«Le wakeboard est au ski nautique ce que le snowboard est au ski alpin.» En quelques mots, Cyril Cornaro, seul wakeboarder professionnel suisse, vainqueur du tour européen en 1998 et champion helvétique en titre, a planté le décor. Le wakeboard est un sport qui se veut «fun», jeune, décontracté. Arrivé en Suisse depuis les Etats-Unis il y a une dizaine d'années, cette discipline aquatique a fait une entrée tonitruante dans le cercle des sports de glisse. Tracté par un bateau à moteur sur une planche de 32 à 42 centimètres de largeur, le wakeboarder file à la surface de l'eau entre 32 et 36 km/h. Friands de figures aériennes, ces surfers d'un genre nouveau profitent des vagues générées par le bateau pour s'envoyer en l'air.

Un air de famille avec le halfpipe

Peu avare de comparaison avec le snowboard, Cyril Cornaro explique que le free-ride – compétition où les athlètes sont notés sur un aller-retour (environ 2 fois 25 secondes) – ressemble beaucoup à une compétition de halfpipe. Ainsi, au cours d'une série, les meilleurs mondiaux peuvent effectuer de 5 à 10 sauts périlleux différents.

La troisième étape du tour national, le Nescafé Swiss Wakeboard Series, fait halte ce week-end à Genève, profitant à cette occasion de l'engouement généré par les Fêtes. La journée de samedi est consacrée aux qualifications, de 9 à 12 h et de 14 à 17 h. Les finales se dérouleront quant à elles le dimanche selon le même horaire. De plus, un centre-test sera mis à disposition des curieux désireux de se jeter à l'eau. Ils bénéficieront gratuitement de conseils et pourront tester ce sport de 10 h à midi tout le week-end et de 14 à 16 h le samedi.

Des débutants qui devraient rapidement prendre du plaisir. «La facilité d'accès au wakeboard est remarquable explique Hervé Wagneur, président de l'association suisse de wakeboard (SWBA). Normalement, dès le premier essai, on réussit à sortir de l'eau et tenir sur la planche.» L'opportunité d'association avec les Fêtes de Genève constitue un gros plus pour cette troisième manche de la Swiss Cup. «Les animations complètent bien la compétition, continue le président de la SWBA. Nous essayons toujours d'associer le wakeboard avec d'autres animations telles que concerts ou dj's.» La Lake Parade constituera donc un complément de choix au déroulement de la compétition.

Loisir branché, le wakeboard est aussi un sport de compétition qui refuse de donner l'image ankylosée et rigide des sports classiques. Pour cette raison, l'idée de son entrée dans le giron olympique – le ski nautique, qui regroupe le wakeboard dans sa fédération, avait fait une tentative avortée pour les JO 2004 d'Athènes – est reçue assez fraîchement dans le milieu. Hervé Wagneur reconnaît que «ce serait certes intéressant pour ce sport en terme de retombées médiatiques et de sponsoring. Néanmoins, la peur que l'argent corrompe cette discipline est importante. Associer notre sport à l'image olympique ne m'enchante pas». Même son de cloche chez Cyril Cornaro, qui se dit «peu motivé par une participation aux Jeux. Il s'agirait juste d'une histoire d'argent. Mais les rentrées financières ne compenseraient pas les contraintes que subirait immanquablement le wakeboard. Il risquerait d'être asphyxié par trop de règlements».

Combattre l'institutionnalisation

Loin d'être confidentiel, le wakeboard lutte donc contre les tentatives d'institutionnalisation, qui mettraient en péril son étiquette de sport «fun». Jointe par téléphone jeudi à midi, deux jours avant les compétitions, Alexandra Ecuyer, championne de Suisse en titre, émergeait à peine des bras de Morphée. «Je ressens encore les restes de la fête d'hier soir, s'excusait-elle. Excusez ma voix, vous m'avez réveillée.» Preuve que l'on peut briller dans cette discipline sans suivre l'hygiène de vie drastique exigée pour la plupart des sportifs de haut niveau. «Le wakeboard est un sport plus jeune que le ski nautique. J'ai commencé par là, mais il y a quatre ans, j'ai réalisé qu'il me serait plus facile de faire de la compétition en wakeboard, du fait de sa plus grande facilité», explique Alexandra Ecuyer. A nouveau, l'accessibilité de la discipline est mise en avant, l'aspect compétitif étant relégué en coulisse. Alexandra Ecuyer, gagnante de la 2e manche du tour national à Kreuzlingen, ne sait d'ailleurs pas exactement si elle possède une chance mathématique de remporter la compétition. L'essentiel restant pour elle le plaisir de la glisse.