Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
En février 2014, le président russe Vladimir Poutine traverse le village olympique russe à Sotchi. Aujourd’hui, de nombreux athlètes sont accusés de dopage. (Pascal Le Segretain/Pool Photo via AP, file)
© Pascal Le Segretain

Dopage

Vladimir Poutine ébranlé par le scandale du dopage des sportifs russes

Escamotage systématique d’échantillons positifs et dopage d’Etat: la Russie a triché sur toute la ligne depuis des années, a accusé l’agence mondiale antidopage. Le CIO pourrait se prononcer ce mardi. Vladimir Poutine décide une purge pour sauver les sportifs russes

Le président russe Vladimir Poutine a pour la première fois décidé de sanctionner les fonctionnaires du sport mouillés dans une affaire de dopage qui risque de ternir pour longtemps l’image du sport russe. Un communiqué publié hier soir sur le site du Kremlin indique que Vladimir Poutine démet temporairement de leurs fonctions les fonctionnaires mentionnés dans le rapport incendiaire publié lundi par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Le communiqué du Kremlin ne mentionne aucun nom, mais il s’agit sans doute d’un tournant, puisque les autorités russes étaient jusqu’ici campées dans un déni total.

Lire aussi: Bras de fer entre Moscou et le sport mondial

Les accusations formulées par l’AMA assènent un coup sans précédent au prestige du sport russe et concluent sur un appel à l’exclusion de la Russie des JO de Rio. Le rapport de 97 pages de l’AMA rendu public lundi à Toronto est le résultat d’une enquête menée depuis deux mois sur l’usage de produits interdits dans le sport russe. Conclusion principale: le Ministère des sports russe, avec la complicité du FSB (Services de sécurité d’Etat) et du Centre de préparation des sports d’équipe, a mis en place un système de falsification des résultats d’analyse des sportifs russes. Une collusion qui a fonctionné, selon l’AMA, de 2011 à l’été 2015, à une période où la Russie a organisé les JO d’hiver de Sotchi (2014), les Mondiaux d’athlétisme (2013), de natation et d’escrime (2015). Ces pratiques auraient été mises en place à la suite des résultats calamiteux des sportifs russes aux JO d’hiver de Vancouver en 2010.

15 médaillés olympiques russes sauvés

Témoin clé de l’enquête, l’ancien patron du laboratoire moscovite Gregory Rodtchenkov a déballé toute l’histoire aux inspecteurs de l’agence. Selon lui, le FSB s’est impliqué directement dans le programme de dissimulation des tests positifs au dopage. Le rapport d’enquête de l’AMA décrit dans les moindres détails le trucage des tests de dopage durant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. Une «réserve» d’analyses d’urine «propres» de sportifs russes a été organisée à l’avance et entreposée à la direction régionale du FSB. L’officier responsable du remplacement des analyses positives par les échantillons «propres» est nommé: il s’agit d’un certain Evgueni Blokhine. Rodtchenkov l’accuse d’avoir participé à la mise au point d’un système permettant d’ouvrir les récipients contenant l’urine de telle manière qu’ils puissent être de nouveau scellés. L’échange des échantillons était effectué dans la nuit à travers un trou dans le mur du laboratoire. Un laborantin complice passait les échantillons à Evgueni Blokhine, employé officiellement comme «plombier» du laboratoire. Selon Rodtchenkov, 15 médaillés olympiques russes ont ainsi été sauvés. La Russie était arrivée en tête du classement par pays des JO de Sotchi, avec un total de 33 médailles. Aux mondiaux d’athlétisme, la Russie était également arrivée en tête du tableau des médailles, alors que cette discipline est de loin celle où l’AMA a détecté le plus d’échantillons falsifiés (139 cas).

Lire aussi: A Sotchi, la Russie utilisait «un système de dopage d’Etat» avec l’aide des services secrets

«L’AMA appelle le mouvement sportif à empêcher la participation des athlètes russes aux compétitions internationales, y compris aux JO de Rio, tant que [la Russie] n’aura pas réalisé un «changement de culture», conclut l’agence. Dans la foulée, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, a réagi en estimant que le rapport démontre «une atteinte choquante et sans précédent à l’intégrité des sports et des Jeux olympiques».

La «russophobie» prétextée

Les conclusions du rapport n’ont guère surpris à Moscou. Dans l’ensemble, les médias russes ont dénoncé un complot visant à écarter les sportifs des compétitions internationales. Le patron de l’AMA est décrit comme un russophobe obsessionnel, tandis que le témoin en fuite Gregory Rodtchenkov est qualifié par l’ancien champion olympique de boxe Alexandre Lebziak «d’agent au service de l’étranger» qui n’a «ni patrie, ni drapeau». «Tout ce qui se passe, c’est un énième épisode de règlement de compte avec la Russie», renchérit la députée d’Etat Irina Rodnina, également ancienne championne olympique de patinage artistique. En Russie, la coloration géopolitique des affaires de dopage est systématique. Moscou désigne les Etats-Unis comme son grand rival dans les affaires internationales. Or les coups sont partis du continent nord américain.

Le ton est brusquement redescendu dans les bulletins télévisés qui ont suivi l’annonce par le Kremlin de limogeages des dirigeants russes incriminés. Personne à Moscou ne s’attendait à ce que le président admette la culpabilité de ses vassaux, lui qui ne limoge jamais de subalternes mouillés dans des scandales, surtout quand les accusations viennent de l’étranger. Cet aveu vise probablement à inspirer de l’indulgence au Comité international olympique, qui organise aujourd’hui une réunion téléphonique de sa commission exécutive, lors de laquelle «pourraient être prises des mesures provisoires et des sanctions par rapport aux Jeux de Rio 2016», indique un communiqué du CIO.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL