Il n'y a plus de doute: victimes de leur succès et de leur expansion gigantesque, les Jeux olympiques – estivaux ou hivernaux – doivent subir une sérieuse cure d'amaigrissement, sous peine de s'étouffer. Comme le boulimique qui ingurgite sa pitance sans prendre le temps de respirer.

Pour preuve, des chiffres astronomiques. Sydney 2000 (été): 6,7 millions de visiteurs, 22,6 milliards de téléspectateurs (audience cumulée), 28 sports, 300 épreuves, 199 pays participants, 10 650 athlètes, 200 000 accrédités. Coût: plus de 3 milliards de dollars. Salt Lake City 2002 (hiver): 1,5 million de visiteurs, 12 milliards de téléspectateurs, 7 sports, 78 épreuves, 77 pays participants, 2400 athlètes, 90 000 accrédités. Facture: 2 milliards de dollars.

«Si elle n'est pas encadrée, la croissance actuelle des Jeux pourrait décourager de nombreux candidats à leur organisation», avertit le Canadien Dick Pound, l'une des éminences grises du mouvement olympique. Constat qui va à l'encontre de l'objectif d'universalité défini par l'instance dirigeante.

Dick Pound, c'est l'homme chargé, avec sa commission de onze «sages», d'examiner les divers aspects de la restructuration des JO et de proposer des solutions idoines aux 126 membres du CIO. Autant affirmer qu'il marche sur des œufs. Car, qui dit réductions en tout genre (taille des Jeux, infrastructures, technologie, suppression de sports) dit aussi conflits d'intérêts à l'intérieur même du cénacle olympien. Le rapport intermédiaire publié hier, et qui sera soumis à la 114e session du CIO, ici à Mexico, se résume d'ailleurs à une vaste «préparation psychologique», les décisions formelles devant tomber au congrès de Prague, en juillet 2003.

L'étude porte sur cinq thèmes majeurs, à commencer par le format des Jeux. Il y est noté que «Sydney 2000 a eu l'équivalent de 33 jours de compétition supplémentaires pour la même période de 16 jours qu'à Atlanta 1996». Pas étonnant que le consommateur olympique ne s'y retrouve plus! Quant à l'ajout de nouveaux sports et disciplines, il figure comme facteur numéro un de la hausse des coûts et de la complexité des Jeux. Traduction: il s'agira de trancher dans le vif… en évitant de froisser les susceptibilités des pontes qui patronnent la plupart des activités inscrites aux JO. Dick Pound étant plutôt fonceur que diplomate rusé, on peut déjà prévoir quelques jolies anicroches.

Autres chapitres pris dans la tourmente: l'accroissement de la technologie, les personnes accréditées, la gestion des Jeux par les comités d'organisation, et, surtout, les infrastructures destinées aux compétitions, domaine où les investissements oscillent entre 400 millions et 5 milliards de dollars. Conseils de la commission: combiner plusieurs sports sur un même site, faire la part belle aux installations temporaires, puisque «les coûts de la maintenance des constructions sont souvent sous-estimés, et constituent un fardeau financier considérable pour la ville hôte».

Au final, Pound et ses pairs demandent au CIO de «définir clairement son rôle et ses responsabilités vis-à-vis de toutes les parties concernées par les Jeux», et à la session de donner son blanc-seing à la commission en vue de la poursuite pointue de ses travaux. Réponse des «parlementaires» à la fin de la semaine.