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Volkan Oezdemir, la star montante de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), est l’unique Suisse à s’être imposé dans le sulfureux circuit du combat en cage.
© © Delphine Schacher/phovea

Portrait

Volkan Oezdemir, le volcan fribourgeois

L’athlète romand s’est propulsé au sommet de la pyramide du combat libre. Une ascension fulgurante, qu’il attribue notamment à son style offensif. Il se dit déterminé à ravir la ceinture de champion du monde de duel en cage

Sous son relief anatomique imposant, son crâne lisse et ses oreilles rocailleuses, se cache une double crème d’athlète. Volkan Oezdemir est le Moléson des arts martiaux mixtes (MMA), une discipline combinant l’ensemble des techniques de combat connues à ce jour. Le Fribourgeois est le premier Suisse à s’être jamais imposé à l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la prestigieuse fédération américaine de combat en cage, le sport spectacle parmi les plus en vue du moment.

Lire aussi:  La famille UFC se découvre enfin un «Cousin» fribourgeois

Le tableau de chasse de Volkan trahit l’attitude d’un gladiateur pressé. De ses 14 duels qui se déroulent dans un ring grillagé, l’athlète romand en a remporté 13, dont 10 par anesthésie générale au premier round. Il a infligé en mai dernier sa première défaite – et le premier KO de sa carrière – au Letton Misha Cirkunov. L’affrontement, retransmis dans le monde entier, n’aura duré que 28 secondes.

Une montagne de confiance en soi

«Je n’aime pas perdre mon temps», résume le volcan des Préalpes. Et ce dernier de confier, d’une voix calme mais assurée: «J’ai de l’ambition et encore une quinzaine d’années devant moi pour construire ma carrière.»

Pour l’heure, le plus jeune combattant du top 15 mondial vise la ceinture des mi-lourds. Mais à terme, celui que l’on surnommait jadis affectueusement «Cousin», avant qu’il n’opte pour l’alias plus théâtral «No Time», compte s’attaquer à la catégorie reine, celle des lourds. «Ce n’est qu’après avoir triomphé des meilleurs du circuit que j’envisagerai de me retirer de la compétition de haut niveau, pour me consacrer à la gestion de carrière de sportifs et d’artistes», assène-t-il en caressant Nacho, son jeune Dogue argentin.

Lutter face au sanglier

Le contraste est saisissant. Une armoire romande de 27 ans, dont la chemise en jeans menace de craquer sous le blindage musculaire de son propriétaire – Volkan accuse 1,88 cm au garrot, pour 103 kilos au repos –, et une minuscule boule blanche à poils ras, toute frétillante d’innocence. «Une fois dressé, j’organiserai des battues avec mon chien», glisse l’adepte de la chasse au sanglier.

Le calibre idéal pour s’adonner à ce genre de passe-temps: une carabine semi-automatique en 44 Magnum, voire un très gros couteau suisse? «Non, je les attrape à mains nues», précise le colosse qui vit à Miami, en présentant les selfies de sa dernière sortie en forêt, le montrant avec son genou gauche plaqué triomphalement sur le thorax d’un énorme cochon sauvage.

La prochaine étape charnière

Ce professionnel du combat libre, à présent 4e au classement mondial, se prépare à frapper un grand coup le mois prochain, face au dangereux Jimi Manuwa. En cas de victoire, il pourra prétendre au titre de révélation de l’année. Ce qui lui permettra d’exiger d’affronter le patron de sa catégorie. «Je me suis entraîné toute ma vie pour un tel moment», souligne le challenger romand, dont les exploits trahissent un entraînement intensif.

Premier sur les tatamis et dernier à les quitter, l’athlète fribourgeois se rend à la salle de sport comme d’autres vont au bureau. A raison de deux ou trois séances d’une heure par jour, ponctuées de périodes de relâche (massages et acupuncture), ainsi que d’une alimentation algébrique, Volkan répand la sueur jusqu’à 18 fois par semaine.

J’aurais aimé devenir prof d’histoire, mais je rêvais de voyager pour me perfectionner au combat

Du sang neuf dans l’arène américaine

Si le Fribourgeois a toujours ressemblé à une montagne, il est aujourd’hui devenu cette force de la nature que le public cherche à photographier. «Quand il sourit, on voit qu’il lui reste encore toutes ses dents», plaisante un employé de la municipalité de Lausanne, après avoir immortalisé sa rencontre avec le monument fribourgeois.

Cette notoriété, Volkan l’a acquise début février dernier en dominant, au terme de trois reprises de cinq minutes, le vétéran Ovince Saint Preux. «Son adversaire avait déclaré forfait», résume le Fribourgeois. Les organisateurs ont cherché à le remplacer, au pied levé. Seul l’athlète romand a accepté de relever le défi, deux semaines avant la rencontre. «Le train de la réussite ne passe qu’une fois. Ce combat a été la meilleure chose qui me soit arrivée», reconnaît l’homme d’apparence calme, mais qui entre en éruption une fois dans l’arène.

Frappé par la foudre des rings

Né de mère suisse et de père kurde, Volkan a quitté prématurément le collège, pour passer son diplôme de cafetier afin de reprendre le bar familial, vendu il y a trois ans. Il a aussi travaillé, de nuit, à La Poste. «J’aurais aimé devenir prof d’histoire, mais je rêvais de voyager pour me perfectionner au combat», reconnaît le sportif d’élite, qui a pris goût à la castagne professionnelle à l’âge de 19 ans.

Son premier cachet de MMA: 300 francs. Aujourd’hui, Volkan est en passe de devenir le sportif suisse parmi les mieux payés au monde. «Je suis en train de renégocier mon contrat UFC. De cinq chiffres, il devrait prochainement passer à six chiffres», se félicite celui qui s’est expatrié aux Etats-Unis, faute d’adversaires à son niveau en Europe.

Parti de rien, Volkan a toujours eu foi en son talent. Et ce dernier de conclure, humblement: «Adolescent, j’étais mal dans ma peau. A cause de mon surpoids, j’avais du mal à m’affirmer. L’effort physique m’a permis de me construire physiquement et mentalement. Mes adversaires ont beau être tous exceptionnels, je suis indéniablement meilleur qu’eux. Et je compte bien le prouver au monde entier.»


Profil

1989 Naissance, le 29 septembre.

2009  Voyage en Thaïlande, pour perfectionner ses techniques de coups de coude et de genou.

2010 Premier combat de MMA, à Zurich.

2011 Premiers entraînements aux Etats-Unis. Volkan finira par poser ses valises en Floride.

2017 Après s’être illustré au Bellator, considéré comme l’antichambre de l’UFC, il intègre enfin la plus importante franchise de MMA au monde. Volkan s’est fiancé il y a quatre mois en Suisse avec Stephanie, une Américaine rencontrée outre-Atlantique.

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