Tennis

Wawrinka et Bacsinszky sauvés des os

Mal parti, Stan Wawrinka se qualifie sur abandon de son adversaire, blessé au dos. Après 18 mois gâchés par une douleur au poignet, Timea Bacsinszky passe enfin un premier tour en Grand Chelem

Stan Wawrinka s’est qualifié pour le deuxième tour de l’Open d’Australie après l’abandon de son adversaire, Ernests Gulbis. Le Letton menait 6-3 1-3 lorsqu'il a préféré arrêter, blessé au dos. En 2014, année de son sacre à Melbourne, Wawrinka avait débuté par une victoire sur abandon dans le deuxième set. Alors: c’est reparti comme en 14? Quand on sait l’importance de la fraîcheur physique dans un tournoi du Grand Chelem, ce genre de détails compte. «Ça ne me servira à rien si je perds au prochain tour», répond le Vaudois dans un sourire. Il y affrontera le très solide Canadien Milos Raonic.

Tout s’est joué à 6-3 0-0 et 15-15. Sur son mouvement de service, Ernests Gulbis se blesse dans le bas du dos. Il gagne tout de même le point en surprenant Wawrinka d’une volée un peu désinvolte, de celles que l’on fait à l’échauffement. Il avertit l’arbitre de sa situation, perd le point suivant et prend un temps mort médical. Le match n’a plus que trente minutes à vivre, dont à peine dix de jeu, alors que le camp suisse se préparait à un marathon, ou à une grosse désillusion. C’est que Wawrinka est à la peine. «C’était compliqué, dira-t-il. Il jouait bien, je n’arrivais pas à le mettre sous pression. Je fais une ou deux erreurs qui me coûtent le break et le premier set.»

«Du bon tennis en moi»

Sur le court No 3, on rejoue «panique dans l’oreillette». Le médecin met plusieurs minutes à arriver et Gulbis reprend la partie sans avoir été véritablement soigné. A partir de là, il ne saute plus pour appuyer son service, sa vitesse de balle chute d’un coup de 50 km/h. Comme c’est un excellent joueur, brillant, instinctif, souvent déroutant, il ne s’effondre pas. Il est même encore plus agaçant (pour l’adversaire) par sa capacité à ne donner aucun rythme. «Il était clair qu’il ne pouvait plus servir, mais du fond du court, il n’était pas vraiment gêné. Je suis resté concentré et j’ai essayé d’en profiter.» Wawrinka breake tout de suite, sauve une balle de 1-1, mène 2-0. Nouveau temps mort médical; cette fois, Gulbis se fait masser.

A 3-1 Wawrinka, le Letton engage l’échange puis, sur un coup droit, se plie en deux, pose une main sur ses lombaires et se désintéresse de la balle. Son coach Günter Bresnik a compris, il se lève et quitte le stade. Gulbis arme encore un service, constate qu’il peut à peine lever le bras gauche, et abandonne. «J’aurais voulu mieux jouer mais c’est comme ça», concluait Stan Wawrinka, qui ne prévoit pas de doubler la dose à l’entraînement pour compenser. «Je sens que j’ai du bon tennis en moi. Il faut juste que je le fasse sortir.»

«Une tondeuse à la sortie de l’hiver»

Timea Bacsinszky avait elle aussi cette conviction profonde de pouvoir à nouveau bien jouer. Elle est parvenue à la concrétiser en surclassant la tête de série No 10, la Russe Daria Kasatkina. Menée 0-3, la Vaudoise remporta douze jeux de rang pour s’imposer 6-3 6-0. Son adversaire était-elle diminuée? Le blocage sembla chez elle surtout dans la tête. Figure montante du circuit l’an dernier mais battue deux fois au premier tour en 2019, son entraîneur belge Philippe Dehaes la comparaît lundi, assez élégamment, à «une tondeuse à gazon au sortir de l’hiver».

Le mérite de Timea Bacsinszky fut de bien lire, psychologiquement et tactiquement, son adversaire. «Malgré son bon début de match, je l’ai sentie tendue au service. Je sais ce que c’est que d’être une nouvelle top 10, d’avoir subitement de grosses ambitions, un statut à défendre. J’étais sûre qu’elle pouvait se crisper et commencer à faire une «fixette» sur le service. J’ai décidé de lui mettre beaucoup de pression en retour et j’ai réussi à le faire à la perfection.»

Cette victoire est une (énième) renaissance pour la Lausannoise, qui mit très longtemps à se remettre d’une blessure au poignet en 2017, suivie de deux autres aux deux mollets l’an dernier. Sa saison 2018 est cauchemardesque: forfait à l’Open d’Australie, forfait à Roland-Garros, forfait à Wimbledon, huit défaites au premier tour, un plongeon jusqu’au 761e rang mondial en juillet, un cinglant 1-6 2-6 reçu d'Ylena In-Albon début septembre à Montreux alors que le gratin de la WTA est à l’US Open. Elle a repris un peu confiance en fin d’année dans les tournois ITF et à Tianjin.

Timea Bacsinszky aura 30 ans en juin prochain. Elle n’a pas été épargnée par les blessures, a connu deux longues éclipses, mais constate aujourd’hui que ces absences non désirées ont préservé son désir de s’entraîner, de progresser, de jouer. «Sportive professionnelle est un métier à la durée de vie limitée. Cette conscience du temps compté crée une vulnérabilité, un doute, mais aussi une conviction. On ne choisit pas d’être blessé mais on peut choisir de se battre pour revenir.»


Cinq Suisses qualifiés pour le deuxième tour

C’est fini en revanche pour Viktorija Golubic et Stefanie Voegele, battues nettement par plus fortes, respectivement Elina Svitolina et Hsieh Su-wie. Il reste cinq joueurs suisses au deuxième tour de l’Open d’Australie (Bacsinszky, Bencic, Federer, Laaksonen, Wawrinka). Sans doute un record.

Programmé en journée, Roger Federer affrontera mercredi le Britannique Daniel Evans (vers 5h en Suisse). Exceptionnellement, c’est Henri Laaksonen qui aura l’honneur de la night session sur la Margaret Court Arena face au No 1 australien Alex De Minaur (9h00). Sur le court No 20, Belinda Bencic sera moins en lumière face à la Kazakhe Yulia Putintseva. (L. Fe)

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