FOOTBALL

Washington met les moyens pour éradiquer la corruption

La ministre de la Justice et le directeur du FBI estiment que ce n’est qu’un début

Washington met les moyens pour éradiquer la corruption

La justice américaine a frappé. Fort. Mercredi, dans une salle bondée de journalistes au sein de la Cour fédérale de l’Eastern District de New York, la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, était symboliquement accompagnée du directeur du Federal Bureau of Investigation, James Comey, et de Richard Weber, responsable des enquêtes pénales au sein de l’Internal Revenue Service, le fisc. Objectif: dénoncer avec force un vaste réseau de corruption au sein de la grande fédération du football pour des montants de quelque 150 millions de dollars. Résultat: 47 chefs d’accusation, 14 inculpés pour fraude, pots de vin et blanchiment d’argent sur une période de vingt-quatre ans.

Le lieu avait lui-même une valeur symbolique. C’est là, à Brooklyn, que l’Afro-Américaine a créé sa réputation de procureure impitoyable. Hier, elle a été à la hauteur de sa renommée. Elle a dénoncé ces hauts responsables du football qui «devaient s’assurer que le football reste un sport ouvert et accessible à tous» et qui ont au contraire trahi cette mission en cherchant à s’enrichir personnellement. La charge de Loretta Lynch arrive à un moment où le football n’a jamais été aussi populaire outre-Atlantique. Selon la patronne du Département de la justice, la corruption présente au sein de la FIFA est «systémique et profondément ancrée aussi bien à l’étranger qu’aux Etats-Unis. Elle implique au moins deux générations de responsables du football qui ont, selon l’accusation, abusé de leurs positions de confiance pour obtenir des millions de dollars de pots-de-vin.» Pour la ministre, ces pratiques portent préjudice aux pays qui bénéficient des revenus issus des droits commerciaux découlant de Coupes du monde et de manifestations similaires.

Des banques suisses

Si l’Amérique donne un sérieux coup de pied dans la fourmilière de la FIFA, c’est parce qu’elle s’estime directement touchée par le scandale. La Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et des Caraïbes (Concacaf), qui a fait l’objet d’une perquisition mercredi, a son siège à Miami. La Concacaf ainsi que la Confédération sud-américaine de football, éclaboussées par l’affaire, ont recouru à des institutions financières américaines et suisses à New York et à Miami. Selon Richard Weber, de l’IRS, des dizaines de millions de dollars ont transité par des comptes offshore auprès de banques à Hongkong, aux îles Caïmans et en Suisse. «C’est la Coupe du monde de la fraude. La FIFA mérite un carton rouge», a-t-il ironisé. Les autorités américaines promettent de vérifier si les banques en question ont respecté le droit américain.

Dans le volumineux dossier compilé par la justice, l’organisation de la centième édition de la Copa América, qui aura pour la première fois lieu aux Etats-Unis en 2016, y occupe une place de choix. Elle est gangrenée par la corruption. Les dessous-de-table s’élèvent à 30 millions de dollars. Une partie de cet argent est passée par un compte auprès de Julius Baer à Zurich, une autre par un compte détenu par une société dénommée Datisa auprès de la Banque Hapoalim de Zurich. Parmi les quatorze personnes inculpées, deux avaient ouvert un compte à la banque Hapoalim de Zurich au nom d’une société panaméenne baptisée Bayan Group SA dont l’activité consistait «spécifiquement à verser des pots-de-vin». L’un des inculpés, Rafael Esquivel, a reçu des versements de respectivement 50 000, 250 000 et 400 000 dollars sur ses comptes UBS, Bank of America et Espirito Santo Bank à Miami.

Sepp Blatter épargné

N’étant pas mentionné dans le dossier présenté mercredi, le président de la FIFA, Sepp Blatter, n’a pas fait l’objet de commentaire de la ministre de la Justice. Cette dernière a d’ailleurs coupé court à la rumeur selon laquelle elle aurait sévi délibérément deux jours avant l’élection du futur président de la FIFA. «Nous publions les cas dont nous traitons une fois qu’ils sont prêts.»

Loretta Lynch a souligné que le choix de l’Afrique du Sud pour la Coupe du monde 2010 était lui aussi entaché par la corruption au même titre que l’élection du président de la FIFA en 2011 pour laquelle un haut responsable asiatique du monde du football a versé des pots-de-vin.

L’affaire va-t-elle s’arrêter là? Ces premiers actes d’accusation ne sont que le début d’une enquête qui pourrait durer encore des années et impliquer la coopération d’autres pays que la Suisse, a expliqué le procureur fédéral Kelly Currie. L’objectif: éradiquer la corruption du football. Un vrai défi.

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