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2 décembre 2010: Sepp Blatter annonce que le Qatar accueillera la Coupe du monde 2022.
© WALTER BIERI / Keystone

Football

Le voile se lève sur le rapport Garcia

La FIFA a publié ce mardi l'intégralité de l'enquête sur l'attribution des deux prochaines Coupes du monde. Les révélations promises par le journal allemand Bild lui ont un peu forcé la main

Trois membres du comité exécutif de la FIFA gracieusement invités à voyager vers Rio dans un jet privé appartenant à l’Association qatarie de football. Un ancien membre du même comité félicitant par e-mail, immédiatement après l’attribution de la Coupe du monde 2022 au petit pays du Golfe, les responsables de la candidature et les remerciant pour le versement de plusieurs centaines de milliers d’euros pour un motif peu clair. Deux millions de dollars d’origine inconnue apparus sur le compte épargne de la fille de 10 ans d’un officiel de la FIFA.

Longue enquête

Ces trois révélations sont directement issues du rapport établi par l’ancien procureur américain Michael J. Garcia après une longue enquête sur les circonstances de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, et sur les soupçons de corruption qui les entachent. Cela fait deux ans et neuf mois qu’il a mis un point final au document, mais rares étaient ceux qui avaient pu prendre connaissance de son contenu. Tout le monde est désormais libre de le faire: la FIFA l’a publié en intégralité ce mardi sur son site. Trois parties et plus de 400 pages au total, qui furent pendant longtemps l’un des secrets les mieux gardés du sport mondial.

Le timing de cette publication ne doit rien au hasard. Si la FIFA affirme qu’elle avait de toute façon l’intention d’y procéder, elle reconnaît avoir anticipé la manœuvre compte tenu de la salve de révélations promises lundi par Bild. Le journal avait mis la main sur le rapport Garcia et entendait lui donner de l’écho avec une série d’articles échelonnés ces prochains jours. «Puisque le document a été illégalement transmis à un journal allemand, les nouveaux responsables de son comité d’éthique ont demandé sa publication immédiate pour éviter que des informations trompeuses se propagent», indique l’organisation dans son communiqué.

Lecture partielle et partiale

Sa publication fait débat depuis que l’auteur l’a remis à la FIFA en septembre 2014. Très vite, Hans-Joachim Eckert – alors président de la chambre de jugement du comité d’éthique de la FIFA – annonce que le texte ne sera pas dévoilé dans son intégralité pour des raisons légales – il concernait des procédures en cours – et de protection des témoins cités. Deux mois plus tard, le magistrat allemand publie son résumé de 42 pages du rapport. Il y affirme que l’enquête ne prouve aucune pratique malhonnête de la part de la Russie ou du Qatar pour obtenir l’organisation des deux prochaines Coupes du monde. Les comités de candidature en sortent officiellement blanchis de tout soupçon.

La FIFA s’en félicite, mais la polémique gronde. Des voix s’élèvent pour dénoncer une lecture partielle et partiale du texte. Parmi elles, celle de son auteur, qui critique une «représentation erronée des faits et des conclusions». Contre le résumé produit par Eckert, il dépose un recours, qui sera jugé non recevable. Dégoûté, trahi, Michael J. Garcia démissionne de son poste d’enquêteur à la FIFA en décembre 2014.

Depuis, certaines personnalités du football mondial se sont régulièrement prononcées sur la nécessité de publier l’intégralité de son travail. En vue de la dernière élection à la présidence de la FIFA, plusieurs candidats – dont certains n’ont pas été jusqu’au bout de la campagne – ont annoncé leur intention de dévoiler le document en cas de victoire.

Changements à la tête de la commission d’éthique

La proposition ne figurait pas dans le programme de Gianni Infantino, mais le Haut-Valaisan laissait pourtant entendre il y a peu au Matin Dimanche qu’il y était favorable: «Personnellement, j’ai déjà demandé à maintes reprises la publication de ce rapport. J’espère vraiment qu’une fois les réserves juridiques résolues, celle-ci aura lieu. Tout en sachant, évidemment, que c’est une décision qui appartient à la commission d’éthique.»

Les deux têtes de celle-ci viennent de changer: l’avocat suisse Cornel Borbély (successeur de Michael J. Garcia, en charge de la chambre d’instruction) a été remplacé par la Colombienne Maria Claudia Rojas; le magistrat allemand Hans-Joachim Eckert par le juge grec Vassilios Skouris. Dans son communiqué, la FIFA affirme que ces remplacements ont eu un effet déterminant. «Malgré des demandes régulières (de Gianni Infantino et du Conseil de la FIFA), Cornel Borbély et Hans-Joachim Eckert avaient toujours refusé de publier le rapport.»

Lire aussi: Deux ans après le FIFAgate…

Comme un puzzle

Leurs successeurs avaient prévu de mettre ce point à l’ordre du jour de la première réunion du comité d’éthique depuis leur nomination, la semaine prochaine. Sous la pression, ils ont accéléré le mouvement. Reste à mesurer les conséquences du travail de Michael J. Garcia. Sur sa page Facebook, le journaliste de Bild Peter Rossberg a en quelque sorte préfacé son enquête. «Le rapport ne fournit pas la preuve définitive que les Coupes du monde 2018 ou 2022 ont été achetées. […] Le rapport Garcia fait sens sur un autre plan. C’est comme un puzzle qui n’a de sens que lorsque toutes les pièces sont réunies. Et dans le cas du Qatar, il existe de nombreuses pièces sur la table mais qui ne donnent pas encore une image globale. […] L’accumulation d’anomalies ne peut toutefois que conduire à la conclusion que cette Coupe du monde a été achetée […] vraisemblablement comme d’autres avant elle.»

Peter Rossberg souligne également que, même avant d’être publié intégralement, le rapport Garcia a déjà eu un impact important ces dernières années. «Il a contribué à l’arrestation et à la suspension de nombreux officiels de la FIFA. C’est le véritable mérite du document, même si ces actions n’ont jamais été mises en relation avec lui.»

Son enquête publiée, Michael J. Garcia a finalement eu gain de cause. Aujourd’hui, l’Américain ne fraie plus dans le milieu du ballon rond. Devenu juge associé de la Cour d’appel de New York début 2016, il n’a pourtant pas fini de faire trembler le football mondial.

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