L'équipe de Suisse a peut-être perdu contre l'Espagne mais son sélectionneur n'a pas perdu son sens de l'humour pince-sans-rire. Vladimir Petkovic a profité de la conférence de presse organisée pour tirer le bilan du Championnat d'Europe des nations, ce samedi à Zurich, pour en faire la démonstration.

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Au journaliste qui lui demandait s'il irait au bout de son contrat avec l'équipe de Suisse alors que des rumeurs l'envoient à Fenerbahçe (Turquie) ou au Zénith Saint-Pétersbourg (Russie), qui joue d'ailleurs ses matchs à domicile dans le stade où la Nati a été éliminée ce vendredi, l'entraîneur a répondu à son interlocuteur qu'il était «très mal informé» car il n'avait pas de proposition du club stambouliote… mais qu'il lui réserverait une commission au cas où il pouvait l'aider à entrer en contact.

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Plus tard, à une question sur son rapport au football, il a récidivé: «J'aime beaucoup ce sport et je regarde énormément de matchs, pas seulement de niveau professionnel. D'ailleurs, il faudrait terminer cette conférence de presse car le prochain quart de finale [entre le Danemark et la Tchéquie] débute bientôt à la télévision!»

«Vous avez besoin de mauvais moments»

Contrairement à ce que pensent ses détracteurs, Vladimir Petkovic sait choisir ses moments en matière de communication. Il ne se permettrait pas ce genre de plaisanteries si son équipe avait quitté l'Euro sur un échec cinglant ou une désillusion coupable. Elle est certes passée près d'une qualification pour les demi-finales en tenant l'Espagne en échec jusqu'à une séance de tirs au but, mais tout le monde a retenu l'attitude irréprochable davantage que le résultat final. Surtout, il y avait l'exploit du tour précédent, en huitièmes de finale contre la France, synonyme de première victoire dans un match à élimination directe depuis la Coupe du monde 1954. Aux yeux de ses responsables comme de ses supporters, la Nati a donc réussi son tournoi.

«Nous avons largement amélioré notre image aux yeux du monde, estime le sélectionneur. J'ai reçu énormément de retours positifs quant à nos performances et j'ai le sentiment que nous avons gagné en sympathie.» Tout n'a pas été parfait pendant le mois qu'a duré la compétition. Il y eut un démarrage difficile contre le Pays de Galles (1-1) puis une claque contre l'Italie (3-0). Mais ces épreuves ont peut-être permis au groupe de se révéler à lui-même. «Vous avez aussi besoin de mauvais moments pour tirer de bonnes leçons», estime le directeur des équipes nationales Pierluigi Tami.

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Le Tessinois n'a pas caché que s'il était «possible de perdre contre l'Italie», la manière l'avait dérangé. «Mais Vlado et le staff ont alors immédiatement commencé à se projeter sur le prochain match, de la bonne manière. Tout le monde s'est vraiment remotivé et la suite a montré que la Suisse était une vraie équipe. Avec seulement des individualistes, nous n'aurions pas été capables d'une telle réaction.» 

«Franchir de nouvelles étapes»

«Après le match contre l'Italie, nous avons vraiment réussi à changer quelque chose au niveau de l'état d'esprit. Nous nous sommes dit que nous ne pouvions être bons qu'en donnant tout, tous ensemble. De la souffrance commune naît la confiance en soi.» Les deux responsables ont ainsi vu s'installer «une nouvelle confiance» au sein du groupe, nourrie aussi par les expériences du passé et notamment les échecs à franchir les huitièmes de finale tant à la Coupe du monde 2014 qu'à l'Euro 2016 et à la Coupe du monde 2018.

La veille, à peine l'élimination entérinée, Xherdan Shaqiri disait sa fierté vis-à-vis de la performance de chacun de ses coéquipiers, autant de «frères» qu'il espérait voir continuer l'aventure sous le maillot national car «un avenir brillant s'ouvre à nous». Vladimir Petkovic pense pareil. «L'équipe a encore un potentiel à exploiter. Dans un futur proche, nous voulons franchir de nouvelles étapes.» Pour que les quarts de finale de grands tournois ne deviennent pas un nouveau plafond de verre.

La suite arrivera vite. Dès le mois de septembre, c'est reparti pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2022, qui aura lieu au Qatar. «Nous venons d'avoir un repas d'équipe au cours duquel les trois capitaines [Xhaka, Shaqiri, Sommer] se sont exprimés, a dit Petkovic. Ils ont insisté sur le fait que nous n'étions pas à la fin d'une histoire, mais au point de départ d'une nouvelle aventure.»