Alberto Montesissa

Pourquoi la plus grande fédération sportive de suisse après le football, en nombre de licenciés actifs (59 618), stagne-t-elle dans un marasme profond? La question n'est pas innocente. Les réponses sont multiples. Aux yeux de la Fédération suisse de volleyball les choses paraissent claires. L'aspect financier semble être le noeud du problème et il conditionne la qualité générale du sport. Le secrétaire général de la Fédération, Beat Ludin affirme: «Pour augmenter les performances, les équipes doivent s'entraîner plus et disputer beaucoup de matches. Il faut ensuite que les résultats suivent, que les médias s'y intéressent, et les sponsors sont alors censés se montrer».

Malheureusement, en Suisse, les joueuses et les joueurs qui évoluent en ligue nationale sont des amateurs. Hormis les étrangers engagés pour renforcer les clubs, tous travaillent à côté de leur hobby préféré. Georges-André Carrel, entraîneur du Lausanne Université Club (LUC), est catégorique: «Les mentalités doivent changer. Il faut créer un statut semi-professionnel! Il est impossible de demander à des amateurs de s'entraîner tous les jours, sans qu'il y ait une compensation financière. Certains clubs ont augmenté la quantité des entraînements, certains y ont ajouté la qualité. Mais tous ne peuvent suivre ce modèle. Faute d'argent et de temps.» D'où la naissance d'un décalage à l'intérieur du championmat suisse qui se divise en trois catégories distinctes: ceux qui ont les moyens (Chênois, Naefels, LUC), ceux qui s'accrochent (Berne, Sursee, Amriswil) et les autres qui ne s'entraînent pas assez... Même constat chez les dames.

Il y a aussi une formule de championnat qui, quatre journées avant la fin a déjà livré son verdict. Après un premier tour et plus de vingt matches, les équipes repartent à zéro. Les deux premiers disputent un semblant de play-off et quatre autres jouent une pseudo poule de classement. Le tout concentré entre les mois de janvier et février. «Douze matches en un mois, ce système est absurde!, s'exclame l'entraîneur du LUC. Les professionnels du hockey sur glace peuvent se le permettre, pas des amateurs.» Si le constat est amer en championnat, il est légèrement plus souriant pour les Coupes d'Europe. Le BTV Lucerne, chez les dames, a terminé sa course dans la poule finale de la Coupe des champions, et Chênois, chez les messieurs, a réussi à prendre un set sur sol italien, chose impensable ces dernières années.

Toujours plus de licenciés

Le discours est encore plus pessimiste en ce qui concerne les équipes nationales. Il y a dix ans la Fédération décide de ne se focaliser que sur l'élite des femmes et de jeter aux oubliettes les messieurs. D'autant plus que la génération semble être des plus prometteuses, et que les frais d'un équipe féminine sont trois fois moins onéreux que ceux d'une équipe masculine. A l'époque, le but était de se qualifier pour le championnat d'Europe et du Monde. Ni l'un ni l'autre n'ont été atteints. Déconcertant. Sans oublier que l'abandon d'une équipe masculine a profondément nuit à la relève du volleyball suisse. «L'erreur fut de ne pas maintenir un programme minimum pour les jeunes. A cause de cette cassure, une génération de volleyeur a été décimée. On a enlevé le rêve de nombreux joueurs: celui de porter le maillot de l'équipe nationale», concède amèrement Georges-André Carrel.

Les jeunes! Tel est le souci de toute fédération. D'autant plus que les clubs ne sont plus formateurs, que certains pratiquent la surenchère financière et que le clivage s'accroît entre les vieux joueurs fatigués et les jeunes prétentieux. Le secrétaire général de la Fédération se veut plus optimiste: «Le volleyball est l'un des rares sports en Suisse qui accroît chaque année son nombre de licenciés. Augmentation liée surtout au beachvolley. Mais il faut différencier le sport de masse du sport d'élite. Pour ce dernier nous avons lancé il y a cinq ans un centre de formation pour une douzaine de filles (entre 14 et 17 ans) à Fribourg. Pour les garçons, un cours sera lancé officiellement à Bienne en septembre 1998 avec douze espoirs. But et objectif de la Fédération? «Pour les filles, nous nous concentrons sur 2003 et le championnat d'Europe que la Suisse organise ainsi que le championnat junior en 2000.» Pour les hommes, l'avenir est encore incertain et la politique de la Fédération n'a pas encore trouvé toute sa cohérence.