La nouvelle année s’annonce très incertaine, mais elle peut se révéler source de changements bénéfiques. C’est en tout cas mon point de vue d’ancien joueur et de psychologue, que j’exprime ici sous la forme de vœux pour 2021.

Le retour du public, d’abord, est indispensable à la qualité du jeu, nécessaire pour la vie des clubs, vital pour la motivation des joueurs et essentiel pour l’intérêt de ce sport, mais il n’est pas encore possible du point de vue sanitaire. Jouer dans un stade vide s’est révélé encore plus problématique que ce que nous pensions. Certes, le souvenir de matchs avec peu de spectateurs aurait pu nous y préparer, mais on ne connaît que quand on expérimente. Et la réalité fut évidente: des matchs très souvent ennuyeux, des erreurs incroyables, des blessures à répétition. Le maintien des championnats a sauvé la plupart des équipes via les recettes liées aux droits de diffusion. Mais nous avons tous pu noter les limites du spectacle proposé et l’évidence même que l’on ne peut se passer des émotions transmises par la foule.

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En tant que joueur, je n’avais jamais réalisé à quel point la présence du public était essentielle. Je pensais que les footballeurs seuls assuraient le spectacle. Or, à l’instar de ce qui se passe dans un théâtre, la pièce est jouée par tout un ensemble d’acteurs, parterre compris. Le rappeler en ce moment est important. Espérons alors que, grâce au vaccin, on parviendra rapidement à maîtriser l’épidémie et qu’à partir de la deuxième moitié de l’année nous retrouverons des stades encore plus remplis que par le passé, tel est mon premier vœu pour 2021.

La promotion des jeunes joueurs

La crise sanitaire a eu comme conséquence indirecte une diminution des transferts de joueurs et la réévaluation par les équipes des joueurs à disposition. Ce n’est pas pour me déplaire. Surtout, cette «sagesse» financière a davantage dirigé les investissements sur les jeunes du cru ou formés par le club. Ainsi, on a pu voir un rajeunissement des contingents et des équipes sur le terrain. Avec l’éclosion de nombreux talents qui n’ont pas dû attendre deux ou trois ans pour s’imposer à haut niveau, comme certains de leurs prédécesseurs.

De nombreuses équipes professionnelles ont connu leur lot de révélations, justement favorisées par cette période particulière. Ces jeunes talents, tout heureux d’accéder par la grande porte à la première équipe, ont pu évoluer dans des stades vides, sans la pression du public. Ils ont probablement bénéficié aussi de la relative lassitude des joueurs expérimentés, forcément plus à même que les jeunes de comparer la ferveur passée au calme pandémique.

Ce phénomène, dont on ne mesure pas encore la portée, aura probablement une conséquence particulière pour les professionnels de plus de 30 ans, poussés à envisager plus rapidement fin de carrière et reconversion. Ils commenceront à prendre des responsabilités plus tôt que prévu comme dirigeants ou entraîneurs. Des exemples récents ont confirmé cette tendance qui, c’est mon deuxième souhait, devrait contribuer au renouvellement du football et de sa gouvernance.

Le maintien de l’esprit d’équipe

Dans ce moment de crise où l’individualisme pourrait gagner des adeptes, il est indispensable de souligner l’importance de la notion de groupe dans le football. Les entraîneurs ont toujours soutenu, à juste titre, que ce sont les victoires qui permettent aux équipes de se souder, de créer la fameuse «union sacrée» entre les joueurs. Cela est d’autant plus vrai en ce moment.

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Forcés de s’entraîner en individuel ou en petits groupes lors du pic de chaque vague, la cohésion d’équipe s’en est ressentie. Certains joueurs, dans ce climat incertain, ont pu avoir tendance à tirer la couverture vers eux, à se la jouer «perso», à ne pas se rallier à un projet commun. Et de nombreuses fois, on a assisté à des absences de solidarité dans le jeu lorsqu’un coéquipier était en difficulté.

Le manque de résultats dus à l’absence d’homogénéité sur le terrain et dans les vestiaires a coûté leur place à plusieurs entraîneurs, comme d’habitude. Mais cette période particulière aurait dû faire comprendre à tous l’importance d’être solidaires et de jouer la carte du collectif. Une leçon importante à transmettre à tous les niveaux, et tout particulièrement aux dirigeants et aux formateurs. Sans un projet commun à tous les acteurs, la partition ne peut être bonne et le talent individuel des joueurs ne suffit plus. C’est une évidence: 2021 sera plus que les précédentes l’année des victoires d’équipe!

Se réinventer après la crise

Les périodes de crise sont propices aux réflexions portant sur la gouvernance. Après le premier réflexe de sauvegarder les privilèges et les intérêts personnels, des initiatives nouvelles et constructives apparaissent, comme le besoin de plus de solidarité entre les peuples ou d’une protection de l’environnement renforcée.

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La gouvernance du football est aussi concernée, à l’heure où s’ouvre une nouvelle ère plus respectueuse des principes de base de ce sport, qui ne sont pas, tant s’en faut, uniquement économiques. Elle aura besoin que toutes les parties prenantes soient sollicitées, consultées, impliquées pour se réinventer. C’est mon dernier vœu pour la nouvelle année: la promotion de ce sport universel, qui se pratique dans des grands stades remplis de supporters ou entre quelques copains sur un petit terrain comme celui que je vois depuis la fenêtre de mon bureau, un jeu simple, collectif, joué avec une balle dont on exige seulement qu’elle soit gonflée.