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La joueuse du Volero Zurich Olesia Rykhliuk, à droite, lors d’un match contre le RC Cannes, le 21 janvier 2016.
© ENNIO LEANZA

Volleyball

Voléro, si seul au sommet

Le club zurichois devrait réaliser cette saison son septième doublé consécutif. De fait, il évolue dans une autre dimension que les autres en Suisse, au point que l’idée de quitter la LNA a germé

L’idée peut surprendre: en janvier dernier, le meilleur club suisse de volleyball féminin s’est proposé de quitter le championnat de Ligue nationale A et de n’entrer en scène, chaque année, qu’une fois le vainqueur désigné. Les deux équipes s’affronteraient à ce moment lors d’une sorte de super-finale avec, à la clé, un ticket pour la Ligue des champions. Arrogance ou bienveillance de la part d’une formation si incontestablement souveraine? «Ainsi, les autres équipes du pays auraient pu se battre pour le titre national», tranche Stav Jacobi, président de Voléro Zurich. Mais la proposition n’a pas trouvé un écho positif auprès des autres clubs de LNA, réunis sous l’égide de la Swiss Volley League Conference.

Depuis des années, le club zurichois règne sur son sport comme peu le font ou l’ont fait, toutes disciplines confondues. Il reste sur six doublés Coupe-championnat consécutifs, et dix ces onze dernières années. L’année 2009 - sans titre - est l’exception qui confirme la règle. «Nos résultats sont respectables, mais pas uniques au monde non plus, tempère Stav Jacobi. Et puis, chaque année, c’est une nouvelle histoire. En sport, personne ne s’intéresse au passé. Moi, je pense à l’étape d’après, pas aux statistiques.»

144 succès de rang

Il faut toutefois se creuser la tête pour trouver une domination aussi hégémonique. Dans le sport suisse, celle des basketteuses valaisannes d’Hélios était du même acabit (trois triplés championnat-Coupe de Suisse-Coupe de la Ligue consécutifs) mais s’est étiolée cette saison. Le FC Bâle en Super League? Peut-être intouchable en championnat, mais parfois battu sur un match. C’est là que Voléro se distingue: «Je crois qu’il y a eu une défaite la saison où je suis arrivée au club, mais j’étais blessée ce jour-là, fouille dans sa mémoire la joueuse vaudoise Inès Granvorka, 24 ans. Cela doit être la seule ces dernières saisons...» En avril dernier, Voléro a remporté son titre national au bout de sa 99e victoire consécutive en LNA.

Depuis, il y en a eu 28 de plus cette saison, avec en tout et pour tout cinq sets égarés au passage, dont un seul lors des 18 matches du tour qualificatif. Le club zurichois en est même à 144 succès de rang dans les compétitions nationales en comptant les rencontres de Coupe de Suisse. Cette année, la finale aura lieu samedi à 13h à Fribourg contre Guin (avant celle des hommes, LUC-Näfels, à 17h). Il y aura du spectacle - comme toujours avec les joueuses de niveau mondial de Voléro - mais pas de suspense. «Normalement, c’est vrai que nous devrions gagner, reconnaît Inès Granvorka. Guin peut compter sur quelques étrangères et une bonne passeuse, mais nous sommes globalement au-dessus.» La finale du championnat (disputée au meilleur des cinq matches) contre Sm’Aesch Pfeffingen ne sera guère plus incertaine.

Objectif, le firmament

Le volleyball suisse est-il un trop petit bocal pour le gros poisson zurichois? Il aspire en tous les cas à frayer dans l’océan. «Nos objectifs sont de gagner la Ligue des champions et le Mondial des clubs, précise le président. Les deux meilleures compétitions qui existent.» La semaine dernière, les volleyeuses de Voléro ont échoué aux portes du dernier carré de la première; en 2015, elles ont pris la médaille de bronze de la seconde. «J’étais très content à ce moment-là, glisse Stav Jacobi. Mais trois jours après, c’était oublié et je travaillais pour faire mieux.»

Et pour arriver au firmament du volley mondial, le championnat de Suisse n’est peut-être pas la meilleure base de lancement possible. «Il faut relativiser, car il n’y a que cinq championnats en Europe qui seraient plus favorables pour notre préparation. Mais l’écart est important entre la LNA et le niveau international, signale Stav Jacobi. Cela peut faire la différence dans les moments importants: les joueuses ne sont pas aussi prêtes que leurs adversaires à gérer la pression. Si vous nourrissez un tigre pendant une année avec des légumes puis que vous lui donnez un morceau de viande, il a beau rester un tigre, il ne saura pas comment s’y prendre.»

Menu big match

Pour compenser ses carences alimentaires, Voléro multiplie les matches amicaux de prestige, comme ce mercredi contre Casalmaggiore, championne d’Italie en titre et toujours en lice pour remporter la Ligue des champions (victoire zurichoise 3-1). «Ce genre de rencontres nous permet de tester notre niveau, de travailler tactiquement et techniquement, explique Inès Granvorka. Mais ce n’est tout de même pas la même chose qu’une rencontre officielle. Il n’y a pas la même gestion du stress, de l’adrénaline.»

Stav Jacobi le sait, mais il était néanmoins prêt à ne faire que des matches amicaux en marge des grandes compétitions si l’idée que Voléro quitte le championnat régulier avait fait son chemin. «Mais les autres équipes suisses aiment nous recevoir, estime le président zurichois. Nous leur apportons à domicile le meilleur du volleyball. Bien sûr, elles savent qu’elles ne vont probablement pas gagner. Mais elles peuvent se battre, tout donner, et apprendre.» Sur son site, le club dit vouloir faire de la Suisse une nation de volley, et en être le phare. «Nous devons avoir la patience d’attendre que les autres clubs profitent de ce que fait Voléro. Nos succès participent à la promotion de la discipline, cela intéresse le public, les médias et donc des investisseurs potentiels. A terme, cela ne peut que bénéficier à tout le monde.»

Préférence nationale

En attendant, les Zurichoises doivent relever un défi psychologique particulier mais bien réel: semaine après semaine, elles battent la campagne pour vaincre sans grand péril. Reste un challenge pour les Suissesses: exister au milieu d’une armada d’étrangères affûtées, internationales russes, bulgares ou encore américaines. Dans les compétitions suisses, deux joueuses du pays doivent systématiquement être sur le terrain. Elles ne sont que trois dans le contingent de quinze joueuses, donc elles ne manquent pas de temps de jeu. Elle sont par contre souvent cantonnées au banc en Ligue des champions, où il n’y a pas de restrictions.

Le principe de la «préférence nationale» ne plaît pas à Stav Jacobi. «Cette règle empêche l’entraîneur d’aligner sa meilleure équipe, regrette-t-il. S’il y avait un intérêt supérieur qui le justifiait, je l’accepterai, mais ce n’est pas le cas à mon avis. Ces matches de championnat, nous les gagnons de toute façon et je ne pense pas non plus que cela permette d’améliorer le niveau de l’équipe de Suisse.» C’est pour que les joueurs du cadre national ait plus de temps de jeu que le règlement impose deux éléments «formés localement» sur le terrain cette saison, contre un seul par le passé.

Cette épine dans le pied ne devrait pas empêcher Voléro de signer un nouveau doublé, le septième de rang. Et rien n’indique que la série touche à son terme.


Un budget de 3 millions de francs

Derrière la domination de Voléro Zurich, il y a une puissance financière sans équivalent dans le volleyball suisse. Arrivé au club en 2002 comme entraîneur de l’équipe, alors en LNB, Stav Jacobi est à l’origine de la création de la société anonyme qui encadre les activités de l’équipe depuis 2003. Aujourd’hui, son contingent compte quinze joueuses professionnelles, dont douze étrangères. «Notre budget est de 3 millions de francs par année», assure le président, un homme d’affaires d’origine russe devenu suisse en 2007, qui investit beaucoup dans le club. Lui-même ancien volleyeur, il dit s’impliquer par passion, pour les émotions du sport de haut niveau. Depuis l’été 2015, il siège également au conseil d’administration de Grasshopper, où il «partage son expérience, et apprend du football».

L. PT.

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