Quand Volero Zurich annonce «Wir sind zurück!» sur les réseaux sociaux, le volleyball suisse entend Terminator promettre «I will be back». Et il se prépare à ce que cela barde à nouveau. Deux ans après avoir disparu du championnat national féminin, l’équipe sera inscrite en Ligue nationale B l’automne prochain. Son président Stav Jacobi se donne «un à deux ans pour monter dans l’élite, et de deux à quatre ans pour participer à la course au titre».

Personne ne doute de sa capacité à concrétiser son ambition, car tout le monde se souvient parfaitement du premier règne de Volero Zurich, qui s’est étendu de 2005 à 2018. Les autres clubs helvétiques en gardent des palmarès désespérément vierges, et leurs joueuses des rougeurs sur les avant-bras. Un budget sans égal dans le volleyball suisse (de 3 à 4 millions de francs) avait permis de réunir une armada de stars internationales, et avait débouché sur une domination quasi unique dans le monde du sport, toutes époques et disciplines confondues. Treize titres de champion et autant de victoires en Coupe en quatorze ans. Une série record de 185 succès consécutifs sur le plan national.

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Projets complémentaires

Mais Stav Jacobi rêvait de Ligue des champions et de Mondial des clubs, et la LNA n’offrait pas un univers suffisamment concurrentiel pour bien conditionner ses protégées à de tels défis. Alors il a décidé de délocaliser son équipe au Cannet, dans le sud de la France, pour qu’elle trouve à qui parler. Ce fut le cas: elle a été éliminée en demi-finale du championnat la saison dernière et cette année, elle pointait au troisième rang du classement lorsque la compétition a été abrégée en raison de la pandémie que l’on sait.

Dans ce contexte, de grosses interrogations entourent le futur de l’aventure française, mais Stav Jacobi assure qu’il n’a pas l’intention d’y mettre fin. «Je me suis au départ engagé pour deux ans, mais je suis prêt à prolonger mon investissement. Reste que cette histoire de coronavirus compromet tous nos projets, il n’est même pas possible de planifier sérieusement la prochaine saison. Toutes les joueuses et les membres du staff aimeraient rester, mais nous ne savons simplement pas quels seront nos moyens financiers au bout de la crise. Cette situation concerne tous les clubs, et avec la ville du Cannet, nous nous battrons pour la survie de l’équipe.»

Et le retour de Volero à Zurich, alors? «Ce n’est pas un mouvement comme il y a deux ans, souligne le président. Un projet ne remplace pas l’autre. Les deux se complètent.»

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Le départ de Volero Zurich a créé un vide dans le volleyball suisse, permettant soudain aux autres formations de se battre pour des titres – et elles ne s’en sont pas plaintes. Mais il a aussi laissé des trous dans l’agenda de son président, toujours basé en Suisse alémanique, qui s’est retrouvé à suivre «son» équipe à distance, sans pouvoir aller assister à tous les matchs, encore moins à tous les entraînements.

Or l’homme est d’abord un mordu de sa discipline, ancien passeur lui-même et arrivé au club qu’il mènera au sommet comme simple coach, en 2002. Rapatrier Volero dans sa ville est donc aussi une manière pour lui de retrouver le terrain: il fonctionnera d’ailleurs, sur le banc, comme assistant de Svetlana Ilic. «Cela m’attirait à nouveau, reconnaît-il. J’espère que je serai à la hauteur de la tâche.»

Une académie à Zurich

Alors voilà l’histoire repartie pour un nouveau chapitre, deux ans plus tard, comme si rien n’avait changé? Pas tout à fait. Revenir au sommet est bien l’objectif, mais le chemin emprunté ne sera pas le même que pendant la grande période. Volero veut désormais s’appuyer sur le produit de la formation d’une académie de volleyball cofondée avec le VBC Züri Unterland, un club basé à Kloten. «Le concept de reconstruction de notre équipe professionnelle est étroitement lié à cette structure, souligne Stav Jacobi. L’objectif est de permettre à de jeunes athlètes suisses, mais aussi étrangères, d’être formées pour atteindre le sommet. C’est ce qui garantira la pérennité de Volero Zurich.»

Cela suffira-t-il pour permettre au club de connaître de nouvelles épopées internationales? Stav Jacobi refuse de se projeter aussi loin: «Le monde actuel permet de rêver, mais pas de planifier sur le long terme.» Les autres clubs suisses en savent quelque chose: ils s’habituaient à peine à la vie sans l’ogre zurichois que le voilà déjà de retour.