Maintenant, le monde veut tout savoir. Salle comble, ou pas loin, pour la conférence de presse victorieuse de Stanislas Wawrinka, où l'on chuchotait son engouement dans tous les sabirs de la terre: anglais, français, italien, schwytzerdütsch.

Tout le monde veut savoir si, en prenant ses quartiers à l'hôtel Lafayette, Paris, au début de la semaine dernière, «Stan le qualifié» se sentait la force d'une telle effronterie. Lui, pas très causant, s'empourpre: «Je viens de battre un joueur expérimenté (ndlr: l'Américain James Blake) après avoir perdu les deux premières manches (6-7 5-7 6-1 6-3 6-4), à l'occasion de mon premier tournoi du Grand Chelem. Je progresse.» Les pieds sur terre, en costaud. Cette terre de labeur où il n'a cessé de poursuivre ses rêves éperdus.

Tout le monde veut savoir son enfance bucolique à St-Barthélémy, Gros-de-Vaud, sur les rives du Talent. Dans la ferme familiale, on élève paons, faisans, canards, poneys, bisons. On cultive l'obstination et le sens du devoir sur trente hectares. On fait une agriculture anthroposophique, fondée sur la position des astres et les forces du cosmos. On cuit le pain, on vend des légumes au «château», un centre curatif pour personnes handicapées dont s'occupe Wolfram, le père de Stanislas. Palmarès: un titre interscolaire au lancer du boulet.

«Je n'ai jamais douté»

Tout le monde veut savoir la présence de ce patronyme polonais, Wawrinka, au milieu des cinquante-quatre Favre qui se poussent du coude dans l'annuaire téléphonique. Wolfram est né d'un père tchèque qui a gagné l'Allemagne en 1946. Il a usé les bancs d'école en compagnie de Lucien Favre, entraîneur du FC Zurich. Il a épousé Isabelle et, très vite, tissé de solides accointances avec la famille Zavialoff. Dimitri, le regard sévère, est l'entraîneur. A 30 ans. Gregory, le sourire madré, est le manager. A 27 ans. Tout le monde veut savoir ce cheminement étrange, le départ précoce de l'école – Rudolf-Steiner – à l'âge de 14 ans, les trois hivers en Espagne où, dans l'anonymat absolu, Stanislas Wawrinka s'est émancipé hors de la filière fédérale.

Tout le monde veut savoir et lui, un peu timide, cherche un endroit où enfouir son regard. Tout juste le parterre parvient-il à lui soutirer quelques exégèses de sa victoire: «Je crois n'avoir jamais douté, même après les cinq balles de premier set que j'ai gâchées. J'essaie de ne jamais lâcher, je m'accroche depuis que je suis tout petit. Je tire également une grande force de mon entourage.» Au bord du court, sa garde prétorienne a le triomphe pudique. Jonathan, le frère, un rien effarouché: «A chaud, j'aurais peur de dire des bêtises. C'était stressant, très fatiguant.» Dimitri, le coach, pragmatique: «C'est la plus belle victoire de sa carrière. Après deux sets difficiles, Stan s'est calmé et a apporté quelques corrections dans son jeu. Nous savions que James Blake serait fatigué. Il venait d'enchaîner quatre semaines de compétition.» Roger Federer, le paradigme, à l'entraînement sur le court no 18: «J'ai tout suivi par SMS.»

Le prochain adversaire sera plus tonique: Mariano Puerta, gaucher argentin de 27 ans, matricule 39 à l'ATP. Dur. Mais qui peut savoir?