le Temps: Qu’est-ce que cela vous fait de partager un podium olympique avec Julia Mancuso?

Lindsey Vonn: C’est extraordinaire pour les Etats-Unis. C’est clair, Julia et moi avons pris des chemins différents pour arriver où nous en sommes, mais je suis très heureuse que nous soyons toutes les deux sur le podium aujourd’hui.

– Pouvez-vous décrire votre douleur au tibia aujourd’hui? – Je pense qu’hier était la journée la plus douloureuse. Le résultat de l’entraînement de lundi. J’ai de la chance que nous n’ayons pas eu d’entraînement hier parce que je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire. J’avais mal aujourd’hui. C’est de loin la piste la plus bosselée que j’aie skié. Or une piste qui tape, c’est la pire chose que tu puisses avoir avec une blessure au tibia. C’était un challenge pour moi d’arriver jusqu’en bas. Mais j’étais déterminée et j’ai essayé de ne pas trop y penser. Passer le dernier saut était très douloureux. Mais maintenant, c’est derrière moi et j’ai gagné. Je suis très heureuse.

– Vous avez tout gagné. Jusqu’où êtes-vous capable d’aller à ces Jeux? – La pression maintenant s’est évaporée. J’ai obtenu ce que j’étais venue chercher, une médaille d’or. Tout le monde s’attendait à ce que je le fasse, mais ce n’est pas aussi facile que cela pouvait paraître. Il y a beaucoup de travail derrière un titre comme ça. Mais c’est vrai que j’ai un gros poids en moins et que je vais pouvoir aborder les courses suivantes avec plus de légèreté. Je vais pouvoir courir en confiance. Je sais maintenant que je suis capable de skier avec une blessure au tibia. J’ai déjà une médaille d’or, je n’ai donc plus besoin de penser à ça, mais juste me concentrer sur mon ski. C’est ce que je vais faire demain au super combiné. On verra bien si mon tibia tient le choc. Mais de toute façon, quoi qu’il arrive maintenant, je sais que je vais rentrer heureuse à la maison.

– Pouvez-vous décrire par quels sentiments vous êtes passée depuis votre chute en Autriche?

– Les deux dernières semaines ont été très dures. Avec la blessure, j’ai eu l’impression que mon rêve olympique s’effondrait. J’étais déprimée, triste. J’ai alors entamé un combat pour guérir à temps, espérant que le rêve était encore vivant. Ca a été mon défi avant ces Jeux. Je suis restée positive et j’ai changé mon programme de préparation. C’est vrai que les annulations et les reports m’ont permis de passer plus de temps à soigner mon tibia et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Je suis persuadée que quelqu’un là-haut veillait sur moi. J’ai travaillé pour ça toute ma vie. Et même si cela ne fut pas une course parfaite, même si j’avais mal, peu importe. J’ai ma médaille d’or.

Comment expliquez-vous que les Américains soient si bons à ces Jeux?

Je crois que les Américains sont bons lorsqu’ils sont sous pression. Nous sommes des athlètes faits pour les courses d’un jour. Nous ne sommes pas sur la retenue. Lors des grands événements, tout le monde a toujours beaucoup de pression, mais j’ai l’impression que les Américains parviennent souvent à ressortir devant. Cela montre que nous avons l’esprit libre et que nous sommes des gens déterminés. Nous avons une super équipe et j’espère que cela va durer.

Vous connaissez bien la manière de skier de Julia Mancuso. Quel impact cela a eu sur vous de savoir qu’elle était en tête?

Je crois que le fait que Julia ait fait une belle course m’a aidé. Cela m’a motivé à être encore plus concentrée et déterminée. La même chose s’était produite l’an dernier aux Mondiaux de Val d’Isère lorsque Lara Gut avait réalisé une course parfaite et que tout le monde pensait que personne ne pourrait améliorer son chrono. Quand j’ai appris que Julia avec une seconde d’avance, je savais que la nervosité n’était pas envisageable. Il fallait que j’y aille, que je m’élance et que je me batte pour l’or, que personne n’allait me l’offrir gratuitement.

Vous aviez rencontré Picabo Street quand vous étiez petite dans un magasin de ski dans le Minnesota. Quel rôle a-t-elle joué pour vous?

Rencontrer Picabo quand j’avais 9 ans est l’une des raisons pour laquelle je voulais devenir un jour médaillée olympique. Le voyage a été long depuis cette rencontre dans un magasin du Minnesota, mais elle m’a vraiment inspirée. J’aimerais pouvoir en faire de même pour la génération à venir. Je veux aider le ski alpin à devenir plus populaire aux Etats-Unis.