalité ukrainienne. Or, à l’approche de l’Euro de football, son pays, où éclata en 2004 la ­Révolution orange, cristallise les attentions politiques. Le sort de l’ex-première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko a inspiré des menaces de boycott en de nombreux Etats occidentaux.

Interpellé à ce sujet, Vladimir Klitschko ne s’est pas défilé. Lui prie que de telles intentions ne soient pas mises à exécution. «Un boycott n’est pas acceptable, estime-t-il. Déjà parce qu’il affecterait des gens qui ne sont pour rien dans cette situation, qu’il s’agisse des organisateurs ou du peuple. Et surtout parce que c’est une solution d’évitement stérile.» Pour lui, les personnalités occidentales infligeraient une «meilleure gifle» si elles profitaient de l’occasion pour se rendre en Ukraine et forcer le gouvernement à aborder de front la problématique.

Vladimir Klitschko a donc appuyé son frère Vitali, lui aussi boxeur, mais également président d’un parti d’opposition. Ainsi avait sonné l’appel de son aîné aux hommes d’Etat tentés de bouder le voyage: en assistant à l’Euro, «vous pourrez exprimer votre mécontentement sur la situation des droits de l’homme directement avec les détenteurs du pouvoir.»

«L’Ukraine est une jeune nation, complète Vladimir Klitschko, et elle a encore du chemin à faire en termes de démocratie. Je suis convaincu que l’Euro permettra d’attirer l’attention sur elle, et que des conséquences pourront ensuite en être tirées.»

Le paradoxe, c’est que lui-même boycottera le tournoi. Malgré lui. «Comme mon frère, je me sens ambassadeur de l’Ukraine, mais je le laisserai nous y représenter, avertit-il. Je n’assisterai à aucun match et ne serai même pas au pays.» Il a une excuse: il doit préparer un combat contre Tony Thompson. A force de parler politique, on avait presque oublié.