Loïck Peyron et l'équipage de son trimaran Fujicolor ont remporté lundi le Fastnet, la célèbre régate hauturière à la voile de 605 miles aller-retour entre l'île de Wight, en Angleterre, et le rocher du Fastnet, à la pointe sud de l'Irlande. Surmonté d'un phare, c'est ce rocher qui a donné son nom à la course créée en 1925. L'équipage français est arrivé à Plymouth, dans le sud de l'Angleterre, en début d'après-midi, après 40 heures

et 22 minutes de course, 20 minutes devant Brocéliande, le trimaran barré par un autre Français, Alain Gauthier. Celui-ci avait pourtant viré autour du célèbre rocher avec une petite dizaine de minutes d'avance, la veille. «Avec Alain, nous nous sommes bagarré pendant tout le parcours. Nous sommes restés quasiment tout le temps à vue. Nous sommes repassés l'un devant l'autre au moins trois ou quatre fois», a souligné le lauréat à son arrivée. «Nous avons réussi à nous échapper à l'occasion d'une petite risée.»

Loïck Peyron signe ainsi sa 4e victoire consécutive dans le championnat des multicoques de 60'ORMA, qu'il domine avec 50 points, et pour lequel compte le Fastnet. Mais il n'inscrit pas seulement son nom au palmarès d'une course mythique, à jamais marquée par la tempête qui avait fait 19 morts dans la nuit du 13 au 14 août 1979 – la plus importante des tragédies de l'histoire de la course hauturière. Avec son équipage, il a battu de plus de cinq heures le record de la course, détenu depuis 1997 par le Franco-Suisse Laurent Bourgnon. A cette date, les multicoques avaient été admis pour la première fois dans cette classique de la voile.

Des 212 voiliers à s'être successivement lancés, samedi soir, au coup de canon tiré devant le célèbre Royal Yatch Squadron de Cowes, deux autres multicoques étaient attendus, lundi dans la soirée: le bateau Banque populaire de Lalou Roucayrol et Jack Vincent, et le trimaran des frères Bourgnon – aux couleurs de Kingfisher, le sponsor de la jeune Anglaise Helen Mac Arthur, qui loue et co-skipe le bateau pour l'occasion. Piégé par la météo, ce dernier n'a quasiment pas avancé dimanche, alors que les deux leaders creusaient l'écart. «C'est l'ambiance crème solaire, racontait Laurent Bourgnon, joint dimanche soir par téléphone satellite. Depuis ce matin, nous avançons à deux nœuds.» Avant de plaisanter: «Oh là! Mon frère à la barre doit être énervé. Voilà que nous faisons une pointe à 6,2 nœuds.» Pour les deux frères franco-suisses, la nuit fut bonne. Ils ont quand même pu avancer. Mais au matin, ils sont passés derrière le front météo, et se sont retrouvés avec la mer et le vent de face. Ils n'ont plus avancé, tandis que leurs concurrents s'envolaient vent de travers jusqu'au Fastnet.

Loïck Peyron et Alain Gautier, qui naviguaient quant à eux à une moyenne de 15 nœuds, ont viré autour du Fastnet dimanche à 15 heures. «Nous n'y sommes pas encore. Cela fait seulement une demi-heure que le vent nous permet de faire route directe», affirmait alors le double vainqueur de la Route du Rhum. Kingfisher aura fait quant à lui la course bord à bord avec Banque Populaire, le trimaran de Jack Vincent et Lalou Roucayrol, qui lui aussi a raté le bon wagon météo permettant aux deux autres de s'échapper.

Le Vaudois Stève Rarvussin, qui, cette année, avait son frère Yvan et les Bourgnon comme adversaires, puisqu'il navigue avec Frank Cammas sur Groupama, n'aura pas régaté longtemps contre ses anciens camarades de bord. L'équipage de Groupama a dû abandonner la course après avoir cassé les lattes de la grand- voile et déchiré cette dernière.

La flotte des Maxi One Design, qui a pris le départ dix minutes après les multicoques samedi à Wight, n'est pas attendue à Plymouth avant mardi après- midi. De même que les trois maxis ILC (International Length Class), dont le fameux Sayonnara, vainqueur de la dernière Sydney-Hobart, et barré pour cette course du Fastnet par le multimillionnaire Américain Ted Turner.