Tennis

Wawrinka décimé par Nadal pour sa «decima»

Surclassé 6-2 6-3 6-1, le Vaudois n’a pu qu’applaudir le dixième titre de Rafael Nadal à Roland-Garros. Intouchable, l’Espagnol signe l’un des plus grands exploits du sport moderne

En garçon bien élevé, Stan Wawrinka a eu la bonne grâce de ne pas gâcher la fête. Ironie grinçante, certes, mais que dire, que faire, sinon en sourire?

Tout était prêt à Roland-Garros pour célébrer la dixième victoire de Rafael Nadal. Logo spécial sur le podium, marqué du sceau de la «decima», «tifo» dans les tribunes comme au football, présence de l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos en loge, et surtout un trophée spécial, une réplique grandeur nature de la Coupe des Mousquetaires (dont les vainqueurs ne reçoivent habituellement qu’une copie réduite), apportée par son oncle, Toni Nadal.

Dixième victoire

Au milieu de toute cette argenterie, Stan Wawrinka avait un peu l’air d’une pièce rapportée et, sans doute, le désir de partir très loin. S’il y a bien eu une finale, il n’y a pas eu de match. Un mois après la défaite du FC Sion en finale de la Coupe de Suisse, un autre mythe du sport suisse est tombé. Oui, Stan Wawrinka peut perdre en finale. Oui, il peut passer au travers. Mais l’argenterie, les flonflons, l’ancien roi d’Espagne, étaient là pour rappeler que ce n’était pas contre n’importe qui. «Aujourd’hui, je suis forcément très déçu mais je pense que je serai fier de mon parcours dans quelques semaines», espère-t-il.

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Lors du dernier titre parisien de Rafael Nadal, Juan Carlos était encore sur le trône. Vainqueur de son premier Grand Chelem depuis 2014, le Majorquin a signé l’un des plus grands exploits du sport moderne. Il l’a fait en surmontant deux ans de galères, de blessures et de doutes. Il est aujourd’hui récompensé de son courage et de son abnégation. Avec quinze titres majeurs, un de plus désormais que Pete Sampras, Rafael Nadal n’est plus qu’à trois trophées «seulement» de Roger Federer.

Nadal, au meilleur de sa forme

Il faut se souvenir que l’Espagnol était déjà en finale fin janvier à Melbourne contre Federer. Entre les deux, cela s’était joué à très peu. Peut-être les deux ou trois semaines de préparation physique qu’il avait manqué à Rafael Nadal durant l’hiver. Avec la saison sur terre battue, il est arrivé au meilleur de sa forme. A Monte-Carlo puis à Barcelone, il signait déjà deux «decima». Vainqueur également à Madrid, il trébucha seulement à Rome contre Dominic Thiem, ce qui, avec le recul, lui fit finalement le plus grand bien. «Rafa a joué durant quinze jours à très haut niveau, aujourd’hui encore plus que d’habitude», soulignait son coach, l’ancien champion Carlos Moya.

Les pronostics étaient pourtant serrés avant la rencontre. Nadal était bien sûr donné favori, mais beaucoup estimaient que «s’il y en a un qui peut le gêner, c’est bien Wawrinka». Rafael Nadal n’était pas loin de penser la même chose et reconnut après le match avoir été particulièrement tendu en début de rencontre. Côté suisse, la tête et les jambes semblaient opérationnelles. «Je n’étais pas particulièrement tendu et je ne ressentais aucune fatigue après ma demi-finale contre Murray», expliquait Stan Wawrinka, très soucieux de ne pas se chercher d’excuses. Impression corroborée par un échange attrapé à la sortie du court numéro 2 entre l’entraîneur Magnus Norman et le sparring Yannick Fattebert, peu avant midi. Les deux hommes de coin se réjouissaient alors de trouver leur poulain très en jambes.

Les deux sous pression

Cela ne pesa pas sur la rencontre, même si les premiers échanges montrèrent très vite que la tension pouvait rattraper deux grands champions jusqu’au bord du court. Pour la première fois de la quinzaine, le Central était plein dès le début, ce qui change considérablement l’atmosphère. En début de match, ce sont les joueurs qui ne sont pas dans l’ambiance, aussi mal à l’aise l’un que l’autre (18 fautes directes sur les quatre premiers jeux) et pris en défaut sur leur point fort: le revers pour Stan (mal réglé, il meurt souvent dans le filet), le coup droit pour Nadal (pris de vitesse par la puissance de Wawrinka).

Peut-être les choses auraient-elles été différentes si Wawrinka avait breaké d’entrée à 1-1. «J'étais tendu, dira Nadal. Ne pas perdre ces premiers points m’a libéré.» Le Suisse ne le sait pas encore – mais peut-être commence-t-il à en avoir une idée –, il n’aura plus d’autre opportunité du match. A partir de là, la machine Nadal se met en marche. L’Espagnol ne donne plus de point, saisit chaque occasion de breaker et se détache très rapidement. Quarante-deux minutes après le premier échange, Stan Wawrinka concède le break, à nouveau sur une faute directe, sa dix-septième, et perd la manche 6-2.

C'est le pire des scénarios possibles. Une fois lancé, Rafael Nadal est difficile à freiner. D’ailleurs, le voici qui accélère la cadence. A 1-0 0-40, Wawrinka est baladé aux quatre coins du court. Epuisé, il cède un jeu blanc. Qui se souvient avoir déjà vu le Vaudois pareillement dominé? Nadal l’a mis dans le rouge. Lui le combattant hésite entre résignation et admiration. Il lui faut trois jeux pour reprendre ses esprits, se remettre dans le court, bousculer enfin son adversaire sur certaines frappes, et gagner de nouveau ses jeux de service (il en a perdu sept consécutifs entre 2-2 et 6-2 3-0). Mais Nadal reste intouchable sur son service. Même quand Wawrinka joue bien (à 5-3 Nadal), il trouve encore la solution, au filet s’il le faut. Impuissant, frustré, le Vaudois en casse sa raquette juste avant une balle de set, qu’il perd, forcément (6-3).

Triomphe

Le troisième set est du même tonneau. Nadal réussit le break d’entrée. Alors que son frère Jonathan berce un bébé en tribune, Stan Wawrinka ne se berce plus d’illusions. Il essaie de bien finir, de ne pas prendre une «tôle» comme Thiem en demi-finale ou même comme Roger Federer en finale en 2008. Il n’y parvient qu’imparfaitement mais son ultime révolte, que Nadal, méfiant jusqu’au bout, s’applique à tuer dans l’œuf, oblige les derniers sceptiques à changer de point de vue sur cette finale. Ce n’est pas Wawrinka qui a failli mais bien Nadal qui a triomphé.

Très sportivement (ce n’est pas une surprise), le Vaudois le souligna sur le court: «Félicitations à Rafa. Il n’y a rien à dire sur ce match. Jouer contre lui est toujours une grande chance parce qu’il rend notre sport meilleur.» Il poussa un peu plus loin l’analyse en conférence de presse: «Aujourd’hui, ça ne se joue pas dans les jambes mais dans la tête. J’ai hésité souvent sur le coup à jouer. C’est la grande force de joueurs comme Nadal ou Federer: ils vous font douter. Vous savez que vous n’avez droit qu’au coup parfait et vous vous mettez à réfléchir alors que, pour réussir le coup parfait, il vaut mieux ne pas réfléchir. Mais, même si j’avais joué mon meilleur tennis, je ne suis pas sûr que je serais parvenu à le battre.»

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