Boxe

Voyage (d’affaires) au bout de la nuit

Sans surprise, le boxeur Floyd Mayweather Jr. a remporté le «combat du siècle» qui l’opposait dimanche au champion de MMA Conor McGregor. Les spectateurs sont désormais délestés d’une forte somme d’argent mais pas du poids du doute

A Las Vegas, le show et l’argent ne dorment jamais. Le «combat du siècle» entre le boxeur Floyd Mayweather Jr. (40 ans) et le champion de mixed martial arts (MMA) Conor McGregor (29 ans) n’avait pas encore débuté que les écrans géants de la T-Mobile Arena annonçaient déjà le «combat de l’année» entre le Mexicain Saul Alvarez et le Kazakh Gennady Golovkin le 16 septembre, ceintures WBA et IBF des poids moyens en jeu.

Alvarez-Golovkin sera sans doute sportivement une meilleure affiche que ce Mayweather-McGregor, que des critiques avisés avaient rebaptisée «money fight» et que «Money» Mayweather (son surnom officiel) a logiquement remporté par arrêt de l’arbitre à la 10e reprise. Sans surprise, le boxeur a d’abord contenu son adversaire avec son style caractéristique très défensif, le menton protégé derrière son épaule gauche, puis, à partir du cinquième round, a fait parler sa supériorité technique et sa plus grande expérience des combats prolongés.

McGregor avec les honneurs

Au MMA, l’affrontement ne va que rarement au bout de trois rounds de cinq minutes. Conor McGregor est donc parti très fort dans l’espoir de marquer d’emblée son adversaire. Il savait aussi que Mayweather n’avait plus combattu depuis deux ans et pouvait manquer de repères en début de combat. McGregor a gagné le respect de la plupart des observateurs dans les quatre premières reprises en démontrant qu’il n’était pas un champion de pacotille, alliant vitesse, puissance et courage. Mais il manquait très clairement de technique pugilistique – il a été plusieurs fois averti pour des coups non autorisés – pour obtenir le coup dur qu’il recherchait.

Maintes fois touché au visage à partir de la huitième reprise, l’Irlandais, soutenu par la très grande majorité de la salle, a encaissé une série de droites puis un double crochet du gauche. Sonné, il n’est pas tombé mais a été immédiatement arrêté par l’arbitre.

Alors qu’ils avaient échangé insultes et autres provocations avant le combat pour faire monter la sauce, les deux boxeurs se sont chaleureusement félicités à l’issue du combat. «Il a plus d’expérience mais je n’étais pas loin. Je l’ai forcé à boxer comme un Mexicain», a estimé McGregor, ce qui, dans sa bouche tuméfiée, semblait être un compliment. «Il a été bien meilleur que je ne l’aurais pensé, il a boxé en variant les angles, c’est un sacré champion», a insisté Floyd Mayweather Jr., avant de confirmer qu’il ne remonterait plus sur un ring.

Cette victoire ne sera pas créditée à son palmarès (49 combats, 49 victoires). Par contre, elle garnira très substantiellement son compte en banque. «Money» Mayweather, qui a déjà accumulé plus de 800 millions de dollars en gains, va sans doute passer la barre du milliard avec les énormes profits générés par les droits de retransmission.

Le buzz et le bug

Monté pour faire le buzz, le combat a aussi fait le bug. L’engouement était tel que le début du combat a dû être retardé d’une bonne heure pour faire face aux commandes de dernière minute de télévision à la séance. Si les premiers rangs se négociaient au-dessus de 100 000 dollars le siège, ce sont les recettes de sponsoring et de pay-per-view (99 dollars pour voir le match à la télévision aux Etats-Unis) qui ont vraiment propulsé l’affiche dans une autre dimension.

Les comptes ne sont pas encore faits mais l’on devrait aisément dépasser les 700 millions de dollars générés en 2015 par le précédent «combat du siècle» entre Floyd Mayweather Jr. (déjà) et le Philippin Manny Pacquiao.

Voilà pour les aspects matériels. Sur le plan «philosophique» (qui est le meilleur?), nous ne sommes pas plus avancés. La victoire de Floyd Mayweather Jr. confirme qu’un boxeur invaincu en 49 combats et vingt ans de pratique est meilleur qu’un combattant venu d’une autre discipline au bénéfice d’un stage intensif d’un an. La belle affaire… «C’est comme si on se demandait si un joueur de ping-pong avait une chance de battre Roger Federer dans un match de tennis», avait dit avant le combat le célèbre entraîneur de boxe Teddy Atlas.

«Je vais me recoucher»

Dans le camp d’en face, les supporters de McGregor continuent de penser que leur champion ne fera qu’une bouchée de n’importe quel boxeur dans un combat disputé selon les règles du MMA. Alors tant qu’un boxeur ne se risquera pas dans un octogone grillagé, la polémique et les bourses pourront continuer d’enfler.

Sur Twitter, la plupart des commentaires trahissent un très net sentiment de s’être fait avoir. Ainsi l’humoriste Thomas Wiesel faisait mouche avec sa punch line: «Donc le mec qui n’a jamais perdu un combat de boxe bat le mec qui n’avait jamais fait un combat de boxe. Sans déconner. Je vais me recoucher.»

Conor McGregor peut désormais lui aussi prendre du bon temps. L’ancien apprenti plombier de Dublin, chômeur en fin de droits il y a encore quatre ans, a gagné en une nuit l’équivalent de trois ans de salaire de Neymar. En homme d’affaires avisé, Floyd «Money» Mayweather l’a chaudement félicité à la fin du combat.

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